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Tribune

Les nouveaux enjeux de l'ingénierie industrielle

Par L'Economiste | Edition N°:234 Le 13/06/1996 | Partager

par Rachid BENYAKHLEF*

Dans cet article, l'auteur veut cerner les nouveaux enjeux de l'ingénierie industrielle au Maroc. Après avoir tiré quelques traits caractéristiques de l'évolution de l'ingénierie moderne, il s'attache à analyser ces enjeux aussi bien pour les entreprises industrielles que pour la collectivité. Il traite enfin de la problématique du développement de cette ingénierie au Maroc.

Le métier de l'ingénierie industrielle est marqué aujourd'hui par une profonde évolution dont on peut dégager deux traits caractéristiques principaux:
Le premier concerne l'importance quantitative croissante de l'ingénierie dans tout projet industriel.
On admet souvent que la part de l'ingénierie représente en valeur environ 10 à 15% du montant d'un projet. Or, une analyse plus fine du processus de déroulement d'un tel projet montre que la part réelle est très supérieure à cette valeur.
En simplifiant volontairement les choses, on peut voir l'ingénierie comme le travail intellectuel nécessaire pour concevoir, réaliser et raccorder entre eux les différents sous-ensembles qui constituent un projet: on admet donc que plus ces sous-ensembles sont découpés finement et plus ce travail sera important et donc plus la valeur relative de l'ingénierie sera grande.
Pratiquement, l'ingénierie générale représente effectivement 10% à 15% d'un projet, mais ce chiffre n'est qu'apparent puisqu'il n'englobe que les phases d'ingénierie préliminaire et de base, la supervision des travaux et la gestion du projet, les sous-ensembles étant constitués de lots sous-traités (équipements, chaudronnerie, charpente, électricité, régulation...): la réalisation de ces lots par les sous-traitants requiert également des travaux conséquents d'ingénierie (ingénierie de détail, approvisionnement, organisation et gestion de chantier...); on peut en fait descendre plus loin dans les détails pour se rendre compte que l'ingénierie est partout présente et que le chiffre réel (par opposition au chiffre apparent) est beaucoup plus important. Sans qu'il soit réellement possible de le cerner avec précision on peut cependant avancer une estimation de l'ordre de 30%.
Par ailleurs, les évolutions technologiques de ces dernières années ont considérablement renforcé la place de l'ingénierie dans les projets industriels. En effet, ces derniers s'appuient de plus en plus sur la régulation des procédés, les automatismes et l'informatique industrielle, qui sont devenus les axes majeurs de progrès dans l'industrie et dont la mise en oeuvre repose beaucoup plus sur des prestations d'ingénierie (études, conception, programmation...) que sur la réalisation de systèmes matériels). Il s'agit là du même phénomène que dans le monde de l'informatique où les investissements en logiciels et progiciels ont largement dépassé les investissements en équipements.
De la même manière, le coût d'acquisition des licences devient de plus en plus élevé au fur et à mesure que les technologies deviennent de plus en plus sophistiquées et donc de plus en plus exigeantes en travaux de recherche-développement.

