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Politique

Les principes fondateurs de la politique extérieur de Feu Hassan II

Par L'Economiste | Edition N°:805 Le 07/07/2000 | Partager

Par Ali Mounir ALAOUI*, chargé de mission au Cabinet RoyalA l'aube du troisième millénaire, le Maroc amorce un nouveau tournant plein de promesses, armé des meilleurs atouts qui font les grandes nations: ceux d'un pays émancipé, unifié, démocratique et légitimement ambitieux.Emancipé grâce au patriotisme lucide, à la combativité déterminée et au sens de l'abnégation qui furent les qualités mises en oeuvre par Sa Majesté Mohammed V pour replacer le Royaume sur la trajectoire de l'Histoire en le réinscrivant dans sa vocation de partenaire international. Il y parvint avec succès, bien qu'il n'eût pour toute arme que sa seule force morale et pour tout soutien que la fidélité de Son peuple et l'adhésion d'une poignée de compagnons modèles. Ainsi, en moins de trois décennies, réussit-il, malgré tout, à briser les chaînes de l'oppression coloniale et à réinstaller le pays dans ses droits de nation libre et pleinement souveraine.Son Digne Successeur, Sa Majesté Hassan II - trop tôt disparu -, consacra de son côté toute son énergie et l'exceptionnel génie qui était le sien au parachèvement de l'intégrité territoriale, et n'eut point de cesse à ce propos qu'il n'obtînt le retour à la mère partie des provinces du Sud. Il y parvint à la faveur de la Marche Verte, cet événement hors du temps auquel le peuple marocain tout entier imprima la marque de son patriotisme et de sa cohésion. Puis, ce fut le décollage du Maroc nouveau, celui-là même que le regretté Souverain avait promis: le Maroc de l'extension du champ des libertés publiques et individuelles, de la rénovation des institutions démocratiques et de la proclamation des Droits de l'Homme, des élans de la société civile et des chantiers de réformes juridiques et économiques; un Maroc qui marche au rythme de son temps, conforté par la sécurité et la stabilité, et plus que jamais résolument orienté vers l'avenir. L'œuvre de Celui qui l'a fait ainsi décoller s'inscrit déjà en lettres d'or dans le registre de l'Histoire; et c'est pour rendre un modeste hommage à la mémoire de ce Père que nous pleurons encore, ce guide qui aura été parmi les hommes-phares de ce siècle finissant, qu'il nous a paru utile de revenir sur l'une des nombreuses facettes de sa personnalité exceptionnelle: son approche altruiste des rapports internationaux.En effet, dans ce domaine comme dans d'autres. II a été d'abord un homme de principes qui a bâti sa doctrine de politique étrangère sur des règles claires et vertueuses. Quatre principes fondamentaux devaient constituer les axes directeurs autour desquels s'est articulée cette politique, à savoir la tolérance, la solidarité, l'universalisme et la coopération. Conçus en credo, ces principes fondateurs furent énoncés devant l'assemblée générale des Nations Unies le 4 octobre 1960, alors que Prince Héritier, Sa Majesté exerçait les fonctions de Vice-président du Conseil. Devenu Roi, il les reprit avec force détails le 3 septembre 1961 dans son intervention à la tribune de la première conférence des pays non Engagés (appelés plus tard non Alignés) réunie à Belgrade à l'initiative du Président Josip Broz Tito.Principe premier, la tolérance n'était pas entendue par Sa Majesté dans son sens de simple indulgence vis-à-vis de ce qui est différent, mais perçue en tant que code de conduite collective induisant pour tous les partenaires internationaux des obligations réciproques.«La tolérance, avait-il dit, c'est d'abord admettre qu'il existe plusieurs chemins pour conduire les peuples à leur épanouissement et qu'aucune nation ne peut prétendre détenir la recette miraculeuse de la puissance réelle et du progrès. C'est ensuite et surtout, comprendre la situation d'autrui, en fonction des problèmes qui lui sont propres et non pas par référence à d'autres préoccupations ou à des soucis égoïstes...