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Les dollars du terrorismePartie 16: La tuerie de Louxor

Par L'Economiste | Edition N°:1160 Le 07/12/2001 | Partager

L'Egypte est particulièrement visée par le terrorisme islamiste (voir Partie 4, L'Economiste du mercredi 21 novembre 2001). La tuerie de Louxor, féroce et brutale, marque une évolution dans le terrorisme. L'attentat le plus meurtrier qu'ait connu l'Egypte révèle aussi la mauvaise gouvernance.“En Egypte, l'islam politique est né à la fin des années 20, mais ce n'est que récemment qu'il a commencé à s'inspirer d'une idéologie semblable, née dans le sous-continent indien. Dans cette région de toutes les contradictions est apparu en effet, à la suite de circonstances historiques complexes, un courant islamiste dans lequel s'entrecroisent les complexes d'infériorité et de persécution propres aux minorités, la haine du colonialisme et une mauvaise compréhension de l'islam”, écrit Muhammad Saïd Al Ashmwy.Le 17 novembre 1997, soixante-deux personnes sont massacrées par un commando islamiste dans un temple de Louxor, en Haute Egypte. Les tueurs se sont déguisés en policiers pour accéder au site. La tuerie, qui dure plus d'une heure, fait apparaître de graves lacunes dans le dispositif de sécurité égyptien. “L'affaire de Louxor” commence... L'enquête piétine et les autorités dissimulent des éléments capitaux du dossier. L'organisation qui revendique l'attentat est proche de la confrérie des Frères musulmans et d'associations islamiques universitaires qui avaient été utilisées par Sadate pour “casser” la gauche égyptienne. En effet, c'est Anouar al-Sadate, avec l'aide des Américains, qui ouvre la boîte de Pandore de l'islamisme égyptien.. Louxor, un tournantPour éviter de reconnaître ses responsabilités dans une sourde guerre qui l'oppose aux fanatiques religieux depuis le début des années 90, le pouvoir actuel fait appel à la thèse récurrente du “complot de l'étranger” et accuse Londres d'être devenu la capitale mondiale de l'activisme islamiste. Bien que cherchant à détourner la responsabilité de ses propres incohérences, Le Caire vise pourtant juste. Les commanditaires de la tuerie de Louxor sont les “Afghans” d'Oussama Ben Laden. Ils ont monté l'opération depuis Londres, sous le nez et à la barbe des services secrets britanniques. Véritable tournant dans la stratégie militaire des groupes islamistes armés, la tuerie de Louxor engage le mouvement vers d'autres mutations.Le soleil inonde la Vallée des Reines depuis plus de deux heures. Un air presque frais monte du Nil, et la lumière matinale découpe précisément la ligne de crête en dévoilant les célèbres terrasses de Deir el-Bahari, où trône le temple d'Hatshepsout.Chaque année, quelque deux millions de touristes viennent y admirer les bas-reliefs qui racontent la puissance de l'Egypte ancienne.Six hommes étranges, qui visiblement ne sont ni des promeneurs, ni des employés du site, descendent d'un autobus d'une agence de voyages. Vêtus de pardessus noirs élimés à fermeture éclair, ils se scindent en deux groupes. Les quatre premiers se dirigent vers la principale rampe d'accès au temple. Deux autres restent stationnés près du mur d'enceinte. Ces derniers ouvrent alors leur veste pour en extraire des kalachnikovs à crosse pliable avant d'ouvrir le feu sur un policier, puis sur un gardien qui s'écroule à son tour.Sous leur pardessus, les assaillants arborent tous l'uniforme noir des policiers égyptiens, le front barré d'un bandeau blanc strié de caractères rouges: “Section de la mort et de la destruction”.Les assaillants se mettent à mitrailler les colonnes du temple derrière lesquelles sont dissimulés des visiteurs. Un autre groupe en train de fuir est rattrapé. “Ils nous ont obligés à nous mettre à genoux, puis ont recommencé à tirer”, raconte hébétée Rosemarie Dousse, miraculeusement rescapée du massacre. Recueilli par une agence de presse, son témoignage a fait le tour du monde: “Il y a un très gros monsieur qui est tombé sur moi et la dame derrière m'a couverte aussi. Je n'avais plus qu'un bras et une jambe qui dépassaient. Alors, ils ont tiré dans ce bras et cette jambe. Ensuite, ils ont recommencé. Tous ceux qui vivaient encore, ils leur ont donné le coup de grâce dans la tête... Et ils ont pris les toutes jeunes filles qui étaient couchées parmi les morts, avant de disparaître. Je ne sais pas où ils sont partis après, mais on les a entendu crier... Des cris de douleur. Ils leur ont fait mal... Puis, j'ai entendu la dame derrière moi qui disait: «Restez tranquille, ils reviennent.» Alors, je me suis cachée sous le gros monsieur; j'ai trempé le foulard que j'avais sur la tête dans le sang et j'en ai mis partout. J'avais la tête cachée et je ne bougeais plus. Mais ça a duré longtemps avant l'arrivée des secours. Entre une heure et une heure et demie. Les terroristes revenaient tout le temps... Enfin, quelqu'un m'a tirée par les jambes. J'ai