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    Les dollars du terrorismePartie 12: Qui fait réellement la politique étrangère des Etats-Unis?

    Par L'Economiste | Edition N°:1156 Le 03/12/2001 | Partager

    Un gros éléphant avec un cornac minuscule? Un mille-feuille de couches indépendantes, voire contradictoires? Un canal où chaque lobby branche sa propre dérivation, plus ou moins sauvage? Un bateau ivre dont plusieurs capitaines se disputent le commandement? Toutes les images ont été employées pour décrire la gouvernance de la politique étrangère américaine. Il y a naturellement l'expression “big brother” pour qualifier la puissance américaine. Une puissance devant qui diplomates et militaires étrangers doivent “demander pardon de s'excuser de respirer” (expression fréquente dans les chancelleries et les états-majors européens, utilisée aussi au Maroc). Le fiasco, maintenant évident, de 15 ans de politique de sous-traitance en Afghanistan, le virage à 180 dans la politique de soutien au FIS et aux GIA en Algérie… Autant de cas précis qui montrent le caractère brouillon et versatile de la politique étrangère américaine, qui est pourtant la seule à être vraiment mondiale. Qui décide réellement et pour quoi faire? Richard Labévière poursuit ses investigations, dont voici les résultats.Un éminent conseiller du Département d'Etat, qui refuse d'être cité, revendiquait à la fin des années 90, la “nécessité d'une politique étrangère incohérente”. Le même reconnaît, toujours hors caméras, que les services secrets (CIA, Pentagone…) ont plus de pouvoir que le Département d'Etat. “Pour essayer de comprendre, dit-il, remontez à l'Irangate, un scandale exemplaire”. Ce scandale avait mis les Etats-Unis en position de fournir des armes à l'Iran, via Israël, alors que l'Iran était (et est toujours) frappé d'embargo absolu, suite à la prise d'otages de l'ambassade américaine de Téhéran. Par ses accointances au sein de la CIA, Israël avait décidé et réussi à faire mener par les USA sa propre politique. Cette politique israélienne était destinée à gêner l'Irak, à l'époque partenaire de Washington contre l'Iran, mais ennemi d'Israël. L'affaire avait fait grand bruit, bien plus que le scandale des Stingers qui a pourtant gêné les bombardements américains sur l'Afghanistan en octobre 2001 (voir Partie 7, L'Economiste du lundi 26 novembre; www.leconomiste.com). L'Irangate a provoqué une remise au pas de la CIA. Mais le comportement de cette même CIA dans le dossier afghan montre que la remise au pas n'était que formelle (Voir partie 3).La très formelle remise au pas des services secrets américains ne change rien aux tribulations extérieures de la première puissance du monde, oscillant sans arrêt entre l'improvisation sans lendemain et un machiavélisme construit.Cela ne fait pas une semaine qu'il a pris ses fonctions et les ennuis sérieux ont déjà commencé. Christopher Ross, le nouveau coordinateur pour le “contre-terrorisme” du Département d'Etat américain, n'est pas du tout satisfait, mais comme d'habitude, il donnera le change. Ayant effectué l'essentiel de sa carrière au Proche-Orient, il sait faire preuve d'un judicieux détachement face aux dysfonctionnements de sa propre administration, et se mettre en colère est “antiscientifique”, répète-t-il souvent. Christopher Ross vient de terminer la lecture du “bon à tirer” de “Patterns of global terrorism”, et le moins que l'on puisse dire, c'est que le projet final de ce rapport qui dresse annuellement le bilan des activités terroristes dans le monde, comporte encore beaucoup d'imperfections.Le nouveau patron de l'antiterrorisme du Département d'Etat sait trop bien qu'une fois public, ce document est décortiqué, puis passé à la loupe dans toutes les capitales du monde. Une virgule mal placée peut s'avérer catastrophique. En effet, le rapport qui sort chaque année au printemps permet, non seulement de comprendre la conception que l'exécutif américain se fait du terrorisme, mais surtout indique trop clairement et souvent mal à propos, selon Christopher Ross, les contradictions et les éventuels flottements de la diplomatie américaine en la matière. L'exercice qui consiste à répertorier les “rogue states”, les mauvais élèves -littéralement les “Etats crapuleux”- accusés de soutenir des activités terroristes, lui semble désormais inadapté à la nouvelle situation internationale. M. Ross ne cache pas que la méthode lui paraît contestable, mais surtout qu'elle dissimule de plus en plus mal les retombées commerciales de ce palmarès de la terreur.L'édition 1998 a été rendue publique le 30 avril. Inchangée depuis 1993, la liste des accusés énumère, dans l'ordre, l'Iran, l'Irak, la Corée du Nord, la Libye, la Syrie, le Soudan, et bien sûr Cuba.Cette année, le cas le plus épineux est, sans conteste, celui du Pakistan, que le Département d'Etat peut difficilement mettre sur le même plan que les ennemis traditionnels des Etats-Unis.Pourtant, indépendamment du soutien apporté par Islamabad aux Talibans et à leurs amis, les réseaux “Afghans” de Ben Laden, il est désormais établi que les services pakistanais alimentent le terrorisme au Cachemire “dans des proportions inquiétantes”, précise le rapport. Le Département d'Etat prend acte de “l'apparente volonté des autorités civiles pakistanaises de faire quelque chose sur ce dossier”. En conséquence, le Département d'Etat a placé le Pakistan sur une sorte de “liste de surveillance” (watch list). Il sait que cette formule pourtant atténuée va créer des histoires.De même, Christopher Ross n'a pas pu faire corriger le sophisme employé par le Département d'Etat pour éviter d'inscrire l'Afghanistan sur la liste des coupables. Pour éviter de nouvelles bagarres bureaucratiques, le service avait trouvé intelligent de faire le raisonnement suivant: à savoir que l'absence de gouvernement reconnu à Kaboul (les Talibans n'avaient pas encore pris complètement le pouvoir) entraînait de fait l'absence d'Etat, et s'il n'y avait pas d'Etat, on ne pouvait donc pas dire que l'Etat soutenait le terrorisme! Ridicule, mais efficace. A propos de l'Afghanistan, le rapport évoque cette année le “rôle important” d'Oussama Ben Laden et lui consacre deux paragraphes, alors qu'il n'était que brièvement cité dans le rapport de l'an dernier.Pluralité des pouvoirsLe cas Ben Laden gêne le Département d'Etat. A l'évidence, l'ensemble de l'administration américaine ne partage pas l'analyse selon laquelle le “banquier du Jihad” constitue une menace importante pour les intérêts américains dans le monde. Malgré les “avertissements” qu'ont constitués les derniers attentats contre les ambassades américaines. Au Pentagone, comme à la CIA, l'expertise est moins tranchée en ce qui concerne l'ancien combattant d'Afghanistan. De même, est-on beaucoup plus circonspect sur toutes les questions qui touchent à la nocivité des vétérans de la guerre d'Afghanistan.La pluralité d'approches dans l'analyse est une méthode de travail bien ancrée dans la culture du Département d'Etat. Mais, normalement, elle s'arrête au seuil de la prise de décision, surtout en matière de sécurité. En cas de différends avec le Conseil national de sécurité (NSC), le Ministère de la Défense, la CIA ou le FBI, le dernier mot revient toujours au Président. Madeleine Albright, secrétaire d'Etat de Bill Clinton, l'explique bien: “Quoi que dise le secrétaire d'Etat, le conseiller à la Sécurité nationale ou le secrétaire à la Défense, c'est en fin de compte le Président qui est celui dont la voix compte le plus en politique étrangère”.Le pouvoir législatif a aussi une influence décisive. La Constitution américaine attribue au Congrès des pouvoirs décisifs en politique étrangère.Cette fragmentation de la décision en différentes couches qui superposent leurs rivalités condamne la politique extérieure américaine à une configuration de “mille-feuille”. Dans cette configuration, les services de renseignement, dont la CIA (Central Intelligence Agency), jouent un rôle central. A de nombreuses reprises, la centrale a délibérément poursuivi ses propres intérêts en menant sa propre politique, indépendamment de toute emprise de la présidence et du Congrès. A côté des pouvoirs exécutif et législatif, qui vivent dans un conflit permanent, travaillent de nouveaux acteurs. Il s'agit d'acteurs non institutionnels poursuivant leurs propres intérêts. Dans ces conditions, la politique étrangère de la première puissance du monde ne relève-t-elle pas d'une espèce de simulacre aveuglant? Personne ne détient la maîtrise du processus, à tel point qu'on peut effectivement s'interroger sur l'aptitude de la première puissance mondiale à mener une politique étrangère cohérente. Les Etats-Unis ont-ils encore une politique étrangère?


