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Les dollars du terrorismePartie 20: Le “blanchiment politique”

Par L'Economiste | Edition N°:1164 Le 13/12/2001 | Partager

D'Asie centrale vers l'Asie du Sud-Est, vers l'Afrique baignée par l'océan Indien, vers l'Europe via la Turquie, des réseaux de narco-trafiquants se sont organisés durant les années 90. Ils sont actuellement en activité et seule la disparition des champs de pavots en Afghanistan pourrait assécher ces réseaux internationaux. Rappelons que la production afghane, un tiers de la production mondiale de drogue à la fin des années 90, s'est substituée à la production colombienne des années 80. Sur le modèle classique des mafias depuis la Cosa Nostra de l'Italie du Sud et du Cartel de Medellin, les mafias dites “des nouveaux Afghans” utilisent un discours et des actes socio-politiques pour bénéficier de la protection de leur environnement: actions caritatives directes, valorisation des anciennes relations féodales de protection, désignation de l'ennemi responsable de tous les maux sociaux… Les “nouveaux Afghans” teintent donc leur “mission” d'islam intégriste, ce qui explique pourquoi ils ont plus de succès dans les populations nonarabophones qu'auprès des populations arabophones, plus à même d'évaluer la validité de ces discours par rapport aux textes sacrés.Engagée dans l'euphorie du “nouvel ordre international”, médiatisée dans l'union retrouvée de l'ONU et de la toute-puissance américaine, l'intervention en Somalie devait inaugurer une nouvelle méthode de règlement des conflits. Elle aboutira à l'opération militaro-humanitaire de décembre 1992, vingt-trois mois après avoir gagné la guerre contre l'Irak. Cette guerre aussi était une guerre pour le nouvel ordre international. . Les “boys” dans les sacs en plastiqueEn Somalie, pour la première fois de leur histoire, les Nations unies affrontaient l'un des défis majeurs de l'après-Guerre froide: l'implosion des structures d'Etat et l'absence de tout gouvernement dans un pays livré à la famine et aux exactions de “seigneurs de la guerre” oublieux des besoins élémentaires de leur peuple. Quinze mois plus tard, début avril 1994, l'armada américaine repartait sans gloire, emportant avec ses hydroglisseurs et ses hélicoptères de combat 44 “boys” dans des sacs en plastique, victimes de la “première guerre humanitaire” de l'histoire du monde. Avec les Rangers américains, les équipes de télévision, elles aussi, ont plié bagage. Hormis quelques soub- resauts qui durent le temps de quelques prises d'otages d'humanitaires occidentaux, la Somalie est retombée dans l'imaginaire silencieux du “pays des Aromates”. Le “pays de Pount”, le peuple de Dieu n'existe plus et les luttes fratricides des “seigneurs de la guerre” sont redevenues la première activité économique de cette terre oubliée. Aujourd'hui en Somalie, l'Etat sauvage a repris tous ses droits, et fleurissent à nouveau tous les trafics, tous les esclavages et tous les profits. Pourquoi, dès lors, s'étonner que les “Afghans” en fassent un de leurs nouveaux terrains de chasse? Qui se souvient aujourd'hui des enfants au ventre outrageusement gonflé, qui ouvraient quotidiennement les journaux de CNN, donc ceux du monde entier? “Le travail de Dieu!” s'était alors exclamé George Bush, père de l'actuel Président, pour justifier l'intervention américaine.Les vertus humanitaires du nouvel ordre international ont totalement échoué. Cet échec a clairement indiqué aux populations pauvres de la planète (qui regardent les mêmes actualités télévisées) que les Occidentaux promoteurs du nouvel ordre, ne sauront pas les défendre contre les “seigneurs de la guerre”, ou les “nouveaux Afghans” et qu'il vaut donc mieux composer avec eux.C'est sans doute cette erreur que les Européens ne veulent pas laisser se reproduire, qui explique en décembre 2001, l'insistance de Berlin, Londres ou Paris pour former un système politique viable pour l'après-Talibans en Afghanistan. Nul ne peut dire aujourd'hui si la méthode va réussir ou échouer.En attendant, l'opération de “blanchiment politique” des réseaux de trafiquants, appuyée sur des discours islamistes, se poursuit dans le plus vaste espace géographique jamais soumis à de telles pressions (voir carte de la Partie 19, L'Economiste du mercredi 12 décembre). Elle a commencé à la fin des années 80, à la faveur de l'appui de la CIA et de l'Arabie saoudite via les services pakistanais (voir Parties 3 et 4). Elle s'est amplifiée dans les années 90, lorsque que les groupes des Moujahiddines afghans, puis les Talibans ont pris le contrôle et développé la production d'opium.. Les classes moyennes, premières victimesLa pression mobilise les critiques contre l'échec de politique de développement économique et social. Ces critiques sont justifiées dans la plupart des pays musulmans. Les échos sont donc favorables.Par le biais des revendications sociales et humanitaires, les organisations islamistes accentuent leur pression sur les pouvoirs politiques. Elles réclament progressivement l'application de la loi islamique. Ce qui provoque un fort raidissement politique. Même si l'Etat islamique n'est pas toujours revendiqué comme tel, le mouvement social islamiste fonde son existence sur l'affirmation d'un lien dogmatiquement établi entre la religion et les affaires de l'Etat.A défaut d'investir électoralement ou militairement le pouvoir politique, comme l'avaient fait les Talibans, l'islamisme génère les confrontations susceptibles d'entraîner une “islamisation” des procédures sociales et économiques (vestimentaires, sexuelles, alimentaires, juridiques ou bancaires) les plus structurantes. C'est l'islamisme de pouvoir (voir ce concept dans la Partie 18).Le cas de l'Indonésie est instructif. Moins radicale que dans la plupart des pays d'Asie du Sud-Est et bien sûr que d'Asie centrale, I'expression collective des musulmans d'Indonésie n'en débouche pas moins, régulièrement, sur des flambées d'une extrême violence. A la faveur d'anciennes revendications sociales, l'islamisme de pouvoir prend notamment la forme d'une confrontation ethnique avec les Chinois. Toute la région de Banyuwangi -pointe est de l'île de Java- est ravagée comme après le passage d'un typhon. Au début de 1998, et pendant plusieurs semaines, des émeutes populaires ravagent les magasins chinois. Des petites échoppes aux grandes surfaces, aucun point de vente aux mains de commerçants chinois n'a été épargné. Sur les façades des quelques bâtiments étrangement indemnes, on relève les mêmes inscriptions protectrices, inscrites à la peinture blanche: “Keluarga Muslim” et “Toko Muslim”, qui signifient “famille musulmane” et “maison musulmane”. Les autres ont été systématiquement saccagés parce que appartenant aux “Cokim”, appellation péjorative pour désigner les Chinois.Les classes moyennes participent bien davantage que les autres, à cette montée en puissance de “l'islamisme de pouvoir”. Sans être directement partie prenante des décisions, elles cherchent néanmoins à y être associées de toutes les manières possibles, obéissant ainsi à une pratique dominante qui recommande de se tenir à proximité du prince pour inspirer ses choix et corriger ses erreurs.