« Au nom de ce principe, il déclara à Belgrade au nom des pays non Engagés que ceux-ci étaient «déterminés à oeuvrer opiniâtrement pour recréer un climat de paix et promouvoir ainsi un esprit de coopération fraternelle entre les hommes quelles que soient leur couleur, leur race ou leur famille spirituelle ou idéologique«.Dans son application de ce principe, le défunt Roi aura été, sans conteste, celui qui a consacré le plus d'énergie et tout son exceptionnel talent à prêcher la tolérance entre tous, notamment entre les gens du Livre. Son voyage au Vatican ainsi que l'accueil chaleureux qu'il avait réservé à Casablanca à Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II illustrent, s'il en était besoin, cette préoccupation vertueuse. Tout comme l'illustre aussi son action inlassable pour instaurer la paix au Moyen-Orient en essayant de rapprocher les points de vue entre les différents protagonistes, et en particulier entre les Palestiniens et les Israéliens. Le monde entier lui en a su gré et reconnu ses mérites dans ce domaine.Deuxième principe, la solidarité découlait pour le grand Souverain de l'obligation de soutien que le Maroc se devait de manifester à tous ceux qui avaient besoin de son appui, notamment aux peuples africains frères.C'était dans cet esprit que fut accueillie, domiciliée et soutenue politiquement et financièrement la première Conférence des Organisations Nationalistes des Colonies Portugaises (CONCP). Aussitôt installée à Rabat, celle-ci ne tarda pas à lancer sa stratégie de lutte armée, permettant ainsi à ses membres de gagner le combat conduisant à la libération de plusieurs nations aujourd'hui indépendantes. C'était aussi du territoire marocain que partaient les offensives les plus importantes de la résistance algérienne durant sa guerre contre la France. Ce fut enfin le contingent marocain qui, dans le cadre des résolutions des Nations Unies, arriva le premier au Congo belge - l'actuelle République démocratique du Congo -pour défendre l'intégrité territoriale de ce grand pays africain. Quelques années plus tard, le Maroc apporta dans le même esprit son appui au Gouvernement central du Nigeria, quand ce pays fut menacé par la sécession du Biafra. Quant à son appui aux causes arabes, il n'a jamais cessé de constituer une permanente de sa politique nationale, autant à travers le soutien multiforme et inconditionnel qu'il apporte à ce jour aux Palestiniens, que par son engagement militaire en 1973 au Golan et au Sinaï aux côtés des pays du front pour leur permettre de retrouver leur intégrité territoriale.Mais ce n'était pas uniquement au seul plan politique que le grand Souverain entendait manifester la solidarité du Maroc avec ceux auxquels elle pouvait servir. Plus résolument encore, II ne cessa de la prôner dans le domaine économique et culturel, ce qui l'amena à créer, à cet effet, une agence spécialisée dans l'assistance au développement et à la formation des cadres africains. Bien plus, durant la crise du pétrole de 1974 et la flambée des prix de certaines matières premières. Sa Majesté n'hésita pas à proposer, lors de la réunion à Rabat de l'assemblée annuelle de la BAD, ''que les pays africains mettent à la disposition de celle-ci, chacun pour ce qui« le concerne, et dans la mesure où il a des matières stratégiques, un quota que la Banque pourrait avancer en cas de crise monétaire comme couverture des crédits qu'elle demande. Le Maroc, par exemple, peut donner un quota de phosphates, la Guinée un quota de bauxite, l'Algérie et le Nigeria un quota de gaz et de pétrole, le Ghana un quota de cacao et la Côte d'Ivoire un quota de bois.La Banque pourrait ainsi agir avec ces matières stratégiques quand il le faudrait pour rechercher des capitaux là où il le faut avec le moins d'intérêt possible. Il faut absolument que nous parvenions horizontalement et verticalement à vendre le maximum de nos produits finis à l'étranger, qu'ils soient dans le domaine de la nutrition ou dans celui de l'industrie à l'état pur. Il est du devoir de l'Afrique de prendre conscience de ce problème, car les 4/5éme des richesses africaines sont perdus dans une mauvaise commercialisation de nos matières premières. Il est temps que nous reprenions ces choses en main, non pas contre quiconque ou contre quelqu'un, mais pour nous; ce ne serait que justice que nous commercialisions au maximum avec le plus grand bénéfice nos matières premières«.Allant plus loin encore dans sa volonté de manifester la solidarité du Maroc envers les pays a faible revenu durant cette fameuse crise. Sa Majesté Hassan II annonça dans une conférence de presse le 17 septembre de la même année «que le Maroc, pour sa part, ne veut pas avoir mauvaise conscience en gagnant de l'argent sur le dos des pays non nantis. Et c'est pour ça que Nous avons pris la décision de ne pas toucher aux prix du phosphate, mais d'adopter une attitude spéciale à l'égard des pays non nantis. C'est dans ce sens que le Maroc continuera à approvisionner ses clients traditionnels, mais lorsqu'il s'agira de pays non nantis, nous ne demanderons le paiement que de 50% cash, quant aux 50% restants, nous