Double tendence

Il s'agit là d'une évolution irréversible où l'on voit la production intellectuelle prendre progressivement le pas sur la production de biens matériels.
D'un autre côté, cette évolution se caractérise par une double tendance dans le fonctionnement de l'ingénierie.
La première a trait à la spécialisation croissante des disciplines au fur et à mesure que les technologies deviennent pointues et complexes: de ce fait, les ingénieurs polyvalents sont progressivement remplacés dans les sociétés d'ingénierie par des ingénieurs de plus en plus spécialisés et par une démultiplication des disciplines à l'intérieur de ces sociétés.
La deuxième tendance est une conséquence de la première. En effet, les projets industriels font intervenir aujourd'hui un nombre croissant d'ingénieurs spécialisés et requièrent donc des efforts très importants en termes de coordination, d'organisation, de communication et de systèmes d'information.
Le management des projets devient alors une fonction primordiale dans les sociétés d'ingénierie. L'importance relative des différentes catégories d'ingénieries s'en trouve modifiée et le savoir-faire de base (métiers, procédés) cède progressivement la place au savoir-faire de disciplines et au savoir-faire de gestion de projets. Cette tendance est renforcée par la nécessité de s'adapter aux fluctuations du marché: les ingénieurs de discipline et de gestion de projets peuvent intervenir quelle que soit la nature du projet, ce qui n'est pas le cas des ingénieurs de métiers et de procédés. Les grandes sociétés d'ingénierie en ont tiré les conclusions appropriées: elles fonctionnent aujourd'hui en s'appuyant essentiellement sur les disciplines et la gestion qui constituent les éléments clefs du succès; quant au savoir-faire de base, elles le mobilisent à travers des consultants individuels ou des petites sociétés spécialisées dans certains métiers de base.
De ces observations, on peut tirer des conclusions majeures concernant le métier de l'ingénierie au Maroc:
- la première a trait à la nécessité pour le tissu économique d'investir le champ de l'ingénierie dont l'importance quantitative et qualitative est croissante: il y a là un grand gisement de valeur ajoutée qu'il convient d'exploiter et développer. Nous en analysons plus loin les enjeux.
- la seconde a trait aux opportunités nouvelles qui s'ouvrent pour l'ingénierie marocaine du fait des tendances précédemment analysées. En effet, l'externationalisation des savoir-faire de base par rapport aux grandes sociétés internationales permet d'en faciliter l'approche et les coûts d'accès, alors qu'ils constituaient jusqu'à présent un goulot d'étranglement pour un pays comme le Maroc, faiblement industrialisé. Par ailleurs, les savoir-faire de disciplines et de gestion qui sont devenus les clefs du métier sont plus facilement accessibles du fait de leur reproductibilité d'un projet à l'autre.

