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Les dollars du terrorismePartie 14: Sionisme et islamisme, des ennemis complémentaires?

Par L'Economiste | Edition N°:1158 Le 05/12/2001 | Partager

Quand Yasser Arafat s'en plaignait, on ne l'écoutait pas. Quand Sadate puis Moubarak le dénonçaient, on ne les écoutait pas. Sadate en est mort. Quant à Moubarak, il était en tournée, encore une fois, pour expliquer les dangers des milices islamistes, lorsque deux avions kamikazes ont fait tomber les Tours du World Trade Center, le 11 septembre 2001, entraînant entre 5.000 et 6.000 personnes dans la mort. Pour employer le langage des affaires, le terrorisme contemporain n'est que le retour d'un impayé de la guerre froide, mais qui, cette fois, a été adressé à l'expéditeur, au lieu de se contenter de viser le Proche-Orient ou l'EuropeComment les Etats-Unis peuvent-ils parrainer, via leurs deux alliés Israël et l'Arabie saoudite, les islamistes radicaux qui veulent la destruction d'Israël, alors qu'en même temps la sécurité de l'Etat hébreu constitue, pour l'électorat américain, une question de politique intérieure? Islamisme et sionisme sont-ils des ennemis complémentaires? Comment, les Etats-Unis peuvent-ils tolérer, sinon encourager, une idéologie dont l'un des impératifs catégoriques vise justement la destruction de l'Etat d'Israël?. Théocratie problématiqueLe sionisme, mouvement politique et religieux qui est à l'origine de la création de l'Etat d'Israël en 1947, fut reconnu par l'ensemble de la communauté internationale. Ce nationalisme s'est essentiellement constitué sur des bases religieuses qui font de l'Etat d'Israël une “théocratie problématique”, pour reprendre la terminologie des “nouveaux historiens” israéliens. Dans son livre “Am, Eretz, Medina” (Shorashim & Keter Publishing House, Jérusalem, 1999), Yeshayahu Leibowitz écrit que “L'Etat d'Israël n'est pas un être géographique ou historique, c'est un être politique”. Il poursuit: “Le problème aujourd'hui est le suivant: l'Etat doit-il constituer, sur une partie seulement de la terre d'Israël, le cadre de l'indépendance nationale du peuple juif, ou bien devenir, sur la «totalité de la terre d'Israël», un Etat binational, lequel, à la différence de la Belgique, reposerait sur la domination violente d'un peuple par un autre peuple?”. . Un objectif communEn deçà et au-delà de la question palestinienne, comme pour l'islamisme (visant lui aussi l'établissement d'un régime théocratique) resurgit le problème du pouvoir, de la souveraineté et du territoire. C'est peut-être pour cette raison que sionisme et islamisme partagent la même aversion pour le nationalisme arabe et ses fondements laïques (ou du moins ses institutions politiques inspirées des valeurs occidentales de démocratie).Pour les islamistes, la libération de la Palestine n'est pas une finalité, mais l'étape ponctuelle d'une “guerre sainte” régionale englobant l'Egypte, bien sûr, mais aussi la Jordanie, le Liban et la Syrie (voir partie 4, L'Economiste du 21 novembre, www.leconomiste.com). Dans un premier temps, il s'agit de combattre les dangers du laïcisme et toutes ses incarnations, surtout palestiniennes. En principe, l'islamisme n'a pas de revendication nationale, puisqu'il se réfère à la Ouma, et non pas à un territoire. Cependant, dans sa charte, le Hamas précise que la revendication nationale n'est plus incompatible avec l'islam et la pratique de la vraie foi.Tactiquement convertis à la revendication nationale, les islamistes palestiniens se posent, désormais, en concurrents directs de l'OLP, malgré le prestige historique de son chef Yasser Arafat. Hamas prend même l'initiative, lorsqu'il condamne l'acceptation par l'OLP de la résolution 242 de l'ONU et la coexistence des deux Etats. En refusant également les accords de Madrid et d'Oslo, les islamistes entendent incarner, sans partage, ce qui reste de légitimité dans la lutte du peuple palestinien. Ce faisant, il n'est pas absurde de considérer qu'ils servent directement les intérêts de la droite israélienne refusant jusqu'à aujourd'hui, elle aussi, des accords de paix qui donnent trop de place à l'OLP de Yasser Arafat.Ennemis complémentaires, islamistes et sionistes travaillent ainsi aux mêmes fins.. L'Iran du Shah et celui de Khomeyni Un autre élément de cette contradiction concerne l'Iran. L'Etat hébreu entretient des relations pour le moins étranges avec ce “partenaire”. Depuis 1979, à la chute du Shah, l'Iran, extrémiste et militant, est considéré par le Ministère israélien des Affaires étrangères comme “un puissant facteur de division du monde arabo-musulman”. C'est également dans les années 70 qu'Israël, allié traditionnel du Shah, aligne ses relations avec l'Iran sur celles de l'administration Carter, cette administration qui favorisera significativement l'avènement de la révolution islamique.Durant la première guerre du Golfe, entre l'Iran et l'Irak, les Israéliens ont effectué de nombreuses livraisons d'armes à destination de Téhéran contre l'Irak baasiste et laïc de Saddam Hussein. Cette politique tombera dans le domaine public avec les révélations du scandale de l'Irangate, ventes illégales d'armes à l'Iran, conjointement assurées par Tel-Aviv et Washington (voir partie 12). Au même titre que l'installation des fusées soviétiques à Cuba constituait un événement majeur de la guerre froide, l'affaire de l'Irangate illustre, elle aussi, une péripétie essentielle de la confrontation Est-Ouest. Cette affaire, qui date de 1984, n'est pas unique en son genre. Plusieurs entreprises israéliennes d'armement ont vendu régulièrement du matériel militaire à l'Iran au cours des années 90.. Affaire d'EtatA la fin des années 90, un homme d'affaires israélien, Nahum Manbar, a été accusé de “collusion avec l'ennemi” par un tribunal de Tel-Aviv. Il avait vendu à l'Iran des composants destinés à la production d'armes chimiques. En juillet 1998, ce procès est devenu une nouvelle affaire d'Etat pour le gouvernement Netanyahu. En effet, le financier, qui a toujours clamé son innocence, a pu établir qu'il avait noué ces relations commerciales avec l'Iran, grâce “à I'assentiment et au soutien” des services secrets israéliens. Bien sûr, ces différents exemples ne traduisent pas l'affirmation d'une alliance de type stratégique avec l'Iran, mais sont caractéristiques de l'approche ambivalente de l'Etat hébreu. Celui-ci n'arrête pas d'alerter l'Occident sur les dangers du programme iranien d'armes de destruction massive, tout en jouant, chaque fois qu'il le peut, la “vieille Perse contre le reste du monde arabe”.Ces faits, l'aide aux islamistes palestiniens et les relations avec l'Iran, reposent en fait sur une conception politique.