Respectabilité du grand banditisme

L'influence des mafias n'est jamais aussi importante et dangereuse que lorsqu'elles s'émancipent de leurs activités délinquantes pour jouer de tous les leviers qu'offre la société légale afin de subvertir cette même légalité. Le blanchiment n'est pas seulement une activité monétaire visant à légaliser de l'argent sale en l'injectant dans des secteurs économiques légaux; il s'exerce aussi sur des structures et des élites qu'il s'agit de rendre, elles aussi, respectables. “Un constat s'impose: le grand banditisme n'est plus seulement un problème de criminalité. C'est même un sujet trop vaste, aujourd'hui, pour l'abandonner aux seuls criminologues. L'économie du crime s'est fondue dans l'économie légale. Distinguer le crime organisé et la planète financière, c'est se condamner à ne rien comprendre ni de l'une ni de l'autre. Certes, il est plus confortable de considérer les mafias et les organisations du crime comme des puissances maléfiques étrangères. La réalité est moins séduisante et plus complexe: la criminalité est devenue un rouage indispensable des sociétés contemporaines”.En se fondant dans les structures du crime organisé, dont les consortiums sont eux-mêmes de plus en plus indissociables des activités économiques et financières légales, les réseaux du terrorisme islamiste contemporain transitent par les banques offshore des paradis fiscaux. A la cartographie non exhaustive des sanctuaires des “nouveaux Afghans”, il faut ajouter celle de ces havres financiers qui se sont développés en périphérie des pays industrialisés. Si la moitié de ces territoires relève de la souveraineté britannique, la Suisse, après Londres, continue à jouer un rôle central en matière de fuite et de blanchiment de capitaux. En suivant les différentes connexions financières du Saoudien Oussama Ben Laden, celles des frères musulmans et celles de la “diplomatie musulmane” de l'Arabie saoudite, on revient invariablement frapper à la porte de “l'ami suisse”... Les grandes mafias italiennes et russes elles aussi ont, pour la plupart, fondé des sociétés anonymes en Suisse. Le 28 mars 1998, le procureur général de la Confédération de l'époque, Carla del Ponte, affirme que les cas de blanchiment ont augmenté de 200% en Suisse entre 1996 et 1997. “Nous sommes d'autant plus sensibilisés aux différentes questions touchant au blanchiment de l'argent sale ou criminel que les flux financiers qui transitent par chez nous sont en constante augmentation”, précise-t-elle.

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