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Les nouveaux critères du risque politique : Comment les analystes réagissent aux événements

Par L'Economiste | Edition N°:237 Le 04/07/1996 | Partager


Ils occupent des positions-clefs de la finance internationale parce qu'ils influencent et finissent par créer l'environnement. Mais à quoi rêvent donc les analystes?


"C'est une drôle de confrérie que celle des analystes". Ils forment une sorte "d'industrie de l'analyse", avec leurs références et leurs manies. Un microcosme proustien, qui gouverne des milliards de Dollars. Pour les pays préémergents comme le Maroc, l'industrie de l'analyse du risque est le passage obligé pour l'insertion dans les marchés globaux. Certes les données phares sont et restent les fondamentaux d'un pays:

. Le taux de croissance du PIB et sa variabilité dans le temps: sur ce point, le Maroc n'est pas bon.
. Le niveau de déficit du Trésor: le Budget marocain suscite des interrogations car les dérapages en cours d'exercice sont quasi-constants. Néanmoins, les progrès sont regardés comme importants, excepté l'accident de 1994.
. Le taux d'inflation: le Maroc se situe relativement bien.
. Le comportement de la balance courante et de la balance des paiements: le Maroc n'est pas bon sur la première, meilleur sur la seconde.
Ces données chiffrées ne suffisent pas pour fonder le jugement des analystes. D'autres éléments entrent en ligne de compte qui n'ont jamais vraiment été conceptualisés.

Portrait non-aseptisé


M. Jon Marks, journaliste britannique, vieux routier des bureaux d'analyse sur les risques-pays, dresse un portrait non-standard et non-aseptisé de ces métiers lors du Forum Finance.

Dans les agences de rating comme dans les bureaux de recherche des fonds internationaux ou des banques ou encore des institutions financières multilatérales, les métiers d'analyse sont apparus avec la globalisation des marchés.
Jusque dans le milieu des années 70, les risques n'étaient pris que par les Etats, garantis comme il se doit par les Trésors publics, directement ou indirectement via des Caisses de garantie (COFACE, US Eximbank, Exim Japan, Export Credits Guarantee Department-Grande-Bretagne, NCM-Pays-Bas, SACE-Italie, CESCE-Espagne, Hermes-Allemagne, OND-Belgique). En clair, ce sont les contribuables qui payent les erreurs de choix politiques. Cette ère s'est terminée au milieu des années 80, les analystes ont envahi les organismes publics: les contribuables sont devenus regardants.

Les garanties publiques n'ont pas disparu, elles ont perdu de leur poids face aux mouvements de capitaux privés. Ces derniers sont gouvernés, non plus par des considérations politiques, mais par les analystes de risques.

"Ce printemps, les missiles de la Chine ont été braqués sur Taiwan, la cinquième place financière mondiale et probablement la sixième ou septième puissance économique, rappelle M. Jon Marks. Mais cela laissait les analystes indifférents". Aucun d'entre eux ne croyait que Pékin mettrait ses menaces à exécution. La suite des événements a montré qu'ils avaient raison.

"Mais quelques semaines plus tard, la confrérie des analystes est entrée en ébullition à cause d'une toute petite nouvelle". La Chine venait de décider que dorénavant toutes les informations devraient passer par l'agence d'information officielle, Xinhua. Plein à craquer, l'atelier du Forum Finance consacré à l'analyse des risques éclate de rire. "Un peu comme si le Maroc décidait que, pour avoir une information, il fallait désormais passer par l'agence MAP seulement", précise M. Marks. La salle s'arrête net de rire: elle devine qu'un message important va passer. Il passe: il est essentiel pour la confiance d'avoir des prestataires d'informations, indépendants des pouvoirs politiques. Les journaux privés font très bien l'affaire. Dans ce domaine, le Maroc est le mieux loti de tous les pays arabes. M. Marks cite la présence de L'Economiste dans tous les bureaux d'analyse qui s'occupent même de loin de finance marocaine.
Mais si cette condition d'une presse libre et indépendante est nécessaire, elle n'est pas suffisante.

Droits de l'Homme: Premier critère qualitatif


"Les pouvoirs publics ne doivent pas démissionner de leur rôle de fournisseur d'informations, et même plus, ils doivent pouvoir fournir en même temps les grilles de compréhension", explique le conférencier. Sur les marchés occidentaux, pas de problème pour comprendre le sens de tel ou tel événement ou de telle ou telle décision. Dans les pays émergents ou préémergents, il en va tout autrement:"les faits doivent être expliqués, rendus compréhensibles". Dans le chapitre des risques d'incompréhension, il faut placer des événements tels que la maladie de SM le Roi à l'automne dernier: pas assez expliquée à l'étranger, si bien que les analystes se sont interrogés sur les conséquences possibles.

Le cas tunisien retient aussi l'attention de M. Marks. Une trop grande volonté de centraliser et de contrôler l'explication devient suspecte aux yeux des analystes.

Par ailleurs, les analystes se réfèrent de plus en plus aux règles institutionnelles. En particulier, ils jugent l'environnement bon, moyen ou mauvais, aux procédures qui permettent de sélectionner et de désigner les ministres et les grands serviteurs de l'Etat. En un mot, ils aiment la transparence politique, sachant qu'aujourd'hui il n'y a plus, nulle part dans le monde, de risques de nationalisation.

L'exemple chinois montre que les analystes sélectionnent les faits qui ont un impact sur les affaires: le contrôle d'informations leur paraît plus important que les "gesticulations militaires".
Mais les analystes regarderont systématiquement les atteintes aux droits de l'Homme comme des faits importants pour les affaires: "bad for business".

En fait, souligne M. Marks, comme les analystes ont introduit une standardisation et un contrôle international pour la présentation des comptes des sociétés, ils introduisent maintenant une standardisation et une vigilance internationales sur les questions politiques et sociales. Sa conclusion lui vaut un tonnerre d'applaudissements.

Nadia SALAH

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