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Les métamorphoses du Maroc
Par Hichem Ben Yaïche

Par L'Economiste | Edition N°:2686 Le 04/01/2008 | Partager

Hichem Ben Yaïche est Tunisien d’origine et chercheur universitaire à Paris. Il collabore à divers centres de recherches, dont l’Iris, Institut de recherches internationales stratégiques, dirigé par Pascal BonifaceVivant en Europe depuis de longues années, j’avais compris, très tôt, que le Maghreb se devait de faire partie de mon champ d’observation. A cela, il y avait sans doute le tropisme des origines, l’envie de comprendre et de me comprendre et, surtout, d’approfondir ma connaissance quant à ces (complexes) réalités. Il n’est guère de secret que, pour sortir de l’abstraction et éviter d’être enfermé dans l’univers des mots – lesquels dématérialisent justement la réalité –, il est nécessaire de plonger dans le concret, d’entrer dans l’intimité des êtres et des choses in situ. Un exercice indépassable pour celui qui veut échapper aux clichés, aux idées reçues et autres lieux communs!Mon premier saut dans cette région, je l’ai débuté par le Maroc au début des années 80. Inutile de dire que l’équation marocaine m’a intellectuellement fasciné. Un pays immense, avec une géographie très contrastée et une société aux origines variées. Je me suis longtemps interrogé aussi sur la monarchie et sur son univers makhzénien, son mode de fonctionnement. J’ai dû apprendre à mieux connaître les hommes, à interpréter les signes, aller au-delà des apparences, décrypter les discours… Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain! Après un long cheminement, à travers une quinzaine de voyages, je crois pouvoir dire, aujourd’hui, que je dispose d’un trousseau de clés me permettant d’ouvrir les portes de l’univers marocain.Racontons mon tout dernier séjour dans le Royaume chérifien. Il ne s’agit pas de se livrer ici à des comparaisons ou d’établir des parallèles avec tel ou tel voisin. Mais l’expérience des uns a souvent pour vocation d’éclairer les autres. Et vice versa!Voilà un pays, le Maroc, qui a compris, ces dernières années, tout l’intérêt de se mettre en mouvement. A la fin de sa vie, Hassan II a décidé de modifier la donne, pour rompre à doses homéopathiques avec les années noires de son règne, en procédant à une démocratisation sous contrôle. Cela fut difficile, laborieux, mais cela a permis de faire évoluer les mentalités et d’ouvrir une brèche dans le corps figé du vieux Royaume chérifien. Malgré son passé d’homme de fer, le Roi a, de fait, réussi, malgré les risques, à impulser une dynamique nouvelle et crédible. Mais son décès va permettre à son fils Mohammed VI d’incarner une nouvelle ère, celle du «nouveau Maroc».. Transition générationnelleJoignant les paroles aux actes, le jeune monarque Mohammed VI a su, très vite, mettre sur orbite une nouvelle génération d’hommes et de femmes (1).Malgré les tiraillements, la lutte des clans – ceux ayant gouverné sous le règne de son père – et les difficultés en tous genres, l’alchimie fonctionne globalement.La transition générationnelle a incontestablement réussi! Bien sûr, le gap entre riches et pauvres est toujours aussi abyssal que par le passé, et comporte des menaces terribles. Bien sûr que la lutte contre l’analphabétisme reste à gagner. Bien sûr que la démocratie est un acquis fragile, et ainsi de suite. En dépit de tout cela, un déclic s’est incontestablement produit dans la société. Les Marocains parlent, s’expriment, dénoncent, vocifèrent, en dépit même des lignes rouges qu’il ne faut pas franchir. Un véritable air frais circule dans le pays. Le Roi Hassan II aimait à recommander à ses hommes de «gérer le Maroc comme une entreprise». Et bien, cette devise est maintenant poussée plus loin, alors que, peu à peu, les choix économiques du pays se précisent. Le Maroc se dit in petto qu’il n’a rien à perdre. Bien au contraire! En ouvrant son espace aux investisseurs extérieurs, le message qu’il souhaite faire passer est qu’il est le pont le plus avancé en direction de l’Europe. C’est un choix, un pari… La législation du pays a été revue en conséquence, et fait siens les critères principaux de convergence de l’UE, afin d’être en phase avec les attentes des investisseurs étrangers, et en se mettant en position pour capter toutes les aides relevant du «processus de Barcelone» et de la politique européenne de voisinage (PEV). L’ancien ministre Fathallah Oualalou me l’a explicitement dit lors d’une rencontre à Bruxelles, le 3 septembre dernier.. Le Label MarocLe «Label Maroc» fonctionne et trouve un écho très favorable dans les oreilles de certains investisseurs européens. De ce point de vue, Carlos Ghosn, le président du groupe Renault, a donné un signal très fort en implantant une usine à Tanger. D’autres groupes opèrent sur place, et deviennent mécaniquement les meilleurs lobbyistes du pays. Les Intégrales de l’investissement qui se tenaient à Rabat les 13 et 14 décembre dernier ont révélé cette capacité de «vendre» et de servir la «Maison Maroc» en incitant les investisseurs à venir en masse(2). Pour l’anecdote, je voudrais reproduire ici la confidence de Moulay Hafid Elalamy, président du CGEM rencontré au siège de son groupe Saham, à Casa: «Lors d’une rencontre avec les responsables du Medef à Paris, me dit-il, j’ai laissé parler les Français, membres du patronat marocain, au sujet du Maroc et de leurs expériences». Une manière imparable de faire passer son message!Dire cela n’est aucunement céder à la facilité ou prendre pour argent comptant tout ce qu’on me dit au Maroc. Mais le fait est là: de Tanger à Rabat, la capitale politique, jusqu’à Casablanca, la capitale économique, j’ai vu naître un «Maroc nouveau». Le pays commence à croire en lui. Ses élites, qui ont besoin d’un renvoi d’image positive, ainsi que le petit peuple, sont en train de se familiariser avec des concepts nouveaux: crédibilité, professionnalisme, fierté des origines, mondialisation.Bien sûr, on peut toujours me rétorquer que la grande misère n’a pas régressé et qu’il y a, par ailleurs, d’autres réalités lourdes pour édulcorer ou tempérer ce constat. Mais face à ces «bombes à retardement», une course de vitesse est désormais engagée. Les élites économiques et politiques ont compris que le plus grand défi du Maroc est de sortir de ce dilemme qui, non traité à temps, pourrait provoquer des tragédies de grande ampleur.Le Maroc semble vouloir prendre le risque de la modernité, et l’assumer jusqu’au bout!(1) De ce point de vue, il n’y a qu’à bien étudier l’exemple espagnol qui, en rajeunissant ses élites, le «pétrole vert» d’une nation, a produit une «révolution silencieuse». La vitalité espagnole d’aujourd’hui est en grande partie due à cette dimension.(2) http://www.lesintegrales.com/fr/intervenants.asp?annee=2007.


