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Politique Internationale

Les nuits de Ramadan : L'industrie du spectacle improvisé

Par L'Economiste | Edition N°:22 Le 26/03/1992 | Partager

C'est l'un des paradoxes du mois de Ramadan, pourtant destiné à la piété de jour, comme de nuit. Après le ftour, les activités de loisirs, notamment les spectacles musicaux se développent comme s'il fallait se consoler des peines de la journée. C'est l'occasion pour les plus jeunes, pour les filles, pour ceux qui ne sortent pas de nuit durant l'année d'envahir les rues. Un marché récupéré par des cafés, qui, s'improvisent en salle de spectacle durant un mois.

Ramadan. Spectacles de nuit. Restaurants et Night-Clubs de Casablanca affichent complet dès 22 heures. La "pop-music" est partout, en vedette. Au centre-ville, comme sur la Corniche, les nuits s'enchaînent sur un mouvement prestissimo*. Mais, le public ne baisse pas, pour autant, les bras. Il suit le rythme et tient à faire la fête chaque soir, comme en témoignent les embouteillages quotidiens de 22h à minuit.
Les organisateurs des spectacles jubilent. Et les groupes musicaux pensent déjà à l'après-Ramadan.
Les dessous d'un show-business ad-hoc.
Pour un agent occasionnel de spectacle la préparation des spectacles de nuit commence bien avant l'avènement du Ramadan.
Première tâche, il s'agit de trouver un café à louer pour le mois. Lorsque l'accord est conclu avec le propriétaire, l'agent ajoute aux lieux quelques transformations décoratives pour que le café réponde au minimum exigé à une salle de spectacle. En parallèle, des démarches sont entreprises pour l'obtention d'une autorisation d'exploitation.
Seconde tâche, s'il s'agit d'engager le ou les groupes de musique qui vont animer les soirées du Ramadan M. C. Bouchaïb est coordinateur au sein de "l'orchestra Sallam", implantée à Mohammedia. Son groupe de musique anime des soirées ramadanesques au théâtre du parc de jeux "Yasmine".
Il explique: "je me charge pour notre groupe de nouer des contacts en vue de décrocher des spectacles".
Le démarchage personnel est le moyen le plus utilisé. On le retrouve également au niveau des hôtels. M. Mohammed Lahlou, superviseur à l'Hôtel Suisse et responsable de la salle "Tichka" qui n'ouvre que pendant le Ramadan, note: "cela, fait 4 ans que nous travaillons avec le même groupe. A l'origine, c'était une proposition qui nous a été faite..."
Contact noué, l'agent occasionnel fait passer de véritables auditions. Quand une troupe donne satisfaction, elle est engagée.
L'engagement peut être verbal ou écrit. Au terme de l'accord signé, la troupe s'oblige à venir chaque soir et à respecter l'horaire du travail. En contrepartie, l'organisateur des spectacles s'engage à payer le prix convenu, en cash.
Des établissements se contentent d'un seul groupe de musique. D'autres, par contre, présentent un plateau varié, composé d'au moins trois groupes. Mais le spectacle dure longtemps de 4 à 5 heures et ce, que l'on soit au Centre-ville ou à la Corniche. Il débute, en général, aux alentours de 21 heures et ne prend fin qu'après minuit-trente. "Il faut laisser aux gens le temps de prendre leur shour et de dormir...." remarque-t-on.
La pop-music vient en tête d'affiche parce qu'elle attire à tous les coups un large public. Le "Raï" et le "marsaoui" ont une emprise quasi-hypnotique."Le public veut danser, il faut alors lui chanter du Raï et du pop" remarque C. Bouchaïb.
La musique berbère et l'Andaloussi sont également présentes. Les classiques orientaux, bien qu'ils ouvrent tradition-nellement les soirées, sont rejetés, s'ils ne sont pas bannis, par une large fraction du public. Pourtant, à la salle "Tichka", le spectacle est essentiellement de musique orientale.
Le taux de remplissage dépasse, en moyenne 100%: du Lundi jusqu'au Jeudi, le taux se situe aux alentours de 100%. Le week-end, on s'entasse, on rajoute des chaises, et des spectateurs restent debout.
C'est pratiquement la même clientèle qui vient chaque soir. "A quelques exceptions près, ce sont les mêmes visages qu'on reçoit ici depuis quatre ans" observe M. Lahlou.
Le rôle du groupe de musique est capital dans la fidélisation de la clientèle. Au théâtre du parc de jeux "Yasmina", c'est le jeune chanteur "Aziz", âgé à peine de 14 ans, qui constitue, selon C. Bouchaïb, "l'attraction du public".
Lorsque le taux de remplissage dépasse 100%, des problèmes d'organisation surgissent. Des clients resquillent à la caisse, provoquent des incidents, quand ils ne cherchent pas la bagarre. "Du moment qu'il y a un guichet ouvert au public, on ne peut pas refuser les gens" remarque un organisateur.
Avis que ne partage pas un gérant de restaurant qui s'estime en droit de refuser quiconque ne lui inspire pas confiance.

