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Les nouveaux marins du Sud

Repos biologique... et pécuniaire!

Par L'Economiste | Edition N°:414 Le 04/01/1999 | Partager

D'origines différentes, les pêcheurs du Sud ont ceci de commun: ils logent dans des grottes ou des baraques en contre-plaqué. Beaucoup de misères mais aussi du courage. Impuissants, ils dénoncent la confiscation de leurs poulpiers par la flotte de la pêche hauturière.


Les yeux rivés sur la plage, des centaines d'hommes, jeunes et moins jeunes, contemplent imperturbablement le débarquement de la flotte artisanale au coucher du soleil. A l'intérieur des barques, le poulpe, la seule valeur marchande dans les villages de pêche, communément appelés aftas (plage en berbère). A 65 km de la ville de Dakhla, Aarich, l'un des plus grands aftas du littoral sud, est le lieu d'un combat quotidien des pêcheurs contre la nature... et contre la mort.
Antichambre à ciel ouvert

D'origines différentes, notamment Kalâat Sraghna mais aussi Goulmim, Marrakech, Casablanca..., les marins pêcheurs logent dans des constructions entièrement délabrées. Installées en général sur la plage ou au pied des falaises, ces baraques ont des murs en contre-plaqué ou de simples couvertures de laine montées sur des piquets de roseau ou de bois. Les avant-cours, une sorte d'antichambre à ciel ouvert, sont entourées de vieux filets. L'espace occupé par chacune est élargi d'une place où est entreposée l'embarcation de l'équipage.
Nous sommes dans une logique de précarité presque absolue. A l'intérieur de la baraque, la nourriture côtoie quotidiennement le gasoil. Ce qui provoque souvent des incendies. La mer aussi prend son lot de vie humaine. Mais les pêcheurs dans les aftas n'ont pas peur de la mort, elle fait partie du décor et meuble leur vie tout comme la misère. D'ailleurs, nous avons assisté, le jour de ce reportage, le jeudi 17 décembre à Aarich, à un naufrage. Et pour la petite histoire, ô combien triste le cadavre en décomposition est resté plus de 15 heures sur la plage. Le décor est donc planté. Avec 500 barques et plus de 1.000 pêcheurs, selon les industriels de Dakhla, la vie sur la "planète Aarich" ne se raconte pas, ou à peine. Cette planète n'est d'ailleurs pas la seule, 14 autres aftas sont situés tout au long de cet orbite allant de Tarfaya à Lagouira.

Constituée exclusivement d'hommes, la population d'Aarich, comme dans tous les aftas du Sud, ne bénéficie d'aucune infrastructure. Pas d'eau, pas d'électricité, pas de toilettes, seulement et heureusement du poulpe.
Pour autant, les pêcheurs ne démissionnent pas. Mieux, ils font preuve d'ingéniosité en procédant à une organisation temporelle et spatiale, traditionnelle certes, mais efficace. Ainsi, seul l'équipage est habilité à habiter dans la baraque construite par le Raïs (patron-pêcheur) ou encore l'armateur (rarement pêcheur). En revanche, les aides (haz-douz, en berbère) vivent dans des baraques indépendantes de celles des pêcheurs. Ainsi, dans l'organisation spatiale des aftas, c'est le poids de la spécialisation qui l'emporte sur l'appartenance tribale. Ces "guerriers" se voient toutefois contraints, lors de la période de repos biologique, d'observer eux aussi un repos pécuniaire. Car, il y va de la préservation de la ressource halieutique, unique source de leurs revenus. La seule alternative est d'espérer le redémarrage de la campagne de pêche du poulpe. Cet "Octopus Vulgaris" à très grande valeur ajoutée commerciale, notamment auprès des Japonais, est en effet une valeur sûre dans les aftas, comme celui d'Aarich par exemple. Mais il n'y a pas que le poulpe. En fait, la pêche artisanale est saisonnière. Son calendrier d'activité comprend en été notamment la pêche de la langouste verte, de l'ombrine et surtout du poulpe au moyen de la turlutte. Autre instrument de pêche du poulpe, le "poulpier" et ce, en hiver. D'autres espèces sont accessoirement ciblées, telles que l'ombrine, les sparidés, le bar tacheté, la palomette et la palourde.
Dans la pêche artisanale, c'est le produit du travail et non le travail qui est rémunéré. Ainsi, les dépenses en frais communs (carburant, nourritures et cigarettes) sont déduites des recettes réalisées par une barque. Le reste est généralement partagé de la manière suivante: 50% à la barque et 50% à l'équipage, y compris le patron-pêcheur, propriétaire de la barque.

Système de vente


Selon une étude diligentée par l'Office National des Pêches auprès du cabinet Agro-Concept en 1997, la rémunération des pêcheurs a été estimée entre 15.000 et 20.000 Dirhams par marin annuellement. L'emplacement du site est par ailleurs déterminant. Il permet de renseigner sur le trafic du mareyage ainsi que le système de vente utilisé. A Dakhla par exemple, les industriels ont développé des liens très étroits avec les pêcheurs, empêchant ainsi l'installation massive des mareyeurs et autres inter-
médiaires. En l'absence de marché à la halle, ce système d'intermédiation pénalise fortement les pêcheurs qui voient s'exporter une partie de leur valeur ajoutée vers les intermédiaires, ces derniers n'ayant pas fourni autant d'efforts que ces marins guerriers.


Le poulpe confisqué


2h00 du matin. Sur une des plages de Dakhla, un paysage particulier. Face à la mer, des marins contemplent impuissants ce qu'ils appellent ironiquement et amèrement le "Bd Mohammed V". Référence aux boulevards des villes marocaines, tout aussi bien illuminés que les bateaux céphalopodiers aux projecteurs puissants "entassés" l'un à côté de l'autre. "Non seulement ces céphalopodiers se transforment en flotte côtière, mais ils nous confisquent nos poulpes, unique source de nos revenus", déclare mélancoliquement Bouchta, armateur d'une seule barque de pêche artisanale à l'aftas d'Aarich. Les armateurs, dans ce cas, auront intérêt à constituer une provision importante dans la rubrique "risque et charge". Le calcul est simple. Le coût unitaire de chaque engin étant de 10 DH, la provision que doit constituer l'armateur, pour un chargement de 200 poulpiers, doit s'établir à 2.500 DH par jour, soit 75.000 DH par mois!


3 milliards de DH pour les villages de pêcheurs


eux villages de pêcheurs sont d'ores et déjà opérationnels. Il s'agit de Calairis à El Houceima et Imassouan à Agadir. Le coût de ces "aftas" des temps modernes est respectivement de 60 et 80 millions de DH. "Ces projets sont financés par un don japonais non remboursable", expliquent les experts du Ministère des Pêches Maritimes (MPM). Un autre village de pêcheur est prévu en 1999 à Safi et trois autres en Méditerranée.
Pour l'heure, le MPM finalise actuellement l'étude du projet de la construction d'une vingtaine de villages de pêcheurs, et de 120 Points de Débarquement Aménagé (DPA).
L'enveloppe nécessaire à la réalisation de ces projets est estimée à environ 3 milliards de DH. Le MPM compte solliciter des bailleurs de fonds internationaux pour le financement. Le calendrier de réalisation de ces projets n'est pas encore divulgué.

Hassan BOUCHACHIA

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