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Les Gendarmes - musiciens : : Sortir le classique de la confidentialité

Par L'Economiste | Edition N°:90 Le 29/07/1993 | Partager

Le Conservatoire de Musique de la Gendarmerie Royale vient de lancer son concours, désormais traditionnel, pour recruter des jeunes musiciens instrumentistes "cordes, vent ou percussion". Une fois admis, ces jeunes lauréats intégreront la musique militaire fanfare et militaire fanfare et l'orchestre symphonique de la Gendarmerie Royale.

Une partition dans une main, la clarinette dans l'autre, un jeune musicien, en uniforme de gendarme, se hâte vers une salle de répétition. Dans les couloirs du conservatoire, d'autres jeunes sont tous en uniforme. Des portraits dont celui de Wolfgäng Amadeus Mozart, encore à l'âge de dix ans, ornent les murs du couloir qui mène vers le bureau de M. Ahmed Aouatif, directeur général du conservatoire. La salle d'attente est décorée de photos de concerts animés par la clique militaire et l'orchestre symphonique. Malgré l'ambiance de musique académique, commune à tous les conservatoires du pays, le poids de la discipline militaire est fortement présent. On a l'impression d'être dans un Quartier Général. L'uniforme est visiblement de rigueur et pour les musiciens et pour le staff administratif de ce conservatoire, situé à la place Ibn Yassine, quartier de l'Agdal, à Rabat.

Harmonie et batterie-fanfare

L'activité musicale au sein de la Gendarmerie Royale, explique M. Aouatif, porte, avant tout, sur"une formation musicale militaire de base". Le terme formation doit être entendu dans le sens de groupe. Etant donné qu'elle fait partie d'un corps de 1'armée, cette formation sert à animer les servitudes: levée du drapeau, prise d'armes, appel au rassemblement. Elle anime également les prestations officielles (visite ou départ de chefs d'Etat...). La formation militaire comprend l'harmonie et la batterie - fanfare. Les musiciens oui jouent sur des instruments mélodiques (trompette, flûte, clarinette, saxophone...)forment l'équipe d'harmonie. L'équipe de batterie - fanfare comptent dans ses rangs des tambourins et des clarinettistes. La formation musicale militaire ne comprend pas d'instruments à cordes: "la formation utilise uniquement des instruments à vent et à percussion. Car elle est appelée à se produire en plein air. On a donc besoin d'instruments à fort potentiel sonore", explique le directeur du convatoire. Et d'ajouter: "Qui peut imaginer un violoniste défiler avec son petit violon?!". En fait, la création de la formation militaire, se souvient M. Aouatif, a donné l'idée au commandement de la Gendarmerie Royale de créer un conservatoire de musique propre aux gendarmes. Ce qui fut réalisé, par décret ministériel, en 1985. Depuis cette date, le conservatoire dispense des cours de musique aux enfants des gendarmes et des militaires.

Le conservatoire recrute, par voie de concours, des instrumentistes - lauréats pour enrichir la formation militaire. Le concours est ouvert aux jeunes musiciens instrumentistes ayant le niveau de la Première Médaille (l'équivalent de la cinquième année de I' enseignement musical marocain) .

Ensuite, l'idée est venue de créer un orchestre symphonique avec, bien entendu, tous les instruments: cordes, vent et percussion. Pour cette année, la barre est un petit peu élevée: les jeunes candidats au concours doivent avoir le niveau de l'Accessit, c'est-à-dire le niveau de la sixième année de I ' enseignement musical dispensé dans les conservatoires marocains.

Une sélection rigoureuse

Outre le niveau musical assez poussé, d'autres conditions sont requises. Ainsi, certaines particulières au corps militaire qu'est la gendarmerie, d'autres à valoir pour n'importe quel emploi dans la fonction publique. Notre jeune candidat doit être marocain, célibataire, âgé au minimum de 18 ans et au maximum de 25 et mesurer au moins 1 mètre 68. Evidemment, il doit avoir un casier judiciaire vierge et n'avoir pas été révoqué d ' un emploi dépendant de la Fonction publique.

Le concours comprend un volet pratique et un autre théorique.

Côté pratique, le postulant exécute un morceau de son choix puis fait un déchiffrage instrumental à vue. Côté théorie, il fait une dictée à une ou à deux voix, une lecture de solfège dans différentes clés et répond aux questions de théorie musicale (gammes, tonalité, intervalles, accords...).

Puis, il y a aussi un examen de culture générale en arabe ou en français, au choix du postulant.

M. Aouatif s'explique: "Ce qui importe chez nous, c'est de recruter des éléments perfectibles". En effet, ajoute-t-il, un des aspects pédagogiques du conservatoire est de "veiller au perfectionnement des gendarmes musiciens". En parallèle, les gendarmes - musiciens continuent leur formation pédagogique et instrumentale au Conservatoire National de musique de Rabat. "Nous sommes obligés de les aligner sur un enseignement national, sanctionné par des diplômes nationaux". M. Aouatif donne ainsi I ' exemple des militaires qui poursuivent leurs études à la Faculté de Médecine. Il ajoute que le but de cet enseignement suivi dans le civil est d'éviter que les gendarmes se sentent marginalisés:"Ils doivent suivre le - courant, le courant des musiciens civils, tout en appartenant au corps de la gendarmerie". L'assiduité et le niveau des gendarmes - musiciens suivant les cours du conservatoire civil sont contrôlés:"notre jeune n 'est pas abandonné à lui-même".