Les accointances du Shin Beth

Fiers des résultats de leurs soutiens financiers et logistiques à la confrérie des frères musulmans pour contrer Nasser, les services américains livrent, clés en main, la méthode à leurs homologues israéIiens. Depuis son nouveau quartier général du Nord de Tel-Aviv, c'est dans le plus grand secret que le Shin Beth (sécurité intérieure et contre-espionnage) élabore, au début des années 70, un plan destiné à favoriser l'émergence d'organisations islamistes susceptibles de concurrencer, à défaut d'affaiblir et diviser, l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP). Pour contrer le développement de la résistance palestinienne à l'intérieur d'Israël et la montée en puissance du Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP) de Nayef Hawatmeh et de l'organisation de Georges Habache (Front Populaire de Libération de la Palestine, FPLP), le Shin Beth finance la branche palestinienne des frères musulmans, qui déclarera les hostilités en priorité contre les groupes marxistes à l'intérieur de l'OLP.“Nous offrions un peu d'aide financière à certains groupes islamiques. Nous soutenions des mosquées et des écoles dans l'intention de développer une force de réaction contre les forces de gauche qui soutenaient l'OLP”, reconnaît le général Segev, gouverneur militaire de Gaza (1973). Hormis l'aide israélienne, les frères musulmans palestiniens profitent abondamment des largesses saoudiennes, considérablement gonflées par les brusques augmentations du prix du pétrole. Le mouvement s'amplifie après la révolution islamique d'Iran en 1979, en même temps que l'OLP accumule les revers au Liban, au début des années 80. Toujours accompagnée par le Shin Beth, la véritable émergence politique des islamistes palestiniens intervient deux mois avant le déclenchement de I'lntifada. Fondée par un cheikh charismatique et infirme, Ahmed Yassine, la “Société islamique” (1973) se transforme -à Gaza en février 1988- en mouvement de résistance islamique (MRI), plus communément appelé “Hamas”.Initialement clandestine, l'aide israélienne aux islamistes s'affiche lorsque l'Etat hébreu leur permet des activités qu'il refuse à l'OLP. “L'Etat hébreu a notamment permis à la principale institution des Frères de Gaza, le Centre islamique -al-Mujam'a al-islami-, de fonctionner dans la bande de Gaza depuis le début des années 70, lui donnant plus tard une reconnaissance officielle”, rapporte Wendy Kristianasen, dans “Les contradictions du Hamas” (Confluence/Méditerranée, n° 20, hiver 1996-1997). En ouvrant des dispensaires, des crèches, des hôpitaux, des clubs sportifs et des écoles avec l'aval des autorités israéliennes, les islamistes vont considérablement resserrer leur maillage de la société civile palestinienne, non seulement à Gaza, mais aussi dans le Nord de la Cisjordanie, ainsi qu'à Hébron. Enfin, grâce aux surenchères de Hamas, le Likoud pouvait d'autant mieux continuer sa politique d'implantation massive des colons arrivant de l'ex-Union soviétique, et parfaire le bouclage et la judéïsation de Jérusalem-Est. Deux moyens de poursuivre le rêve du “Grand Israël” que la “paix d'Oslo ” aurait renvoyé définitivement aux querelles d'historiens. . Demain, Partie 15: La fragmentation du monde arabe

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