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Les dangers d'une rupture entre les Etats-Unis et l'Arabie saoudite

Par L'Economiste | Edition N°:1547 Le 25/06/2003 | Partager

Les Etats-Unis courent le risque, depuis les attaques contre le World Trade Center et le Pentagone le 11 septembre 2001, de traiter l'Arabie saoudite comme l'ennemi à abattre. Dans l'entourage du secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, certains ne cachent pas, en privé, leur conviction qu'un changement de régime à Riyad serait, à leurs yeux, tout bénéfice pour les Etats-Unis. Une telle attitude, si elle devait se confirmer, risque d'offrir à Oussama Ben Laden une victoire importante -un vrai conflit de civilisations.. Avalanche de critiques contre les Wahabites saoudiensL'avalanche de critiques, souvent très dures, visant tantôt le régime politique, tantôt les pratiques sociales ou l'interprétation particulière de l'islam qui caractérise les Wahabites, donnent l'impression que certains à Washington considèrent que la société saoudienne dans son ensemble est coupable des actes terroristes de l'un de ses fils dévoyés. Suite aux récents attentats de Riyad, les conséquences d'une telle attitude seraient d'encourager une fuite des Occidentaux du royaume où les deux plus importants groupes de résidents étrangers sont les Américains (40.000) et les Anglais (30.000). La visite officielle qu'il a faite à Riyad dans la semaine qui a suivi ces attentats suggère que le secrétaire d'Etat Colin Powell ne partage pas cette vision réductrice des choses. Oussama Ben Laden a été privé, pour l'heure, d'une crise majeure dans les relations entre les deux pays.Pour éviter que les relations entre les deux pays ne se dégradent encore, il serait bon que les Etats-Unis évitent de diaboliser le royaume, et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il devient patent, avec chaque semaine qui passe, que le renversement de Saddam Hussein par les forces américaines et anglaises a peu de chance de permettre l'émergence d'un régime irakien séculier, solide et pro-occidental en Iraq. La stabilité de la région est loin d'être assurée.L'importance énergétique du royaume n'est plus à démontrer aujourd'hui et augmentera à l'avenir. . Pas moyen de remplacer ni le pétrole… ni les pétrodollars La demande mondiale de pétrole est appelée à croître, selon les projections officielles américaines, de 14,8 millions barils/jour (b/j) en 2000 à 33,5 millions de barils/jour d'ici 2020, chiffres qui prennent en comptent des augmentations de production de pétrole importantes dans des régions autre que celle du Golfe et le développement de sources alternatives d'énergie. Le Golfe et l'Arabie saoudite verront leur part du marché mondial augmenter de 35 à 47%, la part proprement saoudienne grimpant de 14 à 18%.Il n'existe pas dans un avenir prévisible de sources d'énergie qui puissent remplacer le pétrole: un flux régulier d'or noir, à des prix modérés, reste essentiel pour assurer la croissance de l'économie mondiale. Les 2 millions de barils/jour que l'Arabie saoudite peut mettre ou retirer, aisément, du marché, restent la clé d'un approvisionnement et de prix relativement stables. Ce rôle de stabilisateur a encore récemment été souligné lors de l'effondrement des exportations de pétrole du Venezuela, suite à la crise politique que ce grand producteur d'Amérique latine a traversée l'hiver dernier.Le royaume reste, d'autre part, un partenaire commercial de poids pour l'Occident: il exporte entre 66 et 78 milliards de dollars par an et importe pour 30 milliards de biens d'équipement du Japon, de l'Europe et des Etats-Unis. Enfin, les investissements saoudiens en Occident -fonds d'Etat, produits financiers et immeubles- se montent à environ 500 milliards de dollars: une part importante de ces fonds est investie dans des bons du Trésor américains ce qui confère aux rapports entre Riyad et Washington une importance particulière.L'Arabie saoudite continue aujourd'hui d'être, malgré le départ du gros des troupes américaines, un pivot stratégique pour les Etats-Unis. Les vols de reconnaissance américains pendant le conflit avec l'Irak, le coût très bas du fuel saoudien pour les avions de chasse américains et anglais et le fait que les missiles américains aient pu survoler