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    Economie

    Les dépenses publiques profitent aux plus riches

    Par L'Economiste | Edition N°:143 Le 01/09/1994 | Partager

    L'impact social réel des dépenses publiques est mitigé, voire contre-productif. ce sont les plus riches qui en profitent le plus. Parallèlement, la prochaine Loi de Finances devrait réintroduire une sorte de "planification" qui ne devra pas porter ce nom.

    Le gouvernement s'achemine vers la fixation d'un programme à moyen terme. Ce dernier n'a pas encore de nom, ne serait-ce que pour le distinguer de l'idée de planification, dont personne apparemment ne veut plus entendre parler. "Il ne s'agit pas d'un retour vers le plan", commente un responsable. Si le mot "plan" suscite de fortes réserves, en revanche l'idée de "guide de l'action publique" convient mieux.

    Azoulay : "Voir le social autrement"

    Dans ce "guide" figureront les grandes lignes de la politique socio-économique, qui est plus sociale qu'économique. Après les rapports sévères dressés sur l'impact des politiques sociales, ces dernières devraient être remodelées, note-t-on dans les couloirs ministériels. Pour sa part, le conseiller de SM le Roi, M. André Azoulay, avait indiqué devant les invités de Maroc Forum(1), fin juillet dernier, qu'il fallait cesser de concevoir l'engagement social comme une simple charge. Il avait précisé que "le Programme d'Ajustement Structurel a aussi apporté des progrès sociaux", et il a cité l'épargne, le pouvoir d'achat, le niveau de vie, la création d'emplois industriels... Le conseiller a admis qu'il "reste un déficit important dans le domaine social", mais, avait-il ajouté, "je récuse la vision qui fait du social une charge nette"..

    Dans le programme à moyen terme du gouvernement se retrouveront quatre volets sociaux : l'alphabétisation, la santé de base, l'éducation de base et la formation. Le monde rural devrait être prioritaire sur ces quatre domaines, compte tenu du fait que c'est là que se trouvent les plus pauvres. Sur les 3,5 millions de pauvres que compte le Maroc, 2,5 vivent à la campagne et ce sont eux qui sont les plus pauvres parmi les pauvres(2).

    "Il faudra améliorer les indicateurs sociaux dans ces quatre domaines", indique-t-on auprès du gouvernement en admettant qu'il s'agit d'une stratégie à moyen terme. C'est pourquoi chacun en profite pour promouvoir l'idée du "guide" de l'action publique, lui aussi à moyen terme.

    Trois études ont été conduites en 1993, respectivement par le département des Finances, celui de l'Agriculture et celui de l'Incitation à l'Economie, avec des financements extérieurs (CEE, US-AID et PNUD). Il s'agit d'évaluer les impacts réels des dépenses publiques dans les domaines classés comme sociaux: enseignement, santé publique, habitat, subventions alimentaires, eau potable-électricité.

    Les conclusions de ces rapports, discutées dans un comité interministériel placé auprès du Ministre de l'Emploi et des Affaires sociales, doivent, en principe, servir de bases ou sinon d'indicateurs pour l'élaboration du "guide". Valeur aujourd'hui, il n'est pas certain que ces conclusions servent effectivement : l'important dérapage budgétaire de 1994 a accru les rigidités de décisions au lieu de les réduire et les difficultés à arbitrer les restrictions de cette année montrent que les administrations ont du mal à s'accorder sur les priorités et les méthodes d'action.

    Les conclusions des trois études sur les impacts réels des dépenses publiques sont très mitigées : les dépenses ne sont pas assez ciblées, elles manquent assez fréquemment leur but puisque les ménages à revenu faible n'ont pas ou ont mal accès aux services publics sociaux qui leur sont en principe destinés.

    Le système scolaire accroît les disparités

    En matière d'enseignement, les ménages les plus pauvres bénéficient de quatre fois moins d'aides que les ménages les plus riches et plus les élèves avancent dans le cursus scolaire plus la différence se creuse. En clair, au lieu de réduire les disparités sociales dues à l'origine familiale, le système scolaire les accroît. Un phénomène similaire est relevé pour la Santé publique, sans cependant que l'on puisse conclure sans ambiguïté que le système de santé publique accroît les disparités. Pour être rigoureux, il faut se contenter de dire qu'il les maintient en accordant 6 fois plus d'aides aux plus riches qu'aux plus pauvres. Seule la politique de l'habitat social échappe à la règle "du fonctionnement à l'envers" qui préside aux dépenses publiques en matière sociale. Quant aux subventions alimentaires transitant par la Caisse de Compensation, si le ciblage sur la farine a été amélioré, il demeure encore de très forts dysfonctionnements pour l'huile, le sucre et le gaz domestique : les ménages les plus riches sont deux fois plus aidés que les plus pauvres.

    Nadia SALAH.


    (1) Cf. L'Economiste du 4 août 1994.
    (2) Cf. L'Economiste du 18 novembre 1993 et L'Economiste du 2 mars 1992.

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