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    Politique Internationale

    Les puissants de Casablanca

    Par L'Economiste | Edition N°:597 Le 17/09/1999 | Partager

    Roman de Rida LAMRINI

    65ème épisode

    La rencontre galante tourne au meurtre


    Résumé des épisodes précédents

    C'est à son ancien employeur Amine qu'Aïcha, la disparue, a décidé d'expliquer pourquoi elle a clandestinement quitté le Maroc pour l'Italie. Amine se charge d'aller voir Ba Lahcen, le père de la jeune fille. Il lui lit la lettre qu'il vient de recevoir. Aïcha et son amie, rêvant du riche mariage qui les sortiraient de leur univers misérable, ont suivi deux jeunes gens, venus des beaux quartiers de Casablanca.


    Je regrette, écrit Aïcha, d'avoir accompagné les deux hommes dans cet appartement luxueux de Casablanca cet aprés-midi-là". Toute la famille de Ba Lahcen est maintenant assemblée autour d'Amine qui poursuit la lecture de la lettre.
    "L'entrée de l'immeuble était en marbre, avec des miroirs tout le long des murs et des décorations impressionnantes. Je n'en avais jamais vu pareilles. L'ascenseur était étincelant de propreté. Une voix suave nous indiquait les étages. La porte du seul appartement du palier s'ouvrait sur un grand hall. De lourdes tentures en velours pendaient autour des fenêtres fermées. Des lumières provenaient de lampes disposées dans les coins des pièces.
    Mon amie Lamia était heureuse, presque euphorique. Je me suis sentie par contre étrangère. J'étais mal à l'aise. C'était la première fois que je m'engageais si loin avec des inconnus. Je voulais rebrousser chemin mais j'avais scrupule à gâcher le plaisir de mon amie. Pourquoi n'ai-je pas écouté mon intuition!
    Ce fut un après-midi infernal. Les deux jeunes gens affables s'étaient transformés en bêtes sauvages qui ne voulaient qu'assouvir leurs instincts. Mes oreilles résonnent encore des cris que la musique n'arrivait pas à couvrir. J'entends encore Lamia hurler dans l'autre chambre. Elle s'est débattue pour repousser les assauts de Jamal qui l'insultait. Moi, je luttais de mon côté pour contenir les avances brutales de Karim.
    Tout à coup, Jamal a hurlé: "Vite! Karim! Viens vite! Aide-moi!". Karim m'a lâché et s'est précipité vers l'autre chambre. Haletante, tremblante, j'ai profité du répit pour réajuster mes vêtements. Un silence de plomb a enveloppé l'appartement. Mon amie gisait sur le lit. Elle ne portait que sa lingerie déchirée. Jamal avait abusé d'elle. Lui, il était pétrifié, ahuri. Karim était abasourdi et muet. Je me suis précipitée vers Lamia. Je l'ai secouée pour la réanimer. Mais elle est restée désespérément immobile, d'une pâleur effrayante. Elle était morte.
    Je ne pouvais croire ce qui nous est arrivé. Un crime! J'y étais impliquée par ma présence dans l'appartement de deux inconnus! Que pourrai-je raconter à ma famille? Comment expliquer ce qui s'est passé à la police? Finirai-je mes jours en prison? Serai-je de taille devant la justice, face à ces garçons dont les puissants parents peuvent tout acheter, y compris leur innocence et ma culpabilité?
    Ma décision était prise. Je n'avais d'autre choix que de partir. Loin. Et vite. J'eus juste le temps de rejoindre Zineb. Ensemble, nous nous rendîmes à Fnideq pour un voyage vers l'inconnu. Je préférais affronter l'inconnu que rester à Casablanca.

    C'est vrai qu'il y a longtemps que je voulais émigrer, mais pas pour ces raisons. Je voulais échapper à ma vie misérable au Derb Talian et au comportement insupportable des gens.
    Aujourd'hui, alors que j'essaie de me refaire une vie nouvelle, le remords me taraude. De là où elle repose, mon amie Lamia doit m'en vouloir. Je suis la seule à pouvoir rendre justice à son âme, le seul témoin. Je lui dois de tout faire pour que son assassin paie le prix de son forfait. Pourquoi me suis-je enfuie au lieu de remplir mon devoir?
    J'ai fui parce que j'ai peur. Peur d'être inculpée pour un crime que je n'ai pas commis. J'ai fui parce que le destin a mis sur mon chemin des gens puissants qui peuvent me briser. J'ai peur de témoigner devant les tribunaux. Et si la justice a besoin de mon témoignage pour faire éclater la vérité, je suis prête à le fournir. Mais me garantira-t-elle ma sécurité et son impartialité? Ces gens puissants n'auront-ils pas étouffé l'affaire entre-temps?
    Un jour, lorsque la vérité aura vu le jour et la justice dit son mot, je reviendrai. Je reviendrai vers les miens auxquels j'ai fait beaucoup de mal. Je reviendrai pour qu'ils me pardonnent.
    En attendant, cher Monsieur Amine, je vous implore d'être mon interprète auprès d'eux. Dites leur combien je les aime et comme ils me manquent. A mon père, dites que je suis innocente. Faites lui comprendre que je n'ai rien fait de mal. Expliquez-lui que je suis toujours la fille vertueuse qu'il a élevée.
    Et surtout, dites-lui que sa pensée ne me quitte jamais. Chaque soir, je lève les yeux vers le Ciel et fais mes prières".

    "Dieu vous bénisse, Monsieur Amine, dit Ba Lahcen, la lecture finie. Je savais que quelque chose de grave est arrivé à ma fille. Mais Dieu soit loué! Elle est vivante! J'ai vécu de longues semaines d'angoisse. Je peux respirer maintenant. Le reste m'importe peu".


    Prochain épisode, demain, vendredi 17 septembre:

    La Police Judiciaire reçoit des "instructions"

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