l'espace aérien du royaume sans encombre ne laissent pas indifférents. Contrairement à la difficulté de la famille régnante à reconnaître publiquement, après le 11 septembre 2001, que quinze des dix-neuf auteurs des attentats anti-américains étaient originaires du royaume, les dirigeants de Riyad ont rapidement rejeté sur Al Qaida la responsabilité des derniers attentats.. Al Qaida n'a plus seulement des racines saoudiennesIl n'y a pas qu'Al Qaida qui ait pris le relais des idées installées et développées en Arabie saoudite (voir encadré): en Egypte, en Asie du Sud-Est, en Afrique du Nord, d'autres groupes qui sont liés de plus ou moins près à Al Qaida ont pris le relais -d'Al Qaida et des groupes qui sont apparus dans son sillage ainsi comme des membres d'une insurrection globale plutôt que comme un groupe terroriste stricto sensu. L'Arabie saoudite a peu de prise sur ces groupes et les Etats-Unis sont d'autant plus mal venus de faire peser toutes leurs critiques sur le royaume qu'ils soutiennent des régimes musulmans détestables tels l'Ouzbékistan ou autres comme la Russie, qui réprime et ce depuis un siècle et demi, un pays dont la population est musulmane comme la Tchéchénie.Les intérêts économiques puissants qui existent entre Washington, Londres et d'autres capitales européennes et l'Arabie saoudite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale expliquent pourquoi l'Occident dans son ensemble et tout particulièrement les Américains et les Anglais sont restés profondément complices de telles pratiques dont les conséquences s'avèrent, à l'usage, catastrophiques. Les journalistes qui osaient soulever publiquement la question des flux d'argent saoudien privé qui irriguaient les caisses des partis islamistes en Tunisie et en Algérie dans les années 80 se heurtaient à une fin de non-recevoir.La diabolisation de l'autre est une pratique courante dans les rapports entre le monde arabe et occidental. Les conséquences de ce type d'attitude sont pourtant plus graves pour les pays arabes que pour l'Occident, ne serait-ce qu'à cause de la profondeur de la crise économique et sociale des pays du sud, du bas niveau d'éducation et du manque plus ou moins grand de liberté d'expression qui y sévit. Les théories de complot sont légion. Il n'est que de se souvenir qu'après la mort de Lady Di en 1997, Le Caire et d'autres capitales arabes bruissaient d'une rumeur ressentie comme une certitude: la princesse n'était pas morte dans un accident mais sur l'ordre de la reine Elizabeth qui l'aurait fait assassiner par le MI5, elle et son amant égyptien, parce qu'elle portait l'enfant d'un arabe! De telles visions manipulatrices sont le symptôme d'une profonde régression politique et intellectuelle. Les peuples arabes en font les frais. Il serait extrêmement dangereux que les Etats-Unis diabolisent et criminalisent toute la société saoudienne. Néanmoins s'il se confirme que l'Irak n'avait pas d'armes de destruction massive, pas d'armes chimiques, que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont renversé le régime irakien pour des raisons qu'ils ont inventées, alors on ne pourra que constater la régression politique de la puissante dominante. . La peur est facteur de régression Régression qui risque d'être encouragée par l'anti-américanisme virulent qui s'est emparé d'une bonne partie de l'opinion arabe. Régression qui risque aussi d'être encouragée par la peur. La peur n'est pas bonne conseillère et pour l'heure, l'opinion américaine refuse d'admettre que la guerre contre le terrorisme ne peut être gagnée uniquement au moyen d'armes lourdes ou de changement de régime. Les armes diplomatiques, économiques et sécuritaires offrent toujours une panoplie fort utile. Tenter de changer le régime à Riyad serait extrêmement risqué.L'Arabie saoudite pour sa part devra mener une révolution en profondeur tant chez elle que dans les idées que le royaume et nombre de ses richissimes nationaux propagent à l'étranger, plus particulièrement dans le monde arabe. Si elle ne parvient pas à résoudre ses problèmes économiques, elle ne cessera jamais d'offrir un terreau fertile aux extrémistes. L'hostilité américaine irait alors croissante, mais un divorce Etats-Unis/Arabie saoudite resterait, même dans de telles circonstances, extrêmement coûteux.


