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    Economie

    Les enfants des gendarmes vont-ils à la cantine?

    Par L'Economiste | Edition N°:299 Le 09/10/1997 | Partager

    Les policiers et les gendarmes ne sont pas des gens riches. Peut-être qu'ils ont des enfants qui mangent un petit quelque chose à la cantine de l'école.


    Peut-être que les gendarmes et les policiers, qui ont mené les enquêtes, aimeraient que leurs enfants mangent à la cantine, mais il n'y en a pas dans leur école. Certainement ces gendarmes et policiers connaissent des familles très pauvres qui n'envoient pas leurs enfants à l'école, parce qu'il n'y pas de cantine.
    Beaucoup d'écoles, surtout à la campagne, auraient pu avoir une cantine, si des millions de Dollars n'avaient pas été gaspillés. Il aurait pu y en avoir encore plus si le tiers ou la moitié de l'aide internationale n'avait pas été détourné par des réseaux mafieux qui se soutiennent les uns les autres. Après trois ans d'enquêtes, on n'arrive même pas à savoir la quantité de farine, d'huile, de conserves... qui a été volée aux enfants. Les circuits étaient suffisamment embrouillés et les protections suffisamment haut placées pour que les traces soient elles-mêmes embrouillées. Ce qui reste, ce sont des documents incontournables où des tonnes de farine sont échangées avec des quantités ridicules d'autre chose, plus des factures salées d'hôtel ou d'alcool: il fallait bien que les escrocs se rencontrent pour réaliser leurs petites affaires.
    Qu'ont pensé ces policiers et ces gendarmes lorsqu'ils ont dû écrire dans leurs rapports sur les détournements des cantines scolaires que «Abdeljallil Abaakil n'a pas été interrogé car il bénéficie de l'immunité parlementaire»?

    Qu'ont-ils pensé lorsque, dans deux enquêtes différentes, les gendarmes et les policiers n'ont pas pu remonter dans les rouages du Ministère de l'Education Nationale où depuis plus de dix ans les trafics se faisaient. La première fois, c'était pour les huiles périmées découvertes à Meknès. La deuxième fois c'était pour les détournements massifs des dons internationaux
    du Programme Alimentaire Mondial.
    Les policiers et les gendarmes ont-ils été blessés dans leur fierté nationale quand ils ont vu que sans la pression extérieure internationale leurs deux enquêtes auraient été enterrées? Pourquoi fallait-il que ce soient les donneurs d'aides étrangers qui parviennent à obtenir que les enquêtes des gendarmes et des policiers soient enfin prises au sérieux? Les policiers et les gendarmes, comme tant de gens au Maroc, ont-ils eu honte en découvrant que le secrétaire général du Ministère de l'Education nationale, Mohamed Sbiti, suspendu et responsable au moins de l'incurie devant les mafias des cantines, était assez audacieux pour se réinstaller dans ses fonctions comme si de rien n'était? Heureusement l'arrogance a été de courte durée: le Premier ministre a mis fin à cette forfaiture. Mais il ne sait peut-être pas que dans les profondeurs des services, au Ministère des Finances comme à celui de l'Education Nationale, il a été décidé que Mohamed Sbiti conserve tous ses avantages, y compris ceux qui sont des remboursements de frais liés à l'exercice de ses anciennes fonctions?
    Sachant cela et sachant toutes les embûches mises à leur travail d'enquêtes, les policiers et les gendarmes ont-ils pensé que les «civils» sont trop passifs et négligents, qu'ils ne méritent pas le soin que l'on prend de leur sécurité?

    Quelles sortes de conversations se sont tenues entre les enquêteurs et leurs chefs? Entre les enquêteurs et leurs subordonnés? Qui a été obligé de dire «c'est politique, on n'y peut rien», sachant parfaitement qu'en disant cela il dévoyait la politique, au moment où SM le Roi appelle chacun à s'impliquer honnêtement dans la vie publique?
    Les policiers et les gendarmes ont-ils été amers? Ont-ils pensé que de toute façon on ne peut rien changer? Ont-ils été dégoûtés? Ont-ils pensé «c'est ça le système»? Ont-ils ressenti de la colère? Personne ne saura jamais quels étaient leurs sentiments.
    A tout prendre, la colère est peut-être le meilleur d'entre eux. Bien sûr, c'est le sentiment qui fait perdre le contrôle de soi. Certes, c'est celui qui est le plus mauvais des conseillers.
    Mais au moins, la colère n'est pas la passivité ou le fatalisme. La colère dit que tout n'est pas perdu, qu'il y a des gens qui ont des références saines quelque part. Ces références saines disent qu'il n'est pas normal, pas admissible de voler la nourriture des enfants pauvres et de les empêcher d'aller à l'école.

    Nadia SALAH

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