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Les dollars du terrorismePartie 5: Comment les réseaux islamistes sont-ils instrumentalisés?

Par L'Economiste | Edition N°:1149 Le 22/11/2001 | Partager

Dans les doctrines extrémistes, il y a un flou fondamental, explique Richard Labévière: pour quel territoire, pour quelle population travaillent-ils? Dans ces doctrines, la question est passée sous silence ou bien la réponse est “la Oumma islamique toute entière”. Ce qui est difficilement réalisable en raison des diversités mêmes de cette communauté. C'est ce flou doctrinal lui-même qui rend ces mouvements vulnérables aux influences de puissances qui, elles, sont bien installées sur leur territoire et auprès de leurs populations. C'est ainsi qu'une partie des réseaux islamistes algériens trouve refuge aisément en Suisse et en Grande-Bretagne ou que des hommes des réseaux égyptiens sont accueillis aux Etats-Unis. C'est ainsi que la trace des kamikazes de New York a été retrouvée en Allemagne et encore aux Etats-Unis.L'espace demeure le grand impensé des islamistes. Leurs réponses sont, du reste, très diversifiées, mais on touche ici une question centrale de l'idéologie islamiste, à savoir sa dimension géopolitique. Dans la mesure où la Oumma ne donne pas lieu à une cartographie précise, comment se pose dès lors le problème du pouvoir et de la souveraineté? La question du territoire est non seulement centrale, mais vitale. Ne pouvant assumer l'héritage de frontières arbitraires qu'elles critiquent au nom de la communauté, les conceptions islamistes de la souveraineté se doublent, dans la majorité des cas, d'une tentation permanente de partitions et divisions territoriales. Celles-ci favoriseront l'émergence d'autant de nouveaux marchés pour les investisseurs américains, des espaces dont l'avenir économique présente un triple avantage: fournir des matières premières, garantir une zone de demande exponentielle en biens de consommation et enfin empêcher l'affirmation de pôles concurrents.. Le développement des pays musulmans compromisLes Britanniques, les premiers, ont compris tout le parti qu'ils pourraient tirer de cette vitalité centrifuge. Lorsque l'Inde accédera à l'indépendance nationale en 1947, ils favoriseront la sécession du Pakistan et du Bangladesh, majoritairement peuplés de musulmans. Clairement destinée à affaiblir le jeune Etat indien, cette partition confessionnelle répond, à l'époque, à un double objectif: ne pas abandonner tel quel ce qui fut le joyau de l'Empire et assurer l'avenir de la présence britannique dans le sous-continent. “La politique du divide et impera (divise et commande), fondée sur le levier identitaire islamique, était une constante de la diplomatie britannique depuis le milieu du XIXème siècle. Le Foreign Office encouragea la création de l'un des plus importants Etats islamiques du monde, le Pakistan. Celui-ci allait devenir l'un des principaux points d'appui du courant islamiste international, lequel menace aujourd'hui l'équilibre géostratégique mondial et est parvenu à compromettre le développement du monde islamique”, écrit Alexendre del Vallé dans “Islamisme et Etats-Unis, une alliance contre l'Europe” (Age d'Homme, 1997).. Brzezinski, père de la “doctrine islamiste”Successeurs de cette logique impériale, les Etats-Unis reprendront à leur compte la même politique, dès la fin de la Seconde Guerre mondiale. Washington s'appuiera sur le Pakistan, l'Arabie saoudite et la Turquie pour asseoir sa stratégie de “containment” de l'expansion communiste, qui confortera la percée et l'influence planétaire de l'idéologie islamiste; stratégie qui culminera avec la “guerre sainte d'Afghanistan” contre l'URSS. Malgré le retrait de l'armée soviétique et l'effondrement du bloc de l'Est, cette stratégie connaît aujourd'hui un second souffle avec “l'Eurasie”, définie par Zbigniew Brzezinski comme l'enjeu principal des Etats-Unis pour le prochain millénaire; une région très riche en matières premières, essentiellement en pétrole, allant de l'Europe de l'Ouest à la Chine, via l'Asie centrale.Il s'agit dès lors pour les stratèges américains de poursuivre leur doctrine du containment afin d'endiguer, non plus la poussée communiste, mais l'accès russe aux mers chaudes ainsi qu'une possible jonction avec les pays de l'Union européenne. Cette stratégie s'appuie non seulement sur la consolidation des zones d'influence turque, saoudienne et pakistanaise, mais aussi sur la progression de l'idéologie