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    Economie

    Les élections à la présidence française : Balladur : Chronique d'une victoire annoncée

    Par L'Economiste | Edition N°:164 Le 26/01/1995 | Partager

    De notre Correspondant à Paris Jean Guisnel

    Alors que de petits candidats socialistes s'agitent, M. Balladur trône à droit. Il semble avoir gagné la présidence à quatre mois des élections. A moins que le suffrage universel ne joue un tour aux sondages.

    A dire vrai, le suspense n'en était pas vraiment un. Depuis plusieurs mois, il était acquis que l'hôte de Matignon, Edouard Balladur, serait candidat à la présidence de la République.

    Et lorsque l'annonce officielle en fut faite le 18 janvier, il s'est davantage d'une officialisation que d'une véritable annonce : le technicien, l'expert et "l'ami de trente ans" de Jacques Chirac -qui sera, lui, candidat pour la troisième fois- avait décidé de sauter le pas.

    La décision du Premier ministre a certes été mûrement réfléchie, mais était-elle déjà prise lorsqu'il a accepté de devenir Chef du gouvernement ? Rien n'est moins sûr...

    Au printemps de 1993, lorsque la majorité actuelle remporte les élections législatives, il est clair qu'Edouard Balladur n'a guère de concurrent.

    La tâche paraît énorme, et Jacques Chirac, leader du RPR, fait un calcul relativement simple : selon toute vraisemblance, le Premier ministre n'aura que des coups à prendre.

    Entre un Président de la République -François Mitterrand- très attentif à ne perdre aucune de ses prérogatives, et une situation économique et sociale particulièrement difficile, la marge de manoeuvre est d'une dangereuse étroitesse.

    Dans l'esprit de Jacques Chirac, le doute n'a guère de place. S'il veut conserver à sa candidature des chances de succès, il ne doit pas devenir Premier ministre en occupant un siège qu'il connaît bien pour l'avoir occupé deux fois (de 1974 à 1976 et de 1986 à 1988), et qui présente décidément trop de risques.

    Le syndrome d'un premier ministre

    Il pense donc à son ami Balladur qui, à ses yeux, ne pourra pas envisager une seconde de briguer l'Elysée. Ce dernier n'a-t-il pas dit et redit -et même écrit- que le Premier ministre ne doit, ne peut pas avoir en tête une perspective électorale s'il entend gouverner sereinement. Y a-t-il eu, comme l'assure l'entourage de Jacques Chirac, un pacte entre les deux hommes, qui se résumerait dans la formule "à Edouard Matignon, à Jacques l'Elysée ?". Cette thèse est récusée par les amis de Balladur, mais relève en fait de la querelle subalterne. Car l'important, c'est que Matignon condamne en quelque sorte son titulaire à l'ambition personnelle.

    Constater chaque jour que le véritable pouvoir se situe de l'autre côté de la Seine, sentir lors de chaque décision de quel poids pèse le chef de l'Etat, constater que lui seul détient le véritable pouvoir d'infléchir profondément la vie du pays sont autant d'éléments qui nourrissent des désirs jusqu'alors insoupçonnés. Déjà, il y a un quart de siècle, Georges Pompidou avait été victime du même syndrome et avait annoncé -dans des conditions qui avaient fort déplu au général De Gaulle -qu'il serait candidat à sa succession.

    Les conditions ont changé, et l'ambition personnelle d'Edouard Balladur n'a pas seule nourri son dessein : les sondages d'opinion, particulièrement favorables et dont le succès ne se dément pas , ont pesé très lourd dans sa décision en montrant qu'aux yeux du pays il était le seul à même de faire bonne figure face à un candidat de gauche crédible. Il s'agissait à l'époque de Jacques Delors, aujourd'hui retiré, mais la forte cote d'Edouard Balladur ne s'est pas démentie depuis le retrait de l'ancien président de la Commission de Bruxelles : l'atomisation des candidatures de droite (Jacques Chirac, Philippe de Villiers, Jean-Marie Le Pen et sans doute Raymond Barre qui se prononcera fin février) ne paraît pas l'affecter; sondage après sondage, Balladur demeure toujours crédité de près de 25% des suffrages au soir du premier tour (le 23 avril).

    L'autodestruction du PS

    L'autre donnée significative de la compagne réside bien entendu dans l'attitude du Parti Socialiste, qui donne parfois l'impression d'être engagé dans une entreprise d'autodestruction systématique. La conjonction des ambitions personnelles et des haines qui animent les principaux responsables du parti semble parvenue à son comble; c'est au point que les trois candidatures officielles à l'investiture par les militants socialistes -qui doivent se prononcer le 3 février -sombrent dans une guerre des chefs qui risque fort de ne laisser sur le sol que le cadavre froid du parti créé par François Mitterrand en 1971. Les trois candidats connus à l'heure ou nous écrivions ces lignes -Jack Lang, Lionel Jospin, Henri Emmanuelli- protestent comme il se doit de la pureté de leurs intentions personnelles. Pourtant, quel que soit le vainqueur de cette joute fratricide, il devra compter avec la désaffection des électeurs pour une famille socialiste qui, à défaut de projet politique, n'offre plus comme perspective à ses sympathisants que le spectacle dérisoire de ses déchirements public.

    Si l'on ajoute à ces éléments que les écologistes -pourtant crédités de bien faibles ressources électorales- présentent eux aussi trois candidats, on comprendra aisément qu'Edouard Balladur avance sur un boulevard qui le mènera, selon toute vraisemblance, à la présidence de la République. Prudence, pourtant. En politique, rien n'est jamais joué d'avance, et le suffrage universel a déjà joué des tours aux sondages. Un accident imprévu ou un retournement de la donne politique ne sont pas à exclure totalement, qui rebattraient les cartes. Souvenons-nous qu'en janvier 1981 tous les sondages pronostiquaient la réélection de Valéry Giscard d'Estaing!

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