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    Les idéologies politiques et le retour de la religion : Hassan Al-Tourabi : Les masses musulmanes ne regardent qu'en arrière

    Par L'Economiste | Edition N°:217 Le 15/02/1996 | Partager

    Toujours souriant, la barbe impeccablement entretenue et un turban blanc sur la tête, l'idéologue du régime soudanais croit à la guerre sainte. Dans la grande salle du siège de la Conférence Populaire Arabo-Islamique", en plein Khartoum, l'éminence grise du régime soudanais est interviewé par Gebran Tueni, d'"An-Nahar".


    Question: Quelle est votre perception de la condition islamique dans le monde d'aujourd'hui?
    Réponse: Nous étions en état de décadence, de somnolence, perdus en quelque sorte, et cela depuis des décennies. Mais aujourd'hui nous sommes tous en période de relance, de réveil.. sans toutefois oublier les drames du passé et leurs séquelles, ainsi que le boycott de l'étranger. Face aux premiers signes de la renaissance islamique, on a cherché à nous nuire.. Il est difficile d'attribuer cette animosité à l'Occident dans son ensemble: certains pays occidentaux se sont débarrassés de cet esprit de croisade qui relevait du colonialisme et non de la religion.

    - A quoi sert la "Conférence Populaire Arabo-Islamique" dont vous êtes le secrétaire général?
    - La Conférence est née de la crise du Golfe, quand toute l'attention du monde musulman était concentrée sur cette région arabe. Nous avons ouvert une tribune publique pour que tous les Musulmans du monde se rencontrent et s'expriment librement, ce dont ils sont ordinairement privés. Il s'agit aussi de leur permettre en second lieu de se réunir parce qu'ils ne constituent qu'une seule Nation : l'"Ouma" Islamique.
    Je ne prétends pas que cette Conférence représente à elle seule le monde islamique. Mais je n'accepte pas que l'histoire de l'Islam soit meurtrie jusqu'à la fin pour un drame qui divise les Musulmans depuis l'origine. Moi je ne suis ni chi'ite ni sunnite, je suis Musulman.
    Les masses musulmanes sont toujours attachées à leur confession, à leur rite, et ne regardent qu'en arrière. La Conférence nous a permis de bouger et de libérer les Musulmans pour qu'ils puissent suivre le progrès du siècle.

    - Vous croyez au pouvoir de la violence?
    - L'Islam , pour moi, est une religion de paix, et le Musulman ne recourt à la force ou à la violence que s'il est agressé. S'il s'aperçoit que le système de valeurs auxquelles il croit ou ses propres intérêts sont menacés, il répond à la force par la force.
    Si l'Occident nous agressait d'une façon explicite nous serions obligés de nous défendre et d'appeler à la guerre sainte. Cela peut arriver si les Musulmans décident de bouger. Mais ils sont dans un état d'humiliation totale. Je les appelle à la révolution islamique, à se révolter contre leur situation, contre leur passé, contre leur décadence actuelle...

    - Est-ce que vous admettez les actions des courants islamistes algériens et les assassinats de journalistes?
    - C'est le régime qui a eu recours à la violence en premier, et qui porte un coup terrible à la démocratie... et ceux qui lui répondent emploient la même arme. Toutes les forces révolutionnaires connaissent à certains moments et avec certains courants des dérivés extrémistes.
    Le "Front Islamique du salut" (FIS) participe à la Conférence. Il refuse tout débordement révolutionnaire, mais il y a les autres. C'est le "groupe islamique armé" (GIA), qui a fait ses débuts en Afghanistan, qui a rapporté avec lui cette agressivité meurtrière.

    - Vous vous positionnez sur la ligne de la révolution iranienne?
    - Oui en tant que révolution essentiellement islamique. Pour moi, la révolution doit être une mobilisation civilisée des peuples, et non une mobilisation politique pour le compte d'un régime ou au profit d'un gouvernant. Mais par la culture, les arts, l'économie, la politique, tout peut bouger . Notre dialogue avec l'Occident doit être fondé, non sur la démagogie, mais sur ce que représente l'Islam. Cela permettra d'établir un dialogue de base avec l'Occident.

    - Quelle est votre position par rapport à la femme?
    - Allah ne s'adresse pas aux hommes mais aux êtres humains. Et il ne questionnera pas les hommes le jour de la résurrection mais les êtres humains, et la femme est responsable autant que l'homme. Elle doit faire le bien et éviter le mal
    Elle a ses droits politiques et ses droits financiers, exactement comme l'homme, et elle participe à la formation de la famille.
    Elle combat pour défendre son pays, travaille dans les secteurs économique et politique, scientifique ou artistique.