cru que c'était de nouveau les terroristes, mais c'était des gens qui venaient nous aider. Ils m'ont portée dans une ambulance.” Sur son lit d'hôpital, cette Suissesse de 66 ans parle mécaniquement, cliniquement presque, comme si cette histoire venait d'arriver à quelqu'un d'autre.Le massacre se poursuit pendant près d'une heure. Passant et repassant dans les salles et sur la terrasse, les tireurs en folie achèveront leur besogne au couteau. Le soleil arrive presque au firmament lorsqu'un des boutiquiers du temple ose s'aventurer sur l'esplanade. Découvrant l'ampleur du carnage, il n'en croit pas ses yeux: cinquante-huit corps désarticulés, déchirés par les balles et les coups de couteau, ou les deux... Contrairement à ce qu'ont rapporté plusieurs agences de presse, aucun des suppliciés n'a été égorgé, ni mutilé, mais les meurtriers se sont visiblement acharnés sur leurs pauvres dépouilles. “Ils étaient très, très jeunes, ajoute Rosemarie Dousse, ils dansaient en levant les bras au ciel et chantaient: Allah, Allah, Allah.”. La réaction des villageoisVisiblement, le commando n'a pas bien préparé sa retraite, car après avoir braqué deux taxis, les tueurs jettent leur dévolu sur un autobus de tourisme qui circule à vide. Alors que ses ravisseurs lui demandent de les emmener vers la Vallée des Rois, à environ cinq kilomètres de là, où doivent se promener des centaines d'autres touristes, le chauffeur les balade pendant plus d'une demi-heure en espérant tomber sur une patrouille de police. En vain...De plus en plus nerveux, le commando finit par comprendre qu'il tourne en rond et se met brusquement à rouer de coups le chauffeur. Croyant sa dernière heure venue, le malheureux finit par s'engager dans la direction exigée. Mais, dans la vallée, l'annonce du massacre s'est répandue comme une traînée de poudre. Les habitants s'arment spontanément de bâtons, de pierres et d'outils, avant de se mettre en chasse. Ces guides, ces boutiquiers, ces artisans et chauffeurs de taxi entendent non seulement défendre leur “outil de travail”, mais aussi laver I'injure faite à leur légendaire tradition d'hospitalité. Ils élèvent plusieurs barrages de bric et de broc sur les voies d'accès aux temples, notamment à la sortie du village de Gurna, qui commande le carrefour de la Vallée des Rois.Une pluie de pierres accueille le bus lorsqu'il approche de cet embranchement, obligeant le véhicule à reprendre la direction de la Vallée des Reines: une impasse... L'héroïque chauffeur le sait parfaitement et mène son car droit sur un nouveau barrage qui l'oblige à stopper, avant de perdre connaissance.. Enfin, la police…S'ensuit une fusillade nourrie et une course-poursuite dans la montagne entre plusieurs policiers guidés par les habitants de Gurna et le commando aux abois. Des renforts finissent par arriver et la poursuite s'organise. Suivant les indications des villageois qui connaissent chaque recoin de la vallée dans laquelle se sont engagés les tueurs, la progression des forces de sécurité accule ces derniers à chercher refuge dans un creux de rocher où s'achèvera leur équipée sauvage. Plusieurs détonations résonnent de l'intérieur de la grotte dont l'entrée essuie un véritable déluge de feu déclenché par les policiers égyptiens. Après une accalmie de plusieurs minutes, alors qu'un silence pesant s'empare à nouveau de la vallée, le chef du détachement, poussé par les villageois, finit par se faufiler avec ses hommes dans l'ouverture de la roche.C'est fini! Les six membres du commando gisent par terre. Tous ont une balle dans la tête. L'enquête conclura qu'ils se sont donné la mort avant l'arrivée de leurs poursuivants. Les policiers doivent empêcher les villageois survoltés de démembrer leurs corps. Il est environ 13 heures, ce lundi 17 novembre 1997. Le cauchemar s'achève, mais l'affaire du “massacre de Louxor” commence. Les autorités égyptiennes n'ont jamais publié de bilan officiel de la tuerie de Louxor. Le lendemain, le Président se rend sur les lieux du massacre. La suite présidentielle s'aperçoit que le Raïs a le plus grand mal à maîtriser une de ses colères légendaıres. L'officier de carrière, ancien chef de renseignement de l'aviation, prend immédiatement la réelle mesure du désastre: à l'évidence, la police locale a été en dessous de tout. Le ministre de l'Intérieur Hassan al-Alfi cherche désespérément des explications. Le ministre de l'Intérieur lui-même est contraint de démissionner sur-le-champ et remplacé par le général Habib al-Adli, vice-ministre de l'Intérieur et chef des services de la sécurité d'Etat; celui-là même qui, alerté par ses collaborateurs ainsi que par certains de ses homologues européens depuis plusieurs semaines, tentait vainement d'alerter la présidence sur les risques de nouvelles opérations terroristes contre des sites touristiques.Demain, Partie 17: Comment Sadate a ouvert la boîte de Pandore

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