islamiste, traduite par Brzezinski comme “une identité islamique plus marquée”.Ainsi l'alternative incontournable se jouerait entre l'affirmation de cette “identité islamique plus marquée” et le chaos... “En réalité, il s'agit de choisir entre un équilibre régional subtil qui permettrait d'intégrer progressivement la région à l'économie mondiale naissante, tandis que les Etats s'affirmeraient et adopteraient vraisemblablement une identité islamique plus marquée, et un conflit ethnique, un morcellement politique et, sans doute, une guerre ouverte le long de la frontière méridionale de la Russie. Parvenir à un équilibre pour ensuite le consolider doit être l'objectif majeur de la géostratégie américaine globale en Eurasie”.. Asie centrale: Multiples influences, multiples rivalitésZbigniew Brzezinski est le père de cette “doctrine islamiste” mise en pratique, jusqu'à ce jour, par une partie de l'administration américaine. Surnommé “le Polonais”, c'est sous sa responsabilité de président du Conseil national de sécurité (NSC) que furent mis sur pied dès 1978, en collaboration avec la CIA et les services secrets saoudiens et turcs, des réseaux de propagande islamiste, destinés à noyauter les organisations nationalistes musulmanes des Républiques soviétiques d'Asie centrale.Armes et corans imprimés dans les monarchies du Golfe seront abondamment introduits en Ouzbékistan, au Tadjikistan et au Turkménistan. Hormis les implications de la crise afghane, les experts en géopolitique sont unanimes à reconnaître que le “grand jeu” du prochain millénaire se nouera dans cette région où se rencontrent, non seulement, les influences russe, américaine, saoudienne, turque et pakistannaise, mais aussi iranienne et chinoise.. Islamisme et capitalismeEn actionnant (une fois de plus) le “levier islamiste”, les Etats-Unis génèrent ainsi une nouvelle zone d'instabilité politique rendant leur présence, puis leur arbitrage, nécessaires dans cette Eurasie qui ouvre la “nouvelle route de la soie”, objet de toutes les convoitises. Dépourvus d'une classe moyenne nationale active, les pays de ce nouvel axe de développement ont peu de chances de s'affirmer, à moyen ou long terme, comme des partenaires “émergents”, futurs exportateurs de produits à haute valeur ajoutée; bref, aucun danger immédiat d'en faire des concurrents... Résumons: islamisme compatible avec le capitalisme; islamisme antidote aux tentations nationalistes; enfin, islamisme rempart d'un retour toujours possible du socialisme, bref, islamisme comme allié indispensable du renouveau néo-libéral.Dans son livre “Djihad versus McWorld, mondialisation et intégrisme contre la démocratie”, Benjamin R. Barber écrit: “Djihad et McWorld ont un point commun: ils sont, tous deux, en guerre contre l'Etat-nation souverain et minent ses institutions démocratiques. Ils méprisent la société civile et réduisent la citoyenneté démocratique, sans pour autant créer des institutions démocratiques alternatives. Leur point commun est leur indifférence à la liberté civile. L'islamisme forge des communautés de sang, fondées sur l'exclusion et la haine, qui réduisent la démocratie au profit d'un paternalisme tyrannique ou d'un tribalisme consensuel. McWorld forge des marchés mondiaux fondés sur la consommation et le profit, abandonnant à une «main invisible», sujette à caution, voire totalement fictive, l'intérêt public et le bien commun, naguère entre les mains des citoyens et de leurs gouvernements démocratiques vigilants”.


Le monde tel qu'il est…

Pour ce Ramadan, L'Economiste offre à ses lecteurs une réflexion d'analyste sur les liaisons dangereuses entre les Etat-Unis, ou plus exactement certains services américains et le terrorisme, pas seulement celui d'extrémistes se réclamant de l'islam. La présente sélection de “bonnes feuilles” est tirée de l'ouvrage d'investigation de Richard Labévière, “Les dollars de la terreur”, publié en septembre 2001 aux Editions Grasset. Mais la première version date de 1999, bien avant les dramatiques événements de New York et de Washington, bien avant les bombardements sur l'Afghanistan. Or, tout était déjà en place… par-delà les changements Démocrates-Républicains aux Etats-Unis, par-delà l'effondrement de l'Union soviétique…Cette série est donc une fenêtre sur le monde tel qu'il est et qui ne ressemble pas toujours au monde tel qu'il voudrait être! . Demain: Quand les enquêtes de police sont impossibles

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