Ingénierie et entreprises industrielles

Pour les entreprises industrielles, l'intérêt de l'ingénierie se mesure d'abord en terme de réduction du coût de réalisation de leurs projets. Ainsi, et pour prendre un exemple significatif, réaliser un projet en s'appuyant sur une ingénierie locale comme maître d'oeuvre présente, par opposition à la commande d'une installation clefs en main chez un ensemblier, des avantages économiques déterminants:
- L'ingénierie maître d'oeuvre, en découpant un projet en de multiples sous-ensembles homogènes, permet d'abord de supprimer les marges d'intermédiation de l'ensemblier; elle permet surtout d'élargir considérablement l'éventail des fournisseurs potentiels et par conséquent de faire jouer pleinement le levier de la concurrence: le maître d'ouvrage dispose par conséquent d'un pouvoir de négociation bien plus important que lorsqu'il a à discuter avec un nombre restreint d'ensembliers.
- Elle permet, toujours grâce au découpage judicieux d'un projet, d'utiliser au maximum les ressources de la sous-traitance locale, qui, selon les métiers et les secteurs, offre des prix de 2 à 3 fois inférieurs à ceux des pays industrialisés. Or cette sous-traitance existe et possède de réelles capacités en termes de métiers, de capacités et de qualité.
- En travaillant avec une ingénierie maître d'oeuvre, le maître d'ouvrage assume directement les risques liés à la réalisation du projet, mais évite en contrepartie le cumul des coûts de prise en charge de risques par l'ensemblier (risques liés à la mauvaise définition du projet au moment de la commande, risque mécanique, risque de capacité, risque de performances, risque de retard, risque financier...), cumul qui peut atteindre 25 à 30% du coût total d'un projet et qui est intégralement répercuté sur le maître d'ouvrage dans tous les cas de figure.
- Enfin, les coûts d'ingénierie locale sont sensiblement inférieurs aux coûts des ingénieries à l'extérieur avec un rapport de 2,5 à 3, ce qui présente également une source d'économie non négligeable.
Dans ce cas de figure on peut donc estimer, en prenant en compte les effets cumulés de tous ces facteurs, que le maître d'ouvrage subit un surcoût de 100 à 150% lorsqu'il commande une installation clefs en main au lieu de s'adresser à une ingénierie.
Par ailleurs, les entreprises industrielles qui s'appuient sur une ingénierie pour la réalisation de leurs projets ont l'avantage d'y trouver un autre intérêt, c'est celui de garder l'entière maîtrise de ce projet tout au long de sa réalisation. En effet, dans un projet réalisé en maîtrise d'oeuvre, le maître d'ouvrage a la possibilité d'intervenir dans chacune des étapes du projet (ingénierie préliminaire, ingénierie de base, ingénierie de détail, travaux) et de dicter les choix qui, en fonction de sa propre expérience, lui semblent les plus pertinents pour la réussite technique et économique de son projet: choix de variante de procédés, choix du dimensionnement, choix de la technologie des équipements, choix de matériaux, choix de fournisseurs et prestataires de travaux... Par ailleurs, cette présence permanente permet au maître d'ouvrage d'assurer une prise en charge rapide de ses installations et de minimiser par conséquent les coûts de démarrage et de mise au point. Il y a là une différence notable avec le système clefs en main qui s'apparente, pour le maître d'ouvrage, à un système type "boîte noire" avec tous les dysfonctionnements qui peuvent en résulter.
En troisième lieu, les entreprises industrielles peuvent bénéficier à travers les sociétés d'ingénierie d'une grande facilité d'accès aux nouvelles technologies.
Très souvent, en effet, l'introduction d'innovations technologiques dans les entreprises est freinée, voire stoppée, car celles-ci ne disposent pas de l'encadrement et de l'expérience nécessaires pour ce faire ou parce que ces innovations leurs paraissent d'un coût inaccessible, (ce qui est dans la plupart des cas erroné); ces entreprises passent ainsi à côté d'opportunités réelles et prennent un retard considérable dans leur modernisation et donc dans leur course à la compétitivité.
Les sociétés d'ingénierie, du moins celles qui sont organisées et gérées dans cet esprit, sont par contre une structure d'accueil et d'assimilation idéale pour les nouvelles technologies, grâce à leur effort de formation continue, à leurs liens avec des partenaires extérieurs, à leur pratique de veille technologique et aux expériences accumulées dans différents projets ou études. De plus, avec leurs méthodologies d'approche, ces sociétés ont la capacité de cibler les nouvelles technologies dans ce qu'elles ont de réellement spécifique et de les intégrer dans leur savoir-faire existant, ce qui permet d'en réduire considérablement le coût d'accès pour leurs clients.
A titre d'illustration, le coût spécifique d'acquisition de la licence d'un procédé de fabrication nouveau peut être relativement réduit; quand par contre cette licence fait partie d'un package plus large (un atelier de fabrication clefs en main par exemple), c'est tout le package qui s'en trouve revalorisé: le surcoût payé pour l'ensemble est alors très sensiblement supérieur au coût propre de la licence. S'appuyer sur une ingénierie permet justement d'éviter cela.
Les sociétés d'ingénierie constituent donc un véritable vecteur de transfert de technologie pour les entreprises industrielles.
En quatrième lieu et dans le même esprit, on peut dire que les sociétés d'ingénierie locales constituent pour les entreprises industrielles une ingénierie de proximité extrêmement utile lorsqu'il s'agit de conduire des études, de réaliser des extensions ou de procéder à des améliorations ou réhabilitations. Ces projets, même de taille modeste, sont souvent écartés du fait du manque de savoir-faire et d'expérience, ou des coûts d'approche élevés des sociétés d'ingénieries extérieures. Avec des sociétés locales, ils deviennent abordables aussi bien en terme de coût que de délai. Cette ingénierie de proximité est à ce titre un élément important pour accompagner les entreprises dans leur effort de progrès.