Recette: 3.000 DH/nuit

Le coût de location d'un café varie entre 15.000 et 30.000DH, pour le mois. L'accord entre l'organisateur et le propriétaire du café reste souvent verbal.
Le billet du spectacle donne droit à une seule et unique consommation, au choix: jus, panaché, thé à la menthe ou café. Lorsque le client commande une deuxième consommation, on applique soit le plein tarif soit le demi-tarif.
Le prix du billet varie entre 10 et 50DH. Jusqu'à hauteur de 25DH, le billet ne couvre pas de consommation. A partir de 30DH, on retrouve la règle qui veut que: "la consommation, c'est le spectacle".
La recette du spectacle se situe en moyenne entre 2.800 à 7.000DH. Pour pouvoir pratiquer des prix d'entrée élevés, il faut offrir un spectacle élaboré: 3 groupes, trois ou quatre chikhates et un duo comique.
Les groupes de musique sont payés cash, à la nuit. Ils ne subissent pas les variations du taux de remplissage. "C'est à nous de gérer notre salle et notre clientèle" précise M. Lahlou.
Un musicien perçoit entre 40 et 300DH par nuit. La rémunération varie selon l'expérience du groupe et son poids dans le marché de la pop-music. Le prix ne couvre pas les pour-boire des clients.
Ce genre de pratiques est enraciné dans le monde de la pop-music. "C'est une manière de nous encourager" précise I. Brahim de "l'orchestra Imzwarne".
Après le Ramadan, les groupes retrouveront leur marché ordinaire, les fêtes et les mariages. Pour sa part, C. Bouchaïb, entreprendra des démarches auprès des responsables de campings pour décrocher des spectacles pendant l'été. La diversification...

L'orchestra

L'ORCHESTRA est une traduction dérivée, de l'arabe, du terme, orchestre. Le lien de parenté entre les deux termes s'arrête ici. Dans le fond, les dissemblances demeurent énormes. Si en Europe, il désigne un ensemble jouant du classique, l'orchestra désigne, dans le contexte marocain, tout groupe qui joue de la pop-music. Dans d'autres pays, le terme, groupe, est préféré lorsqu'il s'agit de ce type de musique.
Une "orchestra" se compose de cinq à dix musiciens. Le quartier ou le lycée est généralement le lieu où le projet musical prend naissance et évolue, à l'initiative de deux ou plusieurs copains de classe. K. Ahmed qui préside aux destinées d'un groupe de musique explique: "l'idée a germé après une fête organisée au lycée. J'ai décidé avec des amis de former une "orchestra". L'été venu, chacun de nous devait chercher un emploi. Personnellement, j'ai travaillé comme apprenti-mécanicien" K. Ahmed raconte qu'après trois mois, sa famille a été étonnée, au point d'être déçue quand elle a appris que son fils a acheté une guitare électrique. "C'est par la suite qu'elle a saisi l'importance de mon projet" observe-t-il.
Le coût global des instruments de musique indispensables pour former une orchestra varie entre 50.000 et 60.000DH. Ce coût couvre les prix d'achat, dans un état neuf, d'une guitare électrique, d'un violon, d'une batterie, d'un luth, d'une orgue électronique, d'un bendir et d'une darbouka. La présence du saxophone est un luxe. Cette architecture musicale associe deux types d'instruments traditionnels et électriques. Ce mariage explique en partie l'emprise sur un public de plus en plus large. En fait, de par sa dérivation d'un terme purement académique, l'orchestra est considérée comme étant moins péjoratif que "groupe". Il adapte dans le monde du show-business local, une réalité qui a toujours collé à la "pop-music" dans le monde.
En effet, la musique populaire n'est pas une musique savante. Elle est l'émanation directe d'un contexte social déterminé. Comme dans ses pays anglo-saxon, fruit de la culture de la "middle class" quand ce n'est pas de la "poor class", la pop-music est aujourd'hui un créneau rentable.

* Extrêmement vite.

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