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Les dollars du terrorismePartie 18: Processus d'éclatement et de recomposition

Par L'Economiste | Edition N°:1162 Le 11/12/2001 | Partager

Aujourd'hui, trois mois après les attentats de New York, la question la plus fréquente est de savoir si Al Qaïda a des “réseaux dormants” dans le monde. Mais est-ce une bonne question? Le concept de réseaux dormants appartient à l'époque de la Guerre froide, où une puissance envoie chez son ennemi des fonctionnaires dont le travail est d'espionner, commettre des attentats au moment choisi par elle. Ce concept n'appartient pas à la logique du terrorisme actuel, qui, lui, a un ressort militant. Même si cette logique militante devient délirante, elle reste appuyée sur le désir personnel de s'investir dans une cause. Ce désir peut s'investir dans de multiples domaines et est souvent susceptible d'être instrumentalisé à nouveau. C'est un monde nouveau qui s'ouvre à la stratégie de sécurité pour les populations civiles. Les mouvements terroristes égyptiens en fournissent le modèle depuis l'attentat de Louxor en 1997.Plusieurs semaines avant le massacre de Louxor, les Gama'a avaient lancé des avertissements à la suite d'une série de condamnations à mort frappant plusieurs de leurs militants. L'attentat renouerait donc avec la tactique de la vendetta, privilégiée par les islamistes égyptiens.En soutenant la version de “soldats perdus d'un terrorisme résiduel”, les enquêteurs égyptiens eux-mêmes n'ont pas aidé à la compréhension. En effet, I'identification de cinq des six auteurs de la tuerie montre que l'islamisme armé possède encore une réelle capacité d'attraction sur la jeunesse égyptienne. Quatre d'entre eux étaient, en effet, des étudiants très jeunes, plutôt brillants: deux en agronomie à l'Université d'Assiout; un en médecine; le quatrième poursuivait une formation d'ingénieur.. Quatre éclatementsTous sont issus de familles qui, localement, ne sont pas parmi les plus défavorisées. Et, selon des sources proches de l'enquête, les Gama'a islamiya les avaient recrutés de longue date; des Gama'a qui aujourd'hui sont loin d'être en voie de disparition, même si leurs forces sont divisées entre quatre principales “directions”:1) Les dirigeants historiques, pour la plupart emprisonnés en Egypte (à l'exception du cheikh Omar Abdel Rahmane, guide spirituel des Gama'a, incarcéré aux Etats-Unis), se sont prononcés pour un arrêt inconditionnel de la violence après Louxor.2) Les dirigeants de l'extérieur réfugiés en Europe (essentiellement en Grande-Bretagne, mais aussi aux Pays-Bas, en Autriche et en Allemagne) oscillent entre une suspension et la reprise de la lutte armée.3) Les dirigeants de l'extérieur réfugiés dans les camps d'Oussama Ben Laden en Afghanistan (notamment celui qui est considéré comme l'émir Mohamed Rifai Taha, ainsi que le planificateur militaire, Moustapha Hamza) optent clairement pour la poursuite du “jihad” sur le sol égyptien, et partout où des frères sont en difficulté.4) Enfin, les militants du terroir et de terrain, considérablement affaiblis par les opérations sécuritaires déclenchées après Louxor, demeurent imprévisibles. Selon les services égyptiens, leur nombre n'excéderait pas la vingtaine de meneurs pour une centaine de combattants.Selon plusieurs sources autorisées, ces chiffres ne correspondent pas à la réalité. Un service européen de renseignements évalue le nombre des activistes égyptiens à plus d'un millier, estimant que leurs filières soudanaises d'approvisionnement en armes fonctionnent parfaitement, au mois jusqu'en 1998. Aujourd'hui, en décembre 2001, il est admis qu'elles continuent à fonctionner, via le Yémen, la Somalie et peut-être l'Irak. Ce qui donne à penser qu'une fois Ben Laden capturé en Afghanistan, les Etats-unis se retourneront contre ces pays.Intéressant à plus d'un titre, cet état des lieux a-t-il valeur de référence pour d'autres groupes engagés sous d'autres latitudes? A l'évidence, l'islamisme armé égyptien garde une réelle et imprévisible capacité de nuisance. Traqués et mêmes acculés, les militants de terrain n'auront plus guère que leurs armes pour prouver qu'ils existent encore, quels que soient les progrès et les succès de la répression. “Celle-ci ne parviendra vraisemblablement pas à une éradication totale de la violence armée”, estime Dia Rashwan, expert du Centre d'études stratégiques du quotidien Al-Ahram. Le même centre d'études confirme que le millier de combattants des Gama'a islamiya avaient opéré leur jonction avec l'aile militaire du Jihad égyptien quelques mois avant la tuerie de Louxor. Et les autorités égyptiennes