    - Vous croyez en la science. Et en la technologie? Ou considérez-vous qu'il s'agit d'un attribut du monde occidental?
    - Non. Il faut considérer la science entière comme un fait de la religion. Je regrette que l'Occident ait séparé la religion de la science et que les Musulmans, pionniers en architecture et en sciences médicales, transmises plus tard à l'Occident, en aient fait autant.
    On doit recourir aux lois qu'Allah a transmises dans les livres saints et celles qui gèrent le monde des étoiles de la terre et des plantes, et s'en servir pour le bien de l'humanité. Les Arabes sont devenus les leaders du monde scientifique grâce à la religion. Ils sont passés de l'état de tribu analphabète et avilie à celui d'élite de la philosophie, de la médecine, de l'astrologie, de l'algèbre, des mathématiques.

    - Croyez-vous au dialogue entre monde musulman et monde chrétien?
    - Nous devons travailler pour préparer le dialogue parce que nous avons des comptes à rendre au Seigneur. Et notre dialogue avec les forces populaires en Occident aidera les deux mondes à transcender l'esprit de confrontation qui a régné longtemps entre eux.
    Nous ne voulons pas que la renaissance de l'Islam soit synonyme de la reprise d'une confrontation entre le Nord et le Sud.
    Je n'ai par exemple trouvé aucune difficulté à établir un dialogue avec le Vatican, parce qu'il est, en Occident, le plus proche de la religion. Il n'y a pas de différence entre nous sur les principes: le dogme est le même depuis Abraham. J'ai visité le Vatican où j'ai conversé avec le Pape et les cardinaux. Le Pape a visité le Soudan et le peuple soudanais, chrétiens et musulmans confondus, s'est massé tout au long du trajet.

    - Parmi les valeurs chrétiennes, il y a le refus du recours à la force.
    - Pas de religion par la force et pas de force dans la religion. Si je recours à la force j'aurais en contrepartie le mensonge, venu enrayer la peur.

    - A quoi peut ressembler l'"Ouma" islamique en Occident?
    - L'Ouma est la même partout. Le régime religieux est un et il n'y a pas de distance entre nous et Allah. Notre lien avec Allah est unique, c'est ce que l'on pourrait appeler la démocratie de la religion.

    - Le leader Libyen Muammar Kadhafi demande aux Chrétiens de s'islamiser...
    - Tu peux me dire "fais-toi Chrétien" et je peux te dire "fais-toi Musulman". Je trouve que les Chrétiens arabes sont proches de moi, notre civilisation est la même, notre langue est la même. Je veux que ceux-là transmettent aux colonialistes ce que c'est l'Islam. Je reconnais leur rôle de trait d'union entre les Arabes et l'Occident. Mais je ne les appelle pas à abandonner les préceptes de la religion.
    Avec nos valeurs communes nous pourrons ensemble former un front uni. Et j'ai appelé toutes les religions chrétiennes à constituer avec nous un front religieux unique...

    Propos recueillis par GebranTueni, An-Nahar (Liban)

    Hassan Al-Tourabi

    Hassan al-Tourabi est surnommé par ses adversaires le "Khomeini de Khartoum", car il est l'homme fort du régime militaro-islamiste soudanais au pouvoir depuis le coup d'Etat du général Omar al-Béchir en 1989. Il n'occupe cependant aucune fonction officielle.
    Architecte de la politique d'islamisation de la société soudanaise, il a élaboré en 1982 "les lois basées sur la Char'ia" (loi coranique), en sa qualité de ministre de la Justice à l'époque de l'ancien président Gaafar Nimeiry.
    Secrétaire général de l'Organisation de la Conférence Populaire Arabe et Islamique (non-gouvernementale), créée en 1991 à Khartoum et considérée comme la tribune des formations islamistes du monde entier, Hassan Tourabi, 62 ans, dirigeait le Front National Islamique (FNI) jusqu'à l'interdiction des partis en 1989.
    Il est soupçonné par l'Egypte d'entraîner l'opposition intégriste sur son territoire. Il a provoqué l'émoi l'été dernier en déclarant, peu après la tentative d'attentat contre le président égyptien Hosni Moubarak à Addis-Abeba: "un groupe de Moudjahidine [combattants de la Foi, NDLR] a poussé du sol égyptien pourchassant le Pharaon d'Egypte (Hosni Moubarak) partout où il se trouve".

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