De l’UMA à l’Union méditerranéenne: Est-ce bien sérieux?!

Je voudrais d’un mot dire que, pour connaître l’Algérie – un pays qui me passionne tout autant que le Maroc, pour des raisons similaires –, j’ai dû entreprendre, en août 1988, un voyage initiatique, en allant de Paris à Tunis en avion, puis de Tunis à Alger en train. Par erreur, je croyais, à cette époque, qu’on pouvait faire le trajet dans des conditions relativement confortables. On en était bien loin, hélas! Pire: à l’approche de la frontière tuniso-algérienne, le train roulait à près de 10 km à l’heure. Au-delà des difficultés de ce voyage, dont j’étais loin de soupçonner l’ampleur, j’ai appris mille et une choses sur la vie des gens, sur la culture des uns et des autres. C’était le temps où je prenais conscience que le seul horizon possible pour ces peuples était d’ouvrir les frontières, tant les complémentarités étaient fortes et bénéfiques pour chacun. Ce n’est pas un simple exercice rhétorique: la réalité est par définition subversive. Elle sait se jouer de nous. Et se manifeste là où on ne l’attend pas. De ce fait, elle finira tôt ou tard par imposer sa logique!Comme souvent, la dimension humaine complète à point nommé l’équation économique et politique! Plusieurs années après, mon interrogation de fond reste la même: les pays du Maghreb, soumis à des choix géostratégiques opposés, n’ont toujours pas trouvé, malgré l’Uma –une coquille vide– le chemin d’un mariage de raison en vue de l’élaboration d’un avenir commun. Du coût du non-Maghreb aux études de la Banque mondiale –et d’autres institutions–, tout a été dit et écrit sur cette convergence possible et souhaitable(1), mais force est de constater que l’heure du rendez-vous politique n’est toujours pas programmée. Et sortir de l’immobilisme actuel paraît, aujourd’hui encore, un supplice de Tantale.Dès lors, comment se réclamer de l’Union méditerranéenne en gestation, et refuser de «faire bouger les lignes» intermaghrébines? Un grave problème de cohérence se posera fatalement un jour, pas si éloigné que cela! Cette interrogation, je la pose régulièrement à mes interlocuteurs maghrébins en off ou en on, au cours des séjours que je continue à effectuer dans cette région. A partir d’aujourd’hui, et pour satisfaire à l’exigence principale de notre métier, le devoir d’informer, j’ai décidé d’en parler le plus souvent possible.----------------------------------------------------------------------(1) Selon une étude de la BM, présentée par Mustapha Nabli, les pays du Maghreb gagneraient 2% du PIB s’ils se mettaient à coopérer. Le potentiel des moyens et des hommes est tel qu’ils seraient capables de créer des synergies salutaires pour leurs sociétés, dans tous les domaines.

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