accorderons un différé entre 5 et 10 ans qui sera discuté avec un taux à déterminer si ces pays non nantis, au lieu de nous payer pour rembourser leurs prêts, veulent qu'avec cet argent, nous les aidions à mettre sur pied les industries de transformation du phosphate«.Troisième principe, l'universalisme était à la base de la politique extérieure de Feu SM Hassan II, car le regretté Souverain croyait profondément en la complémentarité des cultures et revendiquait pour tous les peuples le droit à la différence et à la nécessaire sauvegarde de celle-ci en tant que facteur favorisant l'échange et l'enrichissement mutuel entre les divers groupements humains. Pour lui, chaque culture a des valeurs qui lui sont propres, tout comme elle peut naturellement avoir sa propre démarche pour mettre ces valeurs en action. L'essentiel est qu'elle contribue, par son génie particulier, à l'amélioration de la condition humaine, nonobstant le contexte dans lequel elle agit, que celui-ci soit national ou international. Sa vision de l'évolution était globale, elle ne se réclamait pas d'une seule école ou d'une seule époque, elle s'inscrivait autant en droit fil de la tradition qu'en action incessante pour maîtriser la modernité. A ses yeux, l'étape actuelle du monde n'est qu'une phase d'un même processus libérateur qui a pris son élan avec les enseignements des Ecritures et le message ultime de l'islam, s'est renouvelé avec l'apport des Lumières, et s'est affirmé enfin, en ce siècle, par le principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et le credo des droits de l'Homme. Féru de philosophie et de théologie, familier de Montesquieu et des encyclopédistes, architecte de la démocratie marocaine, le défunt Roi ne cessait de démontrer par ses choix et options à quel point II était un adepte actif de l'universalisme valorisant, c'est-à-dire celui qui ne vise pas à dissoudre les différences dans le moule de la pensée unique, mais à les faire conjuguer pour bâtir l'unité sans détruire la diversité. Ecoutons-le: «Le Maroc ressemble à un arbre dont les racines nourricières plongent profondément dans la terre d'Afrique, et qui respire grâce à son feuillage bruissant aux vents de l'Europe. Cependant, la vie du Maroc n'est pas seulement verticale. Elle s'étend horizontalement vers l'Orient, auquel nous sommes unis par des liens culturels et cultuels séculaires«.En quatrième lieu, il est enfin un principe auquel Feu Sa Majesté Hassan II était particulièrement attaché, parce que dans ce principe se reflètent finalement toutes les valeurs portées par ceux précédemment évoqués. Il s'agit en l'occurrence du principe de la coopération quand elle est équitable et sincère car, dans de telles conditions, elle ne peut être que mutuellement avantageuse, à commencer par la coopération régionale, cela va sans dire. Le regretté Souverain était en effet persuadé, comme II l'a déclaré à la télévision belge en 1965, «que la philosophie du XXe siècle est celle de la coopération et de la solidarité humaine«. Il fut d'ailleurs, et sans conteste, le Maghrébin le plus obstiné dans ses tentatives visant à réaliser l'ensemble du Grand Maghreb tant attendu par nos peuples. C'est pourquoi II avait ressenti de façon douloureuse l'échec de la Conférence de 1970 sur l'accord d'intégration maghrébine. Il n'avait pas manqué, après cet échec, de conseiller à M. Belaïd Abdes-lam, qui prenait la présidence du Comité Permanent Consultatif du Maghreb -je cite-: «de tendre à faire la somme des points de convergence et de laisser au temps et à la dynamique qui sera créée d'éliminer progressivement les incidences divergentes«.Avec l'accession, il y a un an, de Sa Majesté Mohammed VI, au Glorieux Trône de Ses Illustres Ancêtres, un nouvel élan a été donné à la politique de rayonnement entreprise par le Maroc depuis son Indépendance. Sa Majesté ne cesse, en effet, de démontrer de multiples façons que les principes qui ont été ceux de Son Père et de Son Grand-Père. non seulement ont pour Lui valeur de testament, mais ils constituent, à n'en point douter, les articles mêmes de Son intime credo. Pétri de culture et d'humanisme, et ouvert aux idées de Son temps. II est sur tous les fronts de la coopération et de la solidarité, initiant des relances en direction du Monde arabe, de l'Europe et de l'Afrique vis-à-vis de laquelle II a pris. lors de la première Conférence euro-afri-caine, une mesure qui fait déjà date. celle annulant les dettes du Maroc sur les pays africains les moins nantis. * Auteur de l'essai: «Mohammed V et Hassan II - une évocation historique«.