Ingénierie et collectivité

Au même titre que pour les entreprises industrielles, le développement de l'ingénierie représente un intérêt majeur pour la collectivité.
Nous avons déjà évoqué plus haut le rôle susceptible d'être joué par les ingénieries dans le transfert et l'innovation technologique pour le compte des entreprises industrielles. Il est évident que ce rôle de diffusion du progrès technique concerne également toute la collectivité.
On peut citer à titre d'exemple les entreprises de sous-traitance (génie-civil, charpente, mécanique et chaudronnerie, électricité et régulation...) qui sont amenées à assimiler ce progrès à travers les méthodes de travail, les normes et les standards de qualité qui leur sont imposés par ces ingénieries lorsqu'elles interviennent en tant que maître d'oeuvre.
On peut citer également le rôle très positif que peuvent jouer ces ingénieries dans le système d'enseignement supérieur (écoles d'ingénieurs, universités): en assurant des cours et des séminaires de formation ou en encadrant des travaux de fin d'études ou de thèses, elles contribuent de manière décisive à la diffusion du savoir-faire technologique parmi les générations montantes.
Le rôle fondamental joué par la recherche-développement dans le progrès et la compétitivité d'une économie a souvent été, à juste titre, mis en avant. L'ingénierie est justement investie d'une mission irremplaçable dans ce processus, celle de servir de passerelle entre le monde de la R&D et celui de l'économie. A titre d'exemple, la mise au point d'un procédé chimique dans des laboratoires reste d'un intérêt tout juste académique s'il n'existe pas d'ingénierie en mesure d'industrialiser ce procédé pour l'appliquer dans une unité industrielle. C'est dire que l'enjeu futur pour notre pays du développement de l'ingénierie est de la même importance que celui du développement de la R&D.
Un autre effet extrêmement bénéfique du développement de l'ingénierie réside dans l'augmentation de la valeur ajoutée locale réalisée dans les projets industriels. Les sociétés d'ingénierie locales permettent comme on l'a vu précédemment, grâce à un découpage et à un montage adéquats des projets, de tirer un profit maximum des possibilités de sous-traitance interne. Dans un projet monté clefs en main par un ensemblier extérieur, on estime généralement la valeur ajoutée locale à environ 20% du projet: dans un projet réalisé en ingénierie locale, cette part se situe entre 60 et 80%. Les effets d'entraînement d'un investissement industriel sur le reste de l'économie s'en trouvent ainsi démultipliés, sans compter les retombées positives sur l'emploi ainsi que sur le bilan en devises.
Il convient également de souligner l'incidence positive d'un tel développement sur la promotion des ressources humaines et en particulier sur l'emploi des cadres techniques, ingénieurs et techniciens aussi bien en termes quantitatifs que qualitatifs. Sans être en mesure de donner des chiffres très précis, on peut estimer cependant que ce sont plusieurs milliers d'emplois d'un haut niveau de qualification qui pourraient être créés si les potentialités de l'ingénierie pouvaient être complètement exploitées.
Au même titre que les infrastructures de base ou l'infrastructure financière, les investisseurs industriels étrangers considèrent généralement que l'existence d'une infrastructure technologique et technique développée est l'une des conditions de leur implantation dans un pays donné. Les sociétés d'ingénierie font également partie de cette infrastructure: elles constituent en effet un point d'appui pour la réalisation de leurs projets et une structure d'accompagnement pour leur développement futur. C'est dire que la présence d'ingénieries fortes et structurées constitue un élément important pour attirer les investisseurs extérieurs au Maroc.
Enfin et pour conclure sur ce chapitre, on évoquera un aspect un peu plus prospectif de la réflexion.
Le commerce international est de plus en plus dominé par les échanges de services: en valeur relative, on échange de moins en moins de biens matériels mais de plus en plus de biens immatériels, de services, de produits de la connaissance et du savoir-faire. Il s'agit là d'une tendance irréversible de l'évolution de l'économie mondiale.
Pour le Maroc en particulier, cette tendance est lourde de menaces: ses atouts compétitifs d'aujourd'hui (coût de la main-d'oeuvre, situation géographique, conditions climatiques) pèseront de moins en moins lourd au fur et à mesure que les choses évolueront; c'est dire que son repositionnement sur le marché des services est une des conditions pour rester dans la course. Parmi les services concernés, l'ingénierie peut occuper une place intéressante. Le Maroc dispose, on le verra plus loin, de compétences réelles et de ressources humaines de bon niveau: il a développé un savoir-faire spécifique dans un certain nombre de domaines (agriculture, infrastructures de base, gestion de l'eau, industrie minière, industrie chimique...). Il peut prétendre dès aujourd'hui valoriser ce savoir-faire à travers des sociétés d'ingénierie, avec des avantages comparatifs certains en particulier au niveau des coûts.
Il s'agit d'abord d'inverser la tendance actuelle où le Maroc est importateur net de services d'ingénierie (85% de l'ingénierie pour les projets marocains est réalisée à l'extérieur) en permettant aux sociétés locales d'occuper une partie du terrain tout en sauvegardant l'indispensable ouverture sur l'extérieur. Il s'agit ensuite, et en parallèle, de promouvoir une action marketing à long terme sur les marchés extérieurs et de structurer les segments porteurs de l'ingénierie pour leur permettre d'évoluer et de matérialiser efficacement leurs compétences sur ces marchés.

