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Les dollars du terrorismePartie 15: La fragmentation du monde arabe

Par L'Economiste | Edition N°:1159 Le 06/12/2001 | Partager

La violence a repris plus féroce que jamais. Pourquoi le processus de paix des années 90 au Proche-Orient a-t-il été si facilement enterré? Si Israël avait bien posé son problème stratégique dans les années 90, comment se fait-il qu'il ait pu avec autant d'inconséquence y renoncer? Parce qu'il y avait chez lui une doctrine plus ancienne, mieux enracinée dans sa propre conception de lui-même. C'est ce qui rend aujourd'hui l'évolution de l'intérieur hautement improbable.La politique ambiguë vis-à-vis des extrémismes islamiques ne tombe pas du ciel… Quand Israël favorisait des groupuscules islamistes pour affaiblir Arafat, il le faisait par référence à une stratégie régionale. Elle s'inscrivait, au contraire, dans une continuité telle qu'elle était déjà formalisée par le gouvernement Sharon et Eitan dans les années 80.. Un projet pour le Proche-OrientDatée de février 1982, une note d'Oded Yinon, ancien haut fonctionnaire du ministère israélien des Affaires étrangères, détaille le projet géostratégique de cette politique, c'est-à-dire la fragmentation de l'ensemble proche-oriental en des unités les plus petites possibles, autrement dit le démantèlement des Etats arabes voisins d'Israël.En guise de préambule, Oded Yinon écrit: “Le monde arabe islamique n'est qu'un château de cartes construit par des puissances étrangères”. Il fait référence à la France et la Grande-Bretagne qui dans les années 20 dominaient la région. Les découpages et l'esprit national se sont faits “au mépris des aspirations des autochtones”. “Cette région a été arbitrairement divisée en 19 Etats, tous composés de groupes ethniques différents, de minorités, hostiles les uns aux autres, si bien que chacun des Etats arabes islamiques d'aujourd'hui se trouve menacé de l'intérieur en raison de dissensions ethniques et sociales, et que dans certains d'entre eux, la guerre civile est déjà à l'oeuvre”.. Décomposition en plusieurs micro-EtatsS'appuyant principalement sur une bibliographie américaine et sur des citations de responsables politiques israéliens (voir encadré), la note passe en revue ces 19 Etats arabes en répertoriant les principaux facteurs centrifuges, annonciateurs de troubles et de désintégration possible. “Telle est la triste situation de fait, la situation troublée des pays qui entourent Israël”(1). La recommandation d'Oded Yinon est parfaitement claire: “C'est une situation lourde de menaces de dangers, mais aussi riche de possibilités, pour la première fois depuis 1967. Les chances qui n'ont pas été saisies alors peuvent se présenter de nouveau, plus accessibles, dans les années 80, dans des circonstances et avec une ampleur que nous ne pouvons pas même imaginer aujourd'hui”.L'analyse politique mérite, elle aussi, toute notre attention: “La politique de «paix», la restitution des territoires, sous la pression des Etats-Unis, excluent cette chance nouvelle qui s'offre à nous”. En effet, Israël estimait déjà à l'époque que les Etats-Unis faisaient abusivement pression sur lui pour adopter une politique plus conciliante! “Depuis l967, les gouvernements successifs d'Israël ont subordonné nos objectifs nationaux à d'étroites urgences politiques, à une politique intérieure stérilisante qui nous liait les mains aussi bien chez nous qu'à l'étranger”. Après une ultime recommandation qui invite Israël à “agir directement ou indirectement pour reprendre le Sinaï en tant que réserve stratégique, économique et énergétique”. Oded Yinon conclut: “La décomposition du Liban en cinq provinces préfigure le sort qui attend le monde arabe tout entier, y compris l'Egypte, la Syrie, l'Irak et toute la péninsule Arabe. Au Liban, c'est déjà un fait accompli. La désintégration de la Syrie et de l'Irak en provinces ethniquement ou religieusement homogènes, comme au Liban, est l'objectif prioritaire d'Israël, à long terme, sur son front est; à court terme, I'objectif est la dissolution militaire de ces Etats.” L'analyste explique que les forces d'éclatement sont présentes et qu'il suffit de les soutenir pour qu'elles se mettent à l'oeuvre. “La Syrie va se diviser en plusieurs Etats, suivant les communautés ethniques, de telle sorte que la côte deviendra un Etat alaouite chiite, la région d'Alep, un Etat sunnite; à Damas, un autre Etat sunnite hostile à son voisin du nord; les Druzes constitueront leur propre Etat, qui s'étendra sur notre Golan peut-être, et en tout cas dans le Haourân et en Jordanie du Nord. Cet Etat garantira la paix et la sécurité dans la région, à long terme: c'est un objectif qui est, dès à présent, à notre portée”.. Objectif prioritaireSelon cette note, l'objectif “prioritaire d'Israël à long terme” consiste donc à favoriser tous les facteurs de désintégration des Etats arabes; le démantèlement devant déboucher sur la création de “provinces ethniquement ou religieusement homogènes”. Dix