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    Les nouveaux médias : Le Big Bang des connexions

    Par L'Economiste | Edition N°:168 Le 23/02/1995 | Partager

    Les 25 journaux du réseau World Media auquel est affilié L'Economiste ont convenu de consacrer leur supplément de ce semestre aux nouveaux médias. Ce n'est pas un état des lieux de l'informatique mondiale. Le but est de montrer que les réseaux de données, les téléphones mobiles et les satellites, ainsi que l'ordinateur personnel bouleversent la vie quotidienne.


    Samedi soir, une boîte branchée de Casablanca. Des golden boys gominés bavardent, haussent le ton et finissent par se battre à coups... de téléphone cellulaire.
    Le GSM a remplacé le gourdin de l'homme primitif. Il est un outil de violence, mais bien sûr de communication, de reconnaissance sociale.

    C'est le dernier symbole de "l'homo-multimédia", cet individu parvenu et connecté au monde. A Marrakech, Paris ou Sao-Paulo, la scène est la même: sur un trottoir et passant sur une terrasse chic, l'homme moderne exhibe son boîtier magique, tire son antenne, ordonne à sa secrétaire un courrier important, ou à sa femme des spaghetti pour le soir.
    Mais le mobile ne sert pas qu'aux cadres pressés. Les témoignages des journaux du réseau World Media racontent des usages surprenants: du fond de la jungle, un chef de la guérilla zapatiste harangue une foule réunie en plein centre de Mexico. A Sao Paulo, le téléphone mobile est dans les sacs de tous les travestis, avec les rouges à lèvres et les préservatifs. Partout, c'est la ruée vers cet outil, d'autant qu'il coûte de moins en moins cher. Aux Etats-Unis, les garagistes les offrent en bonus pour l'achat d'une voiture d'occasion. Au Maroc, ils coûtent encore près de 10.000DH, victimes des marges commerciales mais aussi des taxes et autres droits de douane.


    En la matière, le Maroc tient à ne pas être "exclu de la carte des pays qui avancent", surtout que les télécoms constiuent une infrastructure de base pour l'investisseur étranger si sollicité. Le téléphone classique était encore, il y a quelques années, un privilège des chefs de service. Dans les quartiers, l'épicier servait de relais à toute la population. La création de l'ONPT a permis d'arriver en quelques années à 1 million d'abonnés sur un réseau numérisé à 93%. L'objectif est d'atteindre 2 milions d'ici 1999. Pour cela, il est prévu d'investir 2 milliards de Dollars, et de sauter les étapes pour installer les dernières technologies: radiotéléphonie mobile, transmission par satellite, messagerie vocale, câbles à fibre optique: il y en aura 5.000km à l'horizon 2000. Le choix s'est porté sur la SDH (Hiérarchie Numérique Synchrone). Quant aux paraboles, elles sont entrées par les voies mystérieuses de la contrebande, narguent le fisc, du haut des terrasses, après des démêlés juridico-parlementaires.

    Big Brother revient

    Car la parabole est le seul "nouveau média" qui se démocratise au Maroc, faisant entrer TV5, CNN ou TNT cartoons dans les foyers populaires. Mais RTL y entre aussi. Et en zappant, samedi soir, on peut apercevoir une cuisse nue, une poitrine opulente...
    Or, la TVM avait habitué les familles a tant de décence, censurant le moindre baiser. Sur la parabole, les Marocains ont, à leur habitude, adopté une attitude conciliante, ménageant la liberté des uns et la pudeur des autres, là ou d'autres nations islamiques ont provoqué de grandes batailles.
    Déjà, pour quelques heures "érotiques" sur quelques chaînes, l'Iran et l'Arabie Saoudite ont interdit le recours à la parabole. Au passage, leurs populations sont privées de dizaines de chaînes informatives et culturelles. En Algérie, le FIS menace les chaînes "paradiaboliques", en particulier "Canal plus" surnommé "Canal Iblis".

    Ces interdictions sur les paraboles montrent que les "nouveaux média" ne sont pas que des techniques neutres au plan culturel ou politique. Leur raison d'être est de porter, à travers les frontières, des informations, des images, mais aussi des idées de l'autre bout du monde. Les société fermées, ou qui prétendent concilier "la tradition et la modernité techniques" sont alors confrontées à de nouveaux risques. Satellites, réseaux de données, les nouveaux médias sont à prendre ou à laisser en bloc. Et dans ce nouvel ordre médiatique international, c'est la culture occidentale libre et riche qui l'emporte. Elle a de la matière à diffuser et des moyens pour le faire.
    Pourtant, les gouvernements de ces pays démocratiques veillent eux aussi au grain. Le spectre de "Big Brother" revient. Désormais, Washington veut introduire "Clipper Chip", un procédé de codage sur les futures autoroutes de l'information, de vraies patrouilles électroniques. Objectif: traquer les terroristes et les pédophiles qui s'envoient des messages. C'est encore la morale qui cherche à justifier les contrôles.
    Mais le citoyen américain résiste: la confidentialité des réseaux doit être préservée. C'est une partie de la liberté d'expression qui ne peut être qu'absolue.

    Délinquance cybernétique

    Les Etats ont mieux à faire en s'attaquant à la vraie délinquance cybernétique qui porterait sur des millions de Dollars, car chaque technologie génère ses moralistes et ses bandits. Les dégâts sont évalués à 140 millions de Dollars par le FBI et à 140 milliards de Dollars par les Russes. Les mafias de Moscou sont aussi branchées sur les technologies du 21ème siècle qui permettent d'imiter les plus beaux chèques bancaires, d'entrer par effraction à des kilomètres de distance, dans les résultats d'un laboratoire ou le plan marketing d'une multinationale.
    Mais le droit n'a pas encore identifié, qualifié ces délits, ni défini les peines correspondantes. La nature des techniques utilisées pose, plus que la drogue ou le terrorisme, le problème de la territorialité: un amateur de Hong Kong peut "braquer" un cambiste de New York. Ces délits sont d'autant plus nombreux qu'ils peuvent être commis par des bricoleurs du clavier. Ils ne sont plus le domaine réservé aux surdoués de l'informatique avec l'explosion des PC.

    Le PC (Personnal Computer) est la boîte à outils qui permet l'accès au multimédia. Avec son PC, on entretient des relations personnalisées, parfois passionnelles: Rigoberta Menchu l'aime, quand le PDG de Cartier le snobe, ou le champion d'échecs redoute ses coups. Après la voiture, l'ordinateur est l'autre objet, érigé en compagnon. Un nouveau couple-modèle est né: l'homme et son PC. Ils se replient chez eux. Ils ne rendent visite à la grande famille cybernétique que par modem interposé: le télétravail se développe, renvoyant la femme et l'homme à leur foyer. L'amour à trouvé les minitels roses pour l'échange de billets doux et de messages pervers. Les clubs "d'amitiés" se développent autour des réseaux. Tout cela entre des gens qui ne se connaissent que par leur nom de code et leur numéro de téléphone, et qui ne se croisent jamais physiquement. Les nouveaux médias rapprochent les hommes de très près, tout en les séparant. Les nouveaux médias deviennent des intermédiaires.

    Khalid BELYAZID

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