Le système des princes n'est plus finançable

Il est grand temps que l'Arabie saoudite et sa famille régnante acceptent de mener des réformes en profondeur, car le terreau dont se nourrit le fanatisme, ici comme ailleurs dans le monde arabe, est riche. Tout d'abord, il y a le terreau économique: les 15.000 princes qui composent la famille royale aujourd'hui et qui touchent un salaire de 19.000 livres sterling mensuels (environ 380.000 DH par mois!) chacun seront 60.000 dans une génération. Cet appauvrissement reflète, d'une manière qui confine à l'absurdité, l'appauvrissement de nombreux Saoudiens plus humbles: le revenu par tête a chuté, en dollars constants, de 23.820 dollars en 1980 à 2.563 en 2000, la population étant passée pendant le même temps de 9,6 millions à 23,5 millions -le chiffre de 36,1 millions sera atteint d'ici 2020. La proportion de jeunes de moins de 20 ans est de 53% aujourd'hui et le taux de chômage déjà élevé. Quel riche vivier de terroristes potentiels si des réformes drastiques ne sont pas menées très rapidement!Le royaume saura-t-il se mettre au travail et cesser les pratiques scandaleuses d'exploitation de la main-d'oeuvre étrangère -pakistanaise, indienne et philippine-, qu'aucun Etat occidental, encore moins arabe, n'a jamais osé dénoncer? Les dirigeants sauront-ils faire fi de la langue de bois dans ce domaine comme ils l'ont fait dans d'autre? A quoi sert-il de dénoncer les mauvais traitements que les Israéliens font subir aux Palestiniens si l'on n'ose dénoncer ceux que des millions d'immigrés en Arabie saoudite endurent depuis des décennies? . Revoir de fond en comble l'éducation saoudienneLe royaume devra améliorer la sécurité à l'intérieur de ses frontières: la vraie clef du changement ici ne peut venir que d'une réforme en profondeur du système d'éducation et de la refonte radicale des livres d'enseignement qui inculquent aux jeunes Saoudiens la haine des juifs et des chrétiens, exaltent le jihad et brosse de l'Occident un portrait tout de décadence. La classe dirigeante saura-t-elle mener une vie plus discrète et conforme aux règles qu'elle impose avec tant de rigueur chez elle quand elle séjourne dans ses villégiatures de Londres, de Marbella et de la corniche casablancaise?Depuis deux générations, des privés saoudiens font imprimer et distribuer de par le monde musulman des cassettes, des livres et autres textes qui reflètent une interprétation wahabite de l'islam. C'est une interprétation minoritaire s'il en fut, fanatiquement puritaine, intolérante et haineuse pour les chrétiens et les juifs; interprétation qui ne correspond nullement au vécu traditionnel du Maghreb, du Maroc en particulier -région de confréries soufies infiniment plus tolérantes et ouvertes vis-à-vis de l'autre. Pendant longtemps, les services officiels saoudiens offraient aux journalistes étrangers qui visitaient le royaume une copie des Protocoles de Sion, le faux antisémite le plus célèbre de l'histoire, fabriqué par la police tsariste à la fin du XIXe siècle! ------------------------------------Ancien spécialiste de l'Afrique du Nord pour le quotidien britannique des affaires, Financial Times, Francis Ghilès est Senior Fellow de la EuroArab Management School à Grenade et membre du Conseil scientifique de l'Institut de la Méditerranée à Marseille

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