ans avant l'embrasement des Balkans, dix ans avant les massacres, les charniers et autres “terribles carnages” de Bosnie, cet encouragement prémonitoire à la “purification” ethnique et religieuse donne littéralement froid dans le dos.Il anticipe également l'aide bienveillante qu'Américains et Israéliens apporteront aux “brigades islamistes” engagées en ex-Yougoslavie, après avoir sciemment sabordé les différents plans de paix, successivement proposés par l'Union européenne et l'ONU. Ce recours à l'idéologie islamiste comme facteur de désintégration des Etats est un héritage, en droite ligne, de la politique du “divide et impera” de l'ex-Empire britannique, comme l'écrit Alexandre Del Vale dans “Islamisme et Etats-Unis, une alliance contre l'Europe” (Editions L'Age d'Homme, 1997). Au-delà de la filiation historique, son actualité récurrente résout, en grande partie, l'équation “islamisme et sionisme = ennemis complémentaires (voir Partie 14, L'Economiste du mercredi 5 décembre; www.leconomiste. com).A Wye Plantation en octobre 1998, Israéliens et Palestiniens essaient de relancer le processus de paix. Les conversations sont entourées du plus grand secret. Les négociateurs sont sur le point de se séparer sans accord, malgré la volonté de Clinton. Quand soudain à la dernière limite, un coup de théâtre renverse la situation. Que s'était-il passé? Derrière ce renversement, il y avait l'intervention de la CIA. L'agence américaine de renseignement s'est propulsée sur la scène diplomatique quelques jours avant la signature inespérée, survenue dans la nuit du jeudi au vendredi 23 octobre 1998. L'Autorité palestinienne de Yasser Arafat devrait récupérer à terme 13% supplémentaires du territoire de la Cisjordanie, contre l'abrogation des passages de la Charte palestinienne niant le droit à l'existence de l'Etat d'Israël.Un compromis avait été trouvé pour la libération de prisonniers palestiniens détenus en Israël, ainsi que sur les questions de sécurité touchant notamment à la lutte antiterroriste. Ce dernier point a été traité directement par le Mossad et la CIA à Washington et ce, sur la base d'un “Mémorandum sur la sécurité” mis au point en décembre l997. Accepté par Arafat, mais refusé par Netanyahu, le texte fera plusieurs allers et retours entre Tel-Aviv, Gaza et Washington, jusqu'aux discussions de Wye Plantation. Consultant et intermédiaire obligé des différentes versions de ce texte, la CIA a vite compris l'avantage qu'elle pourrait tirer de ce jeu politique.En renouant progressivement leurs relations commerciales avec l'Iran, les Etats-Unis risquent d'indisposer encore un peu plus le monde musulman sunnite et d'encourir à nouveau les foudres de ses activistes radicaux. Cette évolution n'accrédite pas pour autant l'imminence d'un renversement d'alliances, ni que les Etats-Unis renoncent à parrainer toute forme d'expression militaro-politique de l'islamisme, ou tout au moins les mouvements qui continuent à entrer dans leurs menées économico-stratégiques. Indépendamment des derniers dérapages terroristes, l'islamisme continue à faire le jeu de l'administration israélienne, qui mise, à terme, sur sa capacité à déclencher une guerre intrapalestinienne, ainsi que sur son inépuisable capacité de déstabilisation des Etats-nations de l'ensemble du monde arabo-musulman.Islamisme et sionisme sont deux ennemis complémentaires, les deux faces d'un même processus qui empêche la recherche d'une paix juste au Proche-Orient et l'amorce d'un règlement équitable de la question palestinienne. Plus précisément, l'islamisme a fortement contribué à la “digestion” de la question palestinienne, question éminemment politique du droit à l'existence d'un peuple aujourd'hui victime d'une politique de colonisation agressive et d'un nettoyage ethnique caractérisé. En transposant la question du droit à l'existence des Palestiniens sur le terrain religieux, l'islamisme n'a fait que conforter les fondements théocratiques de l'Etat hébreu qui n'a pas abandonné son projet d'un “Grand Israël” repoussant les derniers Palestiniens vers la Jordanie.Ainsi, avec l'aide des islamistes radicaux, le sionisme est en passe de réussir la mise en oeuvre de son grand dessein géopolitique: l'anéantissement du monde arabe, dans le sens d'un “espace arabe” organisé sur l'existence et la coopération d'Etats-nations arabes. La nouvelle alliance contractée entre Israël et la Turquie, le réchauffement des relations entre les Etats-Unis et l'Iran viennent conforter cette évolution à un moment où ce qui reste du monde arabe est confronté à une problématique de vacance du pouvoir. En Arabie saoudite, la succession du Roi Fahd n'est pas achevée. Fin 1998, plus de treize Etats du Moyen-Orient étaient à la veille de connaître un problème de succession. Trois l'ont surmonté: le Maroc, la Jordanie et la Syrie. Dans le contexte moyen-oriental, le plus aigu touchera vraisemblablement l'Autorité palestinienne, enjeu interne et enjeu externe, comme le démontre la reprise des combats depuis l'automne 2000.


