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    Economie

    Les habitudes alimentaires : Le modèle marocain de consommation résiste à l'occidentalisation

    Par L'Economiste | Edition N°:226 Le 18/04/1996 | Partager

    Le modèle marocain de consommation est marqué par la bipolarité. En raison de l'évolution du rôle de la femme et des préoccupations diététiques, l'occidentalisation bouscule les traditions sans pour autant les évincer.


    La qualité des produits alimentaires, les préoccupations sanitaires du consommateur avec protection en toile de fond et le nécessaire développement de la recherche dans l'industrie agro-alimentaire locale: tels sont quelques-uns des points essentiels qui ont suscité l'intérêt des participants au séminaire sur "Les mutations de la consommation alimentaire au Maroc" organisé le 13 avril à Marrakech. En l'espace d'une journée, chercheurs et opérateurs économiques étaient ainsi invités à plancher sur les tendances de la consommation alimentaire et les acteurs du changement, à identifier les déterminants du choix du consommateur et à dresser l'état des lieux du marché des produits alimentaires. Mais, au-delà de ces aspects, il s'agissait aussi de sensibiliser les industriels sur les besoins du consommateur de manière à ce qu'ils puissent suivre ou, mieux, anticiper sur les évolutions en cours et trouver la parade à la concurrence étrangère, notamment celle des grands groupes mondiaux. L'agro-alimentaire continue ainsi de tenir une part appréciable de l'actualité économique, surtout dans cette phase de transition dans laquelle se situe le pays. En effet, il y a un peu plus de deux semaines, Marrakech avait accueilli un colloque international sur le partenariat dans l'agro-industrie entre le Maroc et l'Union Européenne. Cette manifestation avait été précédée quelques jours avant par un Salon tenu à Casablanca et consacré au même secteur.

    Consommation de type africain

    En dépit de la défection déplorable de quelques industriels pressentis pour exposer leur expérience lors des différents ateliers, une partie du voile a pu être levée sur le comportement du consommateur et certaines observations empiriques confirmées.
    La plupart des intervenants ont reconnu la bipolarité de la consommation au Maroc. Situation engendrée aussi bien par les disparités ville-campagne que par le niveau des revenus. Outre ces aspects, le modèle marocain de consommation ne pouvait échapper à l'influence extérieure, occidentale en particulier. L'évolution se fait dans ce sens. La présence d'une publicité d'un produit d'une grande multinationale de l'agro-alimentaire dans les campagnes reculées fait maintenant bien partie du décor. Mais pour l'instant, elle est contrebalancée par le niveau du pouvoir d'achat et les résistances culturelles.

    Selon M. Mohamed Larbi Sidmou, professeur d'économie à la Faculté des Sciences Economiques de l'Université Cadi Ayyad de Marrakech, le régime alimentaire au Maroc est de "type africain", marqué par la prépondérance des céréales et des légumes secs alors qu'il s'agit d'un pays méditerranéen. La tendance à l'occidentalisation n'apparaît qu'avec la comparaison entre les milieux urbain et rural. Cette occidentalisation est cependant "périphérique" et n'a pas modifié la structure du plat principal dominé par la sauce et le pain, surtout en raison de la faiblesse du pouvoir d'achat. La préparation se fait principalement dans les foyers. De fait, il est noté que l'industrialisation s'est simplement limitée à la première transformation des biens basiques.
    L'incursion du mode de consommation occidental s'est en réalité faite à la faveur de l'élargissement de l'activité de la femme en dehors du foyer, du développement de la restauration hors foyer et des préoccupations diététiques (forme physique, santé, esthétique corporelle).
    M. Sidmou note en outre que le temps consacré à la préparation est réduit, de manière à augmenter les temps économiques (liés à l'augmentation des revenus grâce au travail de la femme) et des loisirs. Résultat: les produits agro-industriels d'exportation, comme les conserves de légumes et de substitution à l'importation, tels que la moutarde, les crèmes glacées ou le fromage fondu, ont pu facilement pénétrer le marché. A ces facteurs s'ajoutent des éléments hédonistes et l'influence de la publicité véhiculée par les chaînes étrangères.

    Maladies de civilisation

    Quelle stratégie pour l'industrie agro-alimentaire marocaine face à cette évolution? M. Sidmou estime qu'elle devra profiter des spécificités du marché alimentaire domestique pour se positionner sur le marché international. Autre voie évoquée lors des ateliers: l'industriel devrait opter entre les produits à haute valeur ajoutée destinés aux classes aisées et les produits populaires moins chers.
    Dans tous les cas, l'ouverture de l'économie sur l'extérieur pèsera davantage sur la transformation du mode de consommation marocain. Même si le plat traditionnel résiste au changement, l'évolution est un fait réel. Ce qui n'est pas sans dommage.
    Au niveau médical et plus particulièrement en milieu urbain, cette situation s'est traduite par le développement de maladies dites de "civilisation", comme l'obésité, le diabète et les maladies cardio-vasculaires, note Mme Loubaba Laraki, docteur en nutrition et sciences de la santé. Elle fait remarquer que "ces maladies découlent du changement négatif du comportement alimentaire du Marocain, dont les tentatives d'amélioration s'avèrent être une entreprise difficile en raison des habitudes alimentaires et de certaines croyances inhérentes à la société marocaine". En d'autres termes, le conflit entre le rôle biologique de l'alimentation (apport adéquat de nutriments) et les besoins psychologiques, sociaux, culturels et symboliques du consommateur est à la base de cette difficulté d'amélioration. Mme Laraki a ainsi insisté sur l'équilibre alimentaire par le choix des produits et leur association.
    Les préoccupations d'un nutritionniste diffèrent cependant de celles d'un industriel. Ils peuvent cependant s'accorder sur la qualité des produits, un élément que les pouvoirs publics veulent remettre à sa vraie place, approuvés en cela par l'AMC, dont les objectifs et les actions ont été reprécisés par M. Aziz Bidah lors du séminaire.

    Alié Dior NDOUR & Mohamed BENABID


    Le Maroc est concerné par les maladies métaboliques

    Diabète, obésité, troubles cardio-vasculaires... Ces maladies dites de civilisation ont souvent été associées en Europe au régime alimentaire. Pour Loubaba Laraki, cette donne n'est plus l'apanage des sociétés occidentales. Ce spécialiste en nutrition et en sciences de l'alimentation, intervenant au nom du Ministère de la Santé Publique, appuie ses dires sur les chiffres relatifs à la prévalence de deux maladies métaboliques: le diabète et l'hypertension artérielle. S'agissant du diabète, la prévalence est d'après les estimations du MSP de 3%. En l'absence d'une enquête épidémiologique réalisée à l'échelle nationale, ce chiffre serait en deçà de la réalité. Pour preuve une étude ponctuelle réalisée par le service d'endocrinologie et maladies métaboliques au niveau de la région de Safi: la prévalance du diabète était de 10%.
    Autre étude ponctuelle, celle qui a concerné la prévalence de l'hypertension artérielle-HTA parmi des individus âgés de 30 ans et plus, habitant la région de Rabat-Salé. L'étude, effectuée par le MSP, a montré une prévalence d'HTA de 24%. L'hyperglycémie avait été considérée par les enquêteurs comme étant à l'origine de cette maladie.
    Déjouer ces troubles, à travers l'amélioration de l'alimentation et la promotion des comportements alimentaires, est possible. "Mais à condition d'améliorer la formation, dans le domaine de la nutrition, des médecins et autres professionnels de la santé", ajoute Loubaba Laraki.

    Mohamed BENABID.

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