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Politique Internationale

Les puissants de Casablanca

Par L'Economiste | Edition N°:574 Le 17/08/1999 | Partager

Roman inédit de Rida LAMRINI

42ème épisode

Un dîner-débat privé


Résumé de l'épisode précédent

Invités par leur nouvel ami le journaliste Youssef, Amine et sa femme sont à table avec des cadres de leur âge, des «quadra», qui sont perçus et se perçoivent eux-mêmes comme l'avenir moderne de l'économie marocaine, surtout casablancaise. Comme Amine, ils ont au départ soutenu la campagne d'assainissement. Mais, de jour en jour, des doutes sont apparus. Ce soir, en rompant le jeûne ensemble, ils ont retrouvé des réflexes qui ne sont pas les leurs et qui sont vieux de vingt ans: ils hésitent d'afficher leurs opinions personnelles. Mais finalement, l'habitude de liberté reprend le dessus. Amine cependant, ne dit rien, pas même à sa femme, des ennuis qu'il a dans son entreprise à cause de cette campagne.

Autour de la table de Youssef, le débat est redevenu vif.
- A mon avis, dit Amine, c'est un ministère à vocation économique qui devrait s'occuper de cette campagne d'assainissement. Par exemple, celui du Commerce. Personne ne conteste d'ailleurs le principe de l'opération. Les méthodes utilisées posent par contre problème. Et dans tous les cas, ce n'est pas au gouvernement actuel de faire le ménage. D'abord, il n'a pas la légitimité des urnes. Ensuite, l'assainissement sera plus facilement accepté s'il venait d'hommes nouveaux qui n'ont politiquement rien à se reprocher".
Silencieux depuis le début de la discussion, le pilote de ligne se jette sans ménagement dans les échanges.
"Dites! Croyez-vous sérieusement à ce cirque? Depuis quand faisons-nous des choses logiques? Vous n'avez pas compris que ce n'est qu'une campagne comme les autres? Elle n'aura ni lendemain, ni suite, ni résultats! D'ailleurs, avec qui traficotaient les contrebandiers, si ce n'est avec leurs petits copains bien placés dans l'Administration! Alors si c'est une affaire entre copains, qu'ils se débrouillent et qu'ils nous laissent tranquilles! Qu'on arrête de nous prendre pour des cons! Rappelez-vous ce qu'a dit le ministre de la Justice lui-même. Les tonnes de marchandises illicites ne sont pas passées par le trou de la couche d'ozone! Si on veut couper un arbre, c'est au niveau des racines et non du tronc. Sinon, il repousse. Si on veut vraiment assainir, il faut commencer par l'Administration, les communes. Ces dernières dépendent bien du Ministère de l'Intérieur! Et puis, c'est quoi toutes ces violations des droits des gens, ces perquisitions en pleine nuit et ces interrogatoires musclés?
Youssef, le journaliste qu a invité pour le f'tour, cette brochette de quadras casablancais, intervient. Il se découvre insensiblement un rôle de modérateur dans ce qui commence à ressembler à un dîner-débat: «Je ne sais pas si vous le savez, mais on vient de traduire deux directeurs généraux et plusieurs hauts fonctionnaires de la Douane devant la Justice. Cette fois, c'est sérieux.
- D'abord il n'y a pas que la Douane dans cette affaire, rétorque l'un des hommes d'affaires. Que fais-tu du Fisc, des laboratoires de contrôle de l'agriculture, des brigades de répression des fraudes, des services d'hygiène, et j'en passe
- Notre ami a raison, intervient le médecin. Lisez la presse d'aujourd'hui, même les banques sont pourries. En tout cas, ce qui se passe chez elles n'est pas joli. Un président et ses proches collaborateurs se sont sucrés des années en mettant allègrement la main à la caisse. Les journaux parlent de comptes multiples, de découverts en centaines de milliers de Dirhams, équivalents à des centaines de mois de salaires. Les mouvements de certains comptes sont tels qu'on a l'impression qu'il ne s'agit pas d'individus, mais bel et bien d'entreprises florissantes! Un directeur s'est même permis de boursicoter sans débourser un sous, juste en débitant son compte pour chacun de ses achats. Alors que la banque n'agrée que difficilement les demandes de prêt de ses petits employés et envoie devant la justice ceux qui détournent de petites sommes minables. La filiale à Paris accuse un trou de dizaines de millions de Francs! Tout cela est passible de peines pénales. Où sont alors le Conseil d'Administration et les organes de contrôle de cette banque? Eh bien, on verra si elle sera concernée par l'assainissement!
- Tu rêves! ricane le pilote de ligne. Des gars comme Yamani et ses acolytes sont intouchables. Ici, tu peux faire ce que tu veux, tant que tu as l'argent et de bonnes couvertures. Autrement, gare à toi! Même si tu n'as rien à te reprocher.
- Et que pensez-vous du contexte politique de la campagne? demande Youssef de plus en plus passionné par la discussion.
- Qu'est-ce que tu entends par contexte politique? rétorque le deuxième professeur universitaire, le regard subitement allumé.
- Je veux dire, précise Youssef, est-ce que la campagne s'inscrit dans une stratégie politique déterminée?
- D'après moi, cette campagne est un grand nettoyage annonciateur de changements politiques radicaux. Je m'explique. Le Maroc prépare l'alternance politique. Une des conditions de réussite de cette échéance est de faire table rase sur les pratiques du passé. Sinon, ce sera la chasse aux sorcières. Alors, il vaut mieux faire le sale boulot maintenant, avant que les prochains maîtres des lieux ne soient obligés de sortir les serpillières.

Prochain épisode, Mardi 17 août:
«Nous avons l'arnaque dans le sang!»

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