Initiatives d'ententesIL serait instructif, à cet égard, de rappeler quelques-unes des initiatives qu'il avait effective-ment prises pour favoriser l'entente et la coopération entre tous les pays de la région:• Durant la guerre d'Algérie, il refusa, à l'instar de Son Auguste Père, de délimiter les frontières de l'Est marocain avec la France, puissance occupante, pour permettre aux combattants algériens de disposer d'un espace perméable au lieu de limiter leurs mouvements par un contexte juridique étanche.• En 1963, malgré l'avantage des armes dans ce que l'on a appelé la guerre des frontières. Feu SM Hassan II accepta l'arbitrage de l'OUA et ordonna à Ses armées de se replier vers l'intérieur. Il pensait que l'arbitrage proposé par l'Organisation africaine allait être poursuivi jusqu'à son aboutissement logique, ce qui ne se réalisa jamais. La déception ressentie par tous les Marocains n'eut d'égale que l'impéritie dont l'OUA allait devenir coutumière.• En 1967, le regretté Souverain saisit par lettre, en date du 28 février, M. U Thant, Secrétaire général des Nations Unies, et lui proposa de créer en Afrique du Nord une zone démilitarisée sous contrôle de l'ONU. Cette proposition découle, disait-Il, de la conviction du Maroc «qu'il nous faut exclure a priori, aujourd'hui comme par le passé, le recours à la violence comme moyen de faire prévaloir le droit, quelle qu'en soit la légitimité, ou de régler un différend, quelle qu'en puisse être la gravité«.• En 1969, Il saisit l'occasion de la réunion du premier Sommet islamique, qu'il avait pris l'initiative de convoquer à la suite de l'incendie de la Mosquée Al-Aqsa, pour adresser aussi une invitation au Président de la République islamique de Mauritanie, tournant ainsi une page du passé pour ouvrir une nouvelle sur l'avenir.• En 1974, voulant hâter le processus de l'intégration régionale, il proposa un raffermissement des liens entre les pays de la région par la mise sur pied d'un Parlement maghrébin qui devait faciliter la concertation et la planification en commun.• On peut aussi rappeler les efforts qu'il a entrepris pour ramener une certaine concorde entre l'Algérie et le Maroc et réunir à Marrakech les chefs d'Etat de la région pour créer l'UMA. Il avait auparavant mis aussi en mouvement avec le Président Kadhafi un ambitieux projet d'une union arabe-africaine.Sans vouloir désobliger personne, on admettra néanmoins que ce n'est pas faute d'efforts marocains constructifs que le projet maghrébin a été chaque fois enterré sans même avoir eu le temps d'être quelque peu ressuscité. A. M. A.

IntégritéIl faut bien retenir que ce principe de l'intégrité territoriale a été porté par SM Hassan II au niveau de la valeur cardinale de la morale internationale. Qu'il nous suffise à ce propos de rappeler seulement qui a été le seul chef d'Etat du tiers-monde à avoir eu le courage de revendiquer
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