n'avaient pas tort de mettre en cause le laxisme britannique en matière de réseaux islamistes.. Ben Laden le rassembleurC'est au cours d'une importante réunion clandestine qui s'est tenue le 10 octobre 1997 au 94, Dewsbury Road à Londres, dans la maison de Khaled al-Fawwaz, porte-parole de l'ARC (Advice and Reformation Committee, -voir Partie 9, L'Economiste du mercredi 28 novembre dernier, www.leconomiste.com), l'antenne londonienne d'Oussama Ben Laden, qu'a été choisie la cible de Louxor. Le milliardaire saoudien travaille depuis des mois à la réconciliation des frères ennemis égyptiens qui se déchirent sur des questions de pouvoir interne et de choix stratégiques, depuis la fin de la guerre d'Afghanistan.Principal bailleur de fonds des deux branches islamistes armées, Oussama Ben Laden met en balance son aide financière contre une refonte militaire des Gama'a islamiya et du Jihad, sous le contrôle unique de ce dernier, dont le commandement militaire plus centralisé dépend directement de son bras droit: Ayman al-Zawahiri.A bord de son avion privé, le milliardaire saoudien a pu atterrir sans encombre à Heathrow. Il y a été accueilli par Yasser Tawfiq al-Sirri, I'un des chefs de l'aile militaire du Jihad, collaborateur direct d'Ayman al-Zawahiri résidant à Londres. Au siège de l'ARC, ils retrouvent un troisième homme, Adel Sa'd Abdel Qoddous, qui assure la liaison avec le conseil consultatif (Choura) du Jihad extérieur. Sa dernière réunion remonte au mois d'avril, mais la ligne à suivre est claire. Les membres de la Choura intérieure sont en prison, les groupes des Gama'a islamiya sont éparpillés et livrés à eux-mêmes. Il est impératif de regrouper les forces et de frapper un grand coup pour cimenter la nouvelle alliance, pour défier le pouvoir égyptien et pour soutenir le deuxième front de la “guerre sainte ” mondiale, en appui aux frères d'Afghanistan restés en première ligne.Il est ainsi décidé de placer toutes les unités combattantes des Gama'a et du Jihad réunis sous le commandement unique de l'aile militaire du Jihad, les Talati al-Fatah, les “gardiens de la conquête ”. Les communications et la coordination seront assurées par le système satellite des réseaux d'Oussama Ben Laden. Le 13 octobre 1997, trois jours après la réunion de Londres, le nouveau commandement unifié n'exclut pas une opération d'envergure pour montrer à “Pharaon” que la “guerre sainte” continueTransmise entre Le Caire et Londres, cette communication est interceptée par les services britanniques. Lorsque nous lui demandons confirmation, l'assistante de David Veness quitte précipitamment son bureau pour nous rappeler d'une cabine téléphonique.A l'évidence affolée que de telles informations aient pu filtrer, et sans les confirmer officiellement, Miss Floira Maninring reconnaît néanmoins que “le relevé d'une communication faisant état de la préparation d'une action spectaculaire a effectivement donné lieu à un télégramme immédiatement transmis aux plus hautes autorités britanniques”. L'intervention du chargé d'affaires américain le 24 août devant le Conseil de Sécurité de l'ONU s'inspire de ce télégramme... Autre confirmation en provenance des services américains: les armes du commando de Louxor sont d'origine soudanaise et ont été acheminées en Haute-Egypte par les filières travaillant directement pour les entreprises d'Oussama Ben Laden, installées dans la banlieue de Khartoum. Avec la tuerie de Louxor, on entre bien dans une nouvelle configuration d'un islamisme armé, plus structuré internationalement, et principalement financé par des fonds saoudiens qui ne proviennent pas seulement de la fortune d'Oussama Ben Laden.


Le monde tel qu'il est…

Pour ce Ramadan, L'Economiste offre à ses lecteurs une réflexion d'analyste sur les liaisons dangereuses entre les Etat-Unis, ou plus exactement certains services américains et le terrorisme, pas seulement celui d'extrémistes se réclamant de l'islam. La présente sélection de “bonnes feuilles” est tirée de l'ouvrage d'investigation de Richard Labévière, “Les dollars de la terreur”, publié en septembre 2001 aux Editions Grasset. Mais la première version date de 1999, bien avant les dramatiques événements de New York et de Washington, bien avant les bombardements sur l'Afghanistan. Or, tout était déjà en place… par-delà les changements Démocrates-Républicains aux Etats-Unis, par-delà l'effondrement de l'Union soviétique…Cette série est donc une fenêtre sur le monde tel qu'il est et qui ne ressemble pas toujours au monde tel qu'il voudrait être! . Demain, Partie 19: Le nouveau désordre international

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