Problématique du développement d'une ingénierie industrielle

On peut à présent se poser la question de savoir si oui ou non les conditions sont actuellement réunies pour le développement et l'épanouissement d'une ingénierie industrielle au Maroc. L'examen de la situation actuelle et des tendances de son évolution conduit à des conclusions nuancées.
En premier lieu, on peut aujourd'hui considérer que le Maroc dispose de potentialités humaines et intellectuelles satisfaisantes, ce qui est une des conditions indispensables à ce développement de l'ingénierie.
- En effet, le système d'enseignement supérieur, malgré ses lacunes, parvient à former à travers quelques grandes écoles d'ingénieurs, environ 1.000 cadres chaque année. Les efforts entrepris ces dernières années par ces écoles en termes de sélection, de programmation, d'encadrement et d'ouverture sur l'extérieur ainsi que sur le monde des entreprises ont permis en outre d'améliorer sensiblement le niveau de formation des ingénieurs.
- A ceux-là se rajoutent environ 100 ingénieurs par an issus d'écoles d'ingénieurs européennes et, de plus en plus, d'universités nord-américaines: ceux-ci apportent, en plus, de leur formation académique, une expérience pratique des méthodes de travail dans les pays industrialisés. Enfin, il existe dans ces pays-là un grand réservoir de compétences constituées par des ingénieurs marocains ayant choisi pour diverses raisons de s'établir durablement ou de vivre une première expérience professionnelle dans des groupes industriels, des sociétés d'ingénierie ou des instituts de recherches: ceux-là sont également susceptibles d'apporter une richesse inestimable à condition bien sûr de savoir les mobiliser et leur offrir un cadre accueillant.
- Le tissu industriel marocain constitue également un réservoir très riche de compétences. Malgré sa relative jeunesse et sa densité encore insuffisante, il a su développer en son sein un savoir-faire technique appréciable dans les métiers et les disciplines où il a pu conforter son ancrage et sa pérennité: on peut citer en particulier les mines, les cimenteries et les matériaux de construction, les industries chimiques et parachimiques, l'agro-industrie, la métallurgie, les industries mécaniques et électriques. Dans tous ces secteurs industriels, on trouve en effet de nombreux ingénieurs confirmés dans la gestion et le pilotage des procédés, la conduite des processus de production, la maintenance des équipements et la conception de nouvelles installations. Ce capital d'expérience et de savoir-faire constitue une base très riche pour le développement d'une ingénierie industrielle.
La croissance du tissu industriel et des infrastructures de base constitue également une condition nécessaire pour le développement de l'ingénierie dont elle constitue le moteur. Bien que limitée et irrégulière, cette croissance est bien réelle et on a toutes les raisons d'espérer qu'elle est appelée à se poursuivre dans les prochaines années. Cependant, bien plus que par son aspect quantitatif, c'est son aspect qualitatif qui est le plus déterminant quant aux effets d'entraînement sur l'ingénierie. En effet, aussi bien les exemples des pays anciennement que nouvellement industrialisés montrent que ce sont les grands groupes industriels ou les grands organismes de l'Etat qui ont été le véritable moteur du développement de l'ingénierie dans ces pays, conçue comme une nécessité stratégique pour assurer leur propre croissance: c'est ainsi que les plus grandes sociétés d'ingénierie dans ces pays-là ont été créées au sein ou à la périphérie de ces grands groupes industriels qui les ont régulièrement alimentées en gros projets. Au Maroc, si le développement économique repose encore beaucoup sur les PME-PMI, l'émergence et le renforcement des grands groupes industriels privés au côté des grandes entreprises publiques, destinées par ailleurs à être privatisées, constituent certainement une opportunité intéressante pour l'ingénierie.
Tout cela permet d'affirmer que les conditions de base indispensables au développement d'une ingénierie industrielle existent réellement. Elles ne sont cependant pas suffisantes.