La formation pédagogique au sein du conservatoire de la Gendarmerie Royale dure deux ans. C'est en fait un stage pendant lequel le candidat admis n'est qu'un élève - gendarme.

Outre leur activité principale, I musique, les élèves - gendarmes suivent un enseignement militaire de base: "Ils porteront l'uniforme, vivront dans une caserne militaire et côtoieront des supérieurs et des officiers, ils doivent donc suivre le règlement militaire comme n 'importe quel j autre gendarme", explique le directeur du conservatoire.

Sur le plan de leur statut administratif, les gendarmes - musiciens sont rémunérés en tant que membres d'un corps militaire. Profession: Gendarme - musicien. Sont-ils alors tenus de réussir leurs examens de musique, sous peine de sanctions ? M. Aouatif répond: "ce sont quand même des - professionnels, qui ont tous les atouts pour réussir, pourquoi alors ils ne le feraient pas?". Et ils le font visible - t ment bien. Pour preuve, en l'espace de peu d'années, l'orchestre symphonique de la Gendarmerie Royale s'est créé une forte image de professionnalisme autour de lui. Il compte même dans ses rangs quelques solistes talentueux. Ce qui n'empêche pas M. Ahmed Aouatif de reconnaître modestement: : "pour le moment, nous sommes en train de consolider.. ".

A. Z.

"Diversifions le message culturel de la musique"

Un entretien avec Ahmed Aouatif, directeur du C.M.G.R.

- L'Economiste: Qui assiste à vos concerts? Est-ce uniquement des gendarmes et leurs familles?

- M. Ahmed Aouatif: Non. C'est tout le public marocain. Et puis, ce n'est pas le public qui vient chez nous. C'est nous qui allons à lui en organisant des concerts. La période sonore que traverse notre pays nous oblige à vulgariser la musique et à éduquer le goût du public. Un programme symphonique n'intéressera pas immédiatement le public. Le répertoire classique nécessite au préalable une prédisposition à la musique et à la culture qu'il véhicule.

- Mais pourquoi voulez-vous obliger le public à aimer le répertoire classique?

- Nous ne l obligeons pas. Nous l'initions à cette culture. L'artiste n'oblige personne. Il remplit sa tâche comme il se doit et communique son

art au public. Pour nous rapprocher du public, nous offrons un répertoire varié qui comprend tous genres de musiques: marocaines, universelles et orientales. C'est la tâche de notre orchestre.

- En concert, est-ce que vous sentez que "le courant passe" avec le public?

- Il y a une tactique pour réaliser le programme d'un concert. Nous vivons dans une société où la musique occupe une place importante. Dans les fêtes, les membres de la famille s'improvisent en musiciens. Vous ne pouvez pas entrer dans une maison sans trouver au moins un bendir ou une taârija. Quand nous préparons notre répertoire, nous choisissons des morceaux qui présentent un intérêt instrumental et orchestral important. Les morceaux doivent être musicalement proches et accessibles au public. Par exemple, nous ne pouvons pas programmer"la neuvième symphonie" de Beethoven ou "la symphonie fantastique" de Berlioz. En revanche,"sur un marché persan" de Ketelbey, "la petite musique de nuit" de Mozart ou "les quatre saisons" de Vivaldi... Ce sont des morceaux que le public aime écouter. Ce sont des morceaux qui facilitent également l'initiation, l'éducation de l'oreille.

- Est-ce que I 'orchestre symphonique a réussi à fidéliser un public qui lui soit propre?

- Nous avons notre public. La preuve en est ce qui nous est arrivé l'année dernière. En lançant des invitations pour le concert du mois de juillet (fête de la jeunesse), nous pensions que les gens étaient ou allaient être en vacances. Nous redoutions même d'avoir une salle à moitié vide. Or, plus de 2.000 personnes sont venues, la plupart n'ont pu entrer. Et j'avance que nous avons été étonnés de cet engouement, même si nous jouons toujours à "guichets fermés".

- Ne serait - ce pas le jeu de vos invitations?

- Cela ne me semble pas être le cas. C ' est quand même tentant d ' assister à un programme varié, avec des têtes d'affiche reconnues pour ce qui est de la musique marocaine . Chacun trouve en quelque sorte ce qui lui plaît. C'est de cette manière qu'il faut proposer le produit culturel...

- En le diversifiant?

- Certainement. Pour la culture, il me semble qu'il faut prendre l'exemple du supermarché. Cela peut vous surprendre mais je m'explique: Vous rentrez au supermarché pour acheter une brosse à dents et vous sortez avec votre caddie plein car vous vous êtes laissés tenter par les différents produits exposés. Pour la culture, les gens n'ont plus le temps pour s'y intéresser. En plus, la technologie leur fournit tous les moyens pour rester chez eux: des disques - laser, des concerts sur cassettes - vidéo... Pour que ces personnes sortent voir un spectacle en public, il faut diversifier les messages culturels. Il faut que les gens soient tentées. Et sur ce plan, l'orchestre symphonique de la Gendarmerie Royale contribue au développement culturel de notre pays.

- Vous êtes en définitive un orchestre compétent mais peu connu?

- Je ne dirais pas que nous sommes peu connus, bien qu'il me soit difficile de juger. Mais, d'après les échos qui nous parviennent, notre orchestre symphonique est assez connu du public, sinon comment expliqueriez vous l'affluence à nos concerts?

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- Y a-t-il une reconnaissance internationale?

- Certainement. Les différentes correspondances avec les organismes artistiques internationaux le prouvent.

Propos recueillis

par Abdelkhalek Zine

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