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Les musiques sacrées à Fès

Par L'Economiste | Edition N°:293 Le 14/08/1997 | Partager

Le 3ème Festival des Musiques Sacrées s'est tenu à Fès du 24 au 31 mai 1997. Chaque année, l'ancienne capitale du Maroc, restée le centre religieux et spirituel du Royaume, accueille avec succès des chants mystiques musulmans, chrétiens, juifs et de toutes les religions et de tous les continents.


LE projet n'était pourtant pas évident. Au départ, l'idée d'un festival de musiques sacrées du monde est apparue comme une sorte de gageure, se souvient Faouzi Skalli, professeur d'anthropologie, versé dans le soufisme (mysticisme musulman) et initiateur du projet. Quel intérêt celui-ci allait-il réellement susciter? Pourtant dès le premier concert, la salle de 800 personnes s'est révélée trop petite, et 200 personnes ont préféré rester debout entre les chaises pendant toute la durée du concert sans que celui-ci ne soit troublé par le moindre bruit.
Qui pouvait imaginer qu'une soeur maronite, telle que Marie Keyrouz, interpellant le public marocain en arabe et chantant dans sa langue, allait susciter chez celui-ci une si grande émotion? Et inversement, que le Sheikh aveugle Al Barrayn, originaire de Haute-Egypte, allait par ses chants du terroir, à la fois émouvants et dépouillés, pouvoir marquer un public européen? C'est aussi à travers le Festival qu'un large public marocain a pu découvrir les autres formes de chants soufis dans le monde musulman, celle des Derviches Tourneurs de Turquie ou des Qawwali du Pakistan, à la fois si similaires de la tradition marocaine du Samaa et si différentes pourtant!

En quoi ces musiciens particuliers peuvent-ils toucher les oreilles d'un public habitué à des musiques modernes et païennes? Pour l'organisateur du festival, c'est avant tout parce que la musique, comme la photographie, exposée en marge du Festival, tient sa force de sa qualité de "témoignage". "Elle est d'autant plus forte qu'elle dépasse l'individu pour devenir l'expression de la sensibilité la plus profonde d'une tradition, d'une culture", explique M. Skalli. "La musique sacrée, par la force émotionnelle et la beauté qui s'en dégagent, a cette qualité de pouvoir toucher toutes les oreilles un tant soit peu attentives", affirme-t-il. Il ne s'agit pas là de foi mais d'un art affiné et porté jusqu'à ses plus hauts sommets par des siècles de pratique.
Signe des temps, les musiques et chants tradition-nels en général, mais surtout pour les chants et musiques sacrés, suscitent aujourd'hui un véritable engouement. "Officum" du Hilliard Ensemble avec Jan Garbarek a été vendu en CD à des centaines de millions d'exemp-laires. Ce type de concert fait toujours salle comble. Ce printemps, le Festival a été consacré à la notion d'offrande, «thème qui désigne, non seulement le don sous toutes ses formes, mais surtout l'état d'esprit qui l'accompagne», selon M. Skalli. Il s'agit, explique-t-il, de restituer à la notion de «don» ses vraies significations spirituelles. Une méditation dans un monde régi par le marché où prédominent des relations économiques.
"Sans les nier, l'homme est capable dans certaines circon-stances de les transcender", affirme M. Skalli.
Pour la soirée inaugurale étaient prévues les voix spirituelles et intériorisées d'Aïcha Redouane, Marie Keyrouz et Françoise Atlan et celles de choeurs d'enfants des trois religions monothéistes, le Choeur Grégorien de Paris.

Khalid BELYAZID
L'Economiste (Maroc)

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