L'analyse stratégique de Rabin et Perez

Le processus de paix des années 90 reposait sur un constat stratégique évident: avec les armes contemporaines, disait à l'époque Shimon Perez, il n'y a pas de moyen d'assurer la sécurité militaire d'un territoire aussi petit que celui d'Israël. S'il ne peut pas y avoir de sécurité armée, alors il faut la construire sur autre chose, par exemple, l'intérêt économique que des populations peuvent avoir à vivre côte à côte. L'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne se sont battues pendant des siècles jusqu'à ce qu'elles s'inventent le plus puissant des anti-guerres, le commerce libre. Mais au Moyen-Orient, il y a des groupes extrémistes comme le Hamas, entretenus pendant vingt ans par le Shin Beth alors que l'OLP ne peut pas les renier, puisqu'ils se posent eux aussi en défenseurs des Palestiniens. Lancer ou favoriser des groupes autonomes et extrémistes pour affaiblir son adversaire du moment, c'est s'exposer par la suite à ne plus pouvoir faire la paix. L'objectif a changé mais les hommes et les idées qui avaient si bien servi l'objectif précédant sont toujours là, s'opposant férocement à toute évolution. Pourtant cela n'explique pas tout. . Le jeu de la CIAGarante technique du “Mémorandum sur la sécurité”, la CIA a pu s'imposer ainsi à la table de négociation de Wye Plantation, là-même où la discussion politique menaçait d'échouer. Intervenant officiellement à la demande de la Maison-Blanche, le directeur de la CIA a sans doute profité du désarroi de la présidence plongée en pleine “affaire Lewinsky” pour apparaître en plein jour, comme le sauveur de la paix israélo-palestinienne au Proche-Orient. “Les espions servent en principe à recueillir et analyser le renseignement, pas à faire de la diplomatie au grand jour”, s'inquiète un ancien de la CIA qui ajoute: “Pour la Centrale c'est une première, et il est vraisemblable que le Président lui renverra l'ascenseur quand celle-ci en aura besoin...” Plusieurs chancelleries partagent cette analyse. Le jour où les enquêteurs du FBI rendront leurs conclusions définitives sur les attentats de Naïrobi et Dar es-Salaam démontrant l'implication de la CIA dans les réseaux d'Oussama Ben Laden, la Maison-Blanche se souviendra du 23 octobre 1998.Deux mois plus tôt, en bombardant des camps militaires en Afghanistan, les Etats-Unis avaient apparemment rompu avec le régime totalitaire des Talibans que la CIA avait contribué à mettre sur pied. La compagnie de gaz américaine Unocal, qui avait fourni armements et mercenaires aux Talibans, a provisoirement suspendu son projet d'un gazoduc en Afghanistan, “vu les conditions politiques”, a indiqué un porte-parole du groupe le 24 août 1998.Mais au-delà de ces effets régionaux ponctuels, c'est la vieille alliance américaine avec l'Arabie saoudite qui risque d'être secouée. Même si Riyad demeure, avec la complicité de Washington, le principal bailleur de fonds de l'islamisme mondial, les problèmes liés à la succession inachevée du Roi Fahd sont loin d'être résolus. Il se pourrait que le “pacte du Quincy” (voir Partie 3), assurant aux Américains le pétrole contre la sécurité et la souveraineté saoudiennes, connaisse quelques turbulences.. Demain Partie 16: La tuerie de Louxor

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