L'ingénierie est en effet avant tout un métier avec ses règles méthodologiques et ses modèles d'organisation: si les ressources humaines et le capital technique sont indispensables, il faut encore les féconder pour les transformer en savoir-faire d'ingénierie grâce à la démarche propre à ce métier. C'est dire que le développement de l'ingénierie requiert un effort de création, de structuration et d'organisation. Compte tenu des exigences et de la complexité du métier, seuls les grands groupes industriels privés ou publics peuvent contribuer à cet effort soit en créant directement des sociétés d'ingénierie à partir de leur capital humain, soit en assurant à ces sociétés un marché suffisant leur permettant de conforter leurs structures. Encore faut-il que les enjeux stratégiques de cette activité soient pleinement perçus: il s'agit en effet d'un investissement en temps et en coût dont la rentabilité ne peut se mesurer qu'à moyen terme et de manière indirecte. Cet effort a été mené par les pouvoirs publics dans le domaine des infrastructures avec un réel succès; dans le domaine de l'ingénierie industrielle, certaines expériences n'ont pas connu le même succès; d'autres ont démarré depuis quelques années et méritent d'être pleinement encouragées.
Le développement de l'ingénierie industrielle exige par ailleurs un marché consistant et en croissance régulière des services d'ingénierie.
L'expérience des autres pays montre qu'un tel marché doit être obligatoirement constitué de quelques gros projets et soutenu par des prestations de moindre importance pour les petites et moyennes entreprises.
La réalisation de la première condition demande une évolution décisive des méthodes de gestion et de réalisation des projets de la part des grands décideurs qui sont souvent des entreprises du secteur public. Pour des raisons liées d'une part aux structures de décision et d'autre part aux types de financement mis en place (financements internationaux à aide liée), ces entreprises optent quasi-systématiquement pour des projets clefs en main qui, compte tenu de leur taille et du financement lié, excluent de facto les ingénieries implantées localement, qui ne peuvent prétendre au mieux qu'à un rôle de sous-traitants pour les aspects les moins valorisants du projet. Il ne s'agit pas là d'appeler à une quelconque règle de préférence nationale ou de prêcher l'aventure, mais d'imaginer des modalités pour associer ces ingénieries de manière active et capitaliser ainsi des expériences précieuses, pourvu bien entendu que l'on ait en vue les enjeux stratégiques de la question.
Quant à la seconde condition, elle demande un changement profond des modes de pensée dans les entreprises industrielles de taille plus modeste. En effet, si la notion de services financiers y est bien appréhendée, la notion de services techniques et d'ingénierie n'y est pas encore perçue à sa juste valeur quand ces services ne sont pas directement associés à un bien physique. Ceci explique que ces entreprises ne constituent aujourd'hui qu'un marché très marginal pour l'ingénierie. Un changement dans un sens positif interviendra sans doute avec la déprotection du marché industriel marocain et avec la mise en place de réglementations plus contraignantes en matière de standards de qualité et de protection de l'environnement, éléments qui inciteront les entreprises à s'appuyer sur l'apport des sociétés de services en ingénierie.
L'ouverture sur l'extérieur constitue enfin une condition également indispensable pour l'épanouissement de l'ingénierie. C'est elle en effet qui permettra d'acquérir les métiers et les spécialisations qui manquent ainsi que les méthodologies qui font défaut; d'elle dépend également l'assurance d'une mise à niveau permanente par rapport aux évolutions technologiques.
Cette ouverture peut se matérialiser par des accords de partenariat entre ingénieries marocaines et ingénieries extérieures ou par la création de sociétés d'ingénierie au Maroc avec une implication active de ces dernières; l'important dans cette ouverture est de dépasser le système "boîte aux lettres" qui a longtemps été pratiqué pour aboutir à une vision impliquant un véritable transfert de savoir-faire et la production effective d'une valeur ajoutée par les compétences marocaines.

* Directeur général de Reminex, entreprise de R&D du pôle mine de l'ONA; Directeur du développement du pôle mine de l'ONA, diplôme de l'école polytechnique et de l'école des Mines de Paris, directeur général de la compagnie Ministère de Guemmassa

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