    “Privatisation” par CIA interposée

    Une des péripéties les plus troublantes de “privatisation” (dans le sens d'intérêts différents de ceux des pouvoirs publics américains) des services secrets américains éclate avec l'affaire dite de “l'Irangate”. Le traumatisme allait durablement influencer l'administration américaine. Ses conséquences ont conditionné les évolutions en matière de politique extérieure. Scandale emblématique de l'histoire de l'administration américaine, il illustre un affaissement du “mille-feuille”. Les services secrets avaient pris leur autonomie vis-à-vis du pouvoir exécutif. L'Irangate marque, en effet, une rupture: il y a bien un avant et un après-Irangate.L'Irangate/Contragate inaugure une forme inédite de “privatisation” de la politique extérieure américaine, menée par l'intermédiaire d'hommes d'affaires liés aux services en cause. Mêlant des acteurs privés de différentes origines, notamment iraniens, israéliens et saoudiens, cette affaire implique également des agents d'Etat israéliens et des capitaux d'Etat saoudiens. Ces trois partenaires, les services américains et israéliens, l'argent saoudien, ressurgissent aujourd'hui encore, de manière récurrente, dans l'histoire ininterrompue de l'instrumentalisation des mouvements islamistes. . Demain, Partie 13: Quand le chaos fait la politique étrangère!

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