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    Les coulisses de la terreur
    Vingtième partie: Oussama Ben Laden et Saddam Hussein ne font pas tout!

    Par L'Economiste | Edition N°:2096 Le 29/08/2005 | Partager

    Par sa simplicité, sa compréhension aisée et rapide par tout le monde, la machine idéologique américaine est remarquable d’efficacité: même quand rien ne désigne Ben Laden ou Saddam Hussein, ce seront les accusés des actes terroristes, des livraisons de poudre blanche ou noire, qui étaient de l’anthrax (aux Etats-Unis) ou qui ne sont (comme au Maroc) qu’une mauvaise blague. Mais cette manière de se référer immédiatement à Ben Laden ou à Saddam, rend en réalité la lutte contre le terrorisme plus compliquée, plus opaque, trop mobilisatrice de ressources et peut-être moins efficace.Le chaudron indonésien (cf. notre épisode précédent), où vivent 220 millions de personnes (le troisième pays d’Asie par sa démographie), pose d’avantage un problème de politique intérieure qu’une question de «multinationale» du terrorisme. . «Vive les kamikazes»Même remarque pour l’Arabie saoudite. Un attentat fut immédiatement attribué à Al Qaida comme celui de Bali. En réalité, il permet de mesurer à quel point l’automatisme idéologique qui consiste à tout ramener à Ben Laden empêche la prise en compte des facteurs endogènes du terrorisme: les attaques du 12 mai 2003 dans une banlieue résidentielle de Riyad. Une heure après, plusieurs milliers de personnes descendaient dans la rue et applaudissaient, pour montrer leur approbation et leur soutien au sacrifice des kamikazes! Même si l’opération visait des habitations abritant principalement des étrangers, le pouvoir n’a pas pu ne pas voir dans cette manifestation populaire spontanée un avertissement qui lui était directement adressé: un avertissement qui vaut, du reste, pour toutes les factions rivales candidates à la succession au trône, leur clientélisme, leur occidentalisation et leur corruption.“Si les personnes arrêtées dans le cadre des derniers attentats s’attendaient à quelque clémence de la part des autorités, elles ont dû vite déchanter”, nous explique un diplomate arabe en poste à Riyad. “Il faut reconnaître que l’attentat du 12 mai 2003 et, surtout la mise au jour de l’ampleur de l’implication de Saoudiens dans un activisme qui touche aux intérêts du royaume, laisseront des traces durables dans le comportement des autorités en charge de la sécurité, et du premier d’entre eux, le ministre de l’Intérieur lui-même”.. Quand les gens protègent les terroristesLe prince Nayef qui, par voie de presse, invite les coupables à se constituer prisonniers dans leur intérêt et celui de leur famille, n’hésite pas à faire appel à la population pour qu’elle coopère avec la police à la traque des terroristes. Il condamne ceux qui trompent les jeunes et les poussent à commettre de tels actes. Il adjure “les familles, les éducateurs, les responsables religieux et les médias à protéger [nos] fils des idées déviantes de l’extrémisme” et conclut: “Nous sommes tous responsables, à commencer par la famille et l’école”.Par ailleurs, le ministre saoudien de l’Intérieur n’hésite pas à mettre en cause publiquement le fondateur très fondamentaliste et très controversé du puissant groupe financier Dallah al-Baraka particulièrement visé par les enquêtes en cours. Il reconnaît que “le pays dispose désormais de certaines informations et de preuves concernant le financement, venant de l’intérieur du pays et de l’étranger, d’opérations terroristes”, et annonce la création d’un organisme national chargé de contrôler la collecte de la zakat, l’impôt religieux.On remarquera qu’au Maroc, la recherche des complices des attentats de Casablanca, le 16 mai 2003, a recueilli le soutien actif de la population, qui était majoritairement choquée par ces actes barbares. C’est un phénomène très rare dans le monde musulman. Bien qu’ayant émis, pendant quelques heures l’hypothèse «d’implications étrangères», les autorités marocaines se sont bien gardées de mettre Al Qaida en cause, et le nom d’Oussama Ben Laden n’a jamais été cité dans les communiqués officiels. Trois suspects sont arrêtés sur-le-champ, parmi lesquels un présumé kamikaze qui aurait renoncé au moment du passage à l’acte. Le 6 juin 2003, le ministère marocain de l’Intérieur annonce l’inculpation de dix-neuf nouveaux suspects dans le cadre de l’enquête. Ces islamistes prévoyaient de lancer des actions terroristes contre plusieurs centres touristiques, notamment Marrakech, Agadir et Essaouira. Par la suite, des coups de filet rapides éradiquent une partie importante des groupes extrémistes, lesquels se font repérer par des discours violents ou des appels au meurtre. Ce sont souvent les fidèles ou des voisins choqués qui signalent ces débordements.En Arabie saoudite, l’évolution est plus lente, moins bien acceptée par la population, travaillée en profondeur par le salafisme, et choquée du stationnement de soldats américains sur son territoire. Mais le fait que le prince Nayef, ministre de l’Intérieur, reconnaisse sans détour ni fioriture que “le terrorisme est devenu l’ennemi intérieur du pays” et que “pour l’éradiquer, les services de sécurité doivent combattre leurs propres fils”, constitue une petite révolution au pays de l’or noir. Ainsi, Riyad non seulement cherche à maîtriser les turbulences politiques qui accompagnent le processus de succession royale, mais surtout veut convaincre la communauté internationale, et en particulier Washington, que la monarchie remplit pleinement son rôle dans la lutte contre le terrorisme. Reste à ce que les Saoudiens ou les immigrés en Arabie saoudite jouent le jeu que la famille régnante souhaite lui voir jouer…. Poseurs de bombes, poseurs de questionsPour une fois, les actes sont conformes au discours du prince ministre de l’Intérieur: le 28 juillet 2003, la police saoudienne annonce avoir tué six activistes islamistes dans un assaut mené à l’aube contre une “planque salafiste” à Ayoune Al-Jawa, dans la région de Qassim, à 300 kilomètres au nord de Riyad.Ce nouveau comportement des autorités de Riyad interpelle en premier lieu les Saoudiens eux-mêmes, invités à s’occuper davantage de leurs propres affaires et, par conséquent, à s’engager dans un processus politique qui pourrait déboucher, à terme, sur certaines réformes essentielles à l’avenir de la monarchie. Au contraire des habituelles dénonciations incantatoires d’Al Qaida, cette “révolution saoudienne” invite aussi à prendre en compte le terrorisme comme le révélateur, voire le catalyseur, d’une situation de crise. Ce faisant, elle réactive une perspective des plus pertinentes: considérer ou plutôt reconsidérer le terrorisme à travers son essence politique, parce que les poseurs de bombes sont aussi des poseurs de questions.


    Riyad veut changer de stratégie

    Phénomène inédit dans la monarchie pétrolière: ces déclarations officielles reconnaissent l’enracinement local des attentats. L’évolution des opérations de police et la teneur des interrogatoires des suspects font désormais la Une de la presse saoudienne et donnent lieu à des éditoriaux qui tranchent avec l’habituelle langue de bois de journaux largement aux ordres du palais. Ainsi, soulignant l’urgence et l’importance du combat contre le terrorisme, le quotidien Okaz relève que “c’est une bataille qui requiert l’engagement de chaque personne vivant dans le pays”. Arah News entonne le même credo et ajoute: “Nous ne pouvons pas rester passifs face à cette menace en pensant que c’est seulement le problème des forces de sécurité. C’est notre problème à tous, parce que ce sont les gens ordinaires comme nous qui sont souvent les premières victimes de ces actes de barbarie”.Résumant le sentiment général, Al-Riyad se fait l’écho d’une certaine angoisse en affirmant: “Les membres des services de sécurité saoudiens accomplissent leur devoir, non pas contre un ennemi extérieur, mais contre des fils de notre pays, certains de nos compatriotes qui veulent répandre la mort et la destruction parmi nous”.Impensables il y a quelques mois encore, ces articles traduisent non seulement la nouvelle détermination des autorités à mener la chasse aux auteurs des attentats de Riyad, quels qu’ils soient, mais surtout leur reconnaissance du fait que les causes de ce terrorisme s’enracinent dans la société saoudienne elle-même. Le temps où chaque attentat était automatiquement attribué à des activistes chiites étrangers manipulés par Téhéran, ou à Oussama Ben Laden et ses complices, semble révolu.


    La force des ramifications locales

    Durant les semaines qui ont suivi les attaques kamikazes en Arabie saoudite, les services de police saoudiens ont entrepris d’intenses recherches pour retrouver les suspects. De nombreux Saoudiens membres du groupe islamiste de La Mecque ont été interpellés, dont trois en possession d’armes de poing et de plans de bâtiments officiels de Jeddah et de Riyad. Ali Issa, un Tchadien âgé de 25 ans séjournant illégalement dans le royaume, a été interpellé à Bawadi, un quartier de La Mecque. A son domicile, la police a saisi trois fusils d’assaut de type kalachnikov, un pistolet automatique, des munitions et deux bombes de fabrication artisanale. Ali Issa reconnaît avoir été en relation avec Isam al-Ghamdi, arrêté le 15 juin 2003 à la suite d’une fusillade, qui est probablement le chef du groupe de La Mecque. Un autre activiste de la même bande a été appréhendé dans le fief islamiste de Burayda où il s’était réfugié. Abdul Aziz al-Yahia, en possession d’un pistolet automatique et de munitions, a pu être neutralisé au cours d’un contrôle de la circulation. Il se dissimulait dans une camionnette conduite par son frère et tentait de pénétrer dans l’enceinte de l’Université Al-Imam Mohamed Ibn Saoud de Riyad.. Une épouse marocaineL’enquête a débouché également sur l’arrestation d’un ressortissant de Bahreïn, Abdul Rahim al-Mirbati, appréhendé à Médine où il se cachait avec sa famille. Ensuite, l’identification de la majorité des membres du groupe dit des dix-neuf de Riyad, impliqué dans la préparation des attentats, a permis l’arrestation de l’un de ses deux chefs: Ali al-Fagasi al-Ghamdi. Bien qu’âgé de 26 ans seulement, ce dernier est un vétéran d’Afghanistan, où il a combattu aux côtés des Talibans jusqu’à l’arrivée des troupes américaines. Il a fait ses études à l’Université Alhmam Mohamed Ibn Saoud de Riyad, qui apparaît désormais comme l’une des plaques tournantes de l’islamisme saoudien.L’interrogatoire de son épouse marocaine et de ses enfants, tous mis au secret le 29 mai, a révélé une ramification aboutissant à un sous-groupe à Médine, dirigé par trois imams: Ali Fahad al-Khudair, Ahmad Homoud aI-Khaldi et Nasser al-Fihaid. Si le procès d’Ali al-Fagasi al-Ghamdi permet de confirmer son rôle de premier plan dans les attentats du 12 mai, la police sera en mesure de mettre au jour la structure centrale de recrutement des réseaux saoudiens.Demain: Pourquoi, en dépit de tout, les Américains recherchent-ils la collaboration avec les islamistes?

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