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Les coulisses de la terreur
Seizième partie: Bush: «Donnez-moi 25 ans pour refaire la carte»

Par L'Economiste | Edition N°:2092 Le 23/08/2005 | Partager

Ceux qui n’avaient pas cru au changement stratégique d’Israël ont finalement eu raison. Tel-Aviv est revenue à sa conception initiale, prévoyant de morceler son environnement pour en obtenir la paix. C’est ce même plan qui est en cours d’exécution dans l’ensemble du Moyen-Orient, ce que ne dit pas la partie officielle de la politique américaine en direction du Monde arabe.En ce 28 mars 2003: RAS en Palestine. Non! Pas exactement “rien à signaler”, mais la routine des violences quotidiennes dans les territoires réoccupés. Deux membres des services palestiniens de sécurité ont été tués et quinze personnes blessées lors d’un raid militaire dans la bande de Gaza, où le nouveau chef du gouvernement palestinien Abou Mazen doit effectuer une visite. Nommé le 19 mars par Yasser Arafat (qui disparaîtra en novembre de la même année) au poste de Premier ministre, Abou Mazen, (qui a été élu depuis à la tête de l’entité palestinienne) incarne l’esprit des réformes institutionnelles voulues par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, après la mise à l’écart du président palestinien. Apparemment satisfaits de cette évolution, George Bush et Tony Blair annoncent depuis Camp David que la Feuille de route va être bientôt publiée (voir encadré). . Un double jeu à la Maison-BlancheMais un nouveau délai est aussitôt demandé par l’administration américaine, qui attend de juger sur pièces la composition du gouvernement que doit former Abou Mazen.Comme son père l’avait fait après la première guerre contre l’Irak en cautionnant l’ouverture du processus de Madrid puis d’Oslo, George Bush cherche à dire au monde que sa nouvelle guerre contre l’Irak n’est pas une opération anti-arabe. La preuve: il s’engage personnellement dans la recherche d’une solution au conflit israélo-palestinien. Mais George Bush y croit-il vraiment? La première phase de la Feuille de route prévoit un gel de toutes les activités de colonisation israélienne, or Ariel Sharon a déjà exprimé à plusieurs reprises son refus d’arrêter une colonisation qu’il juge toujours historiquement légitime. Ce même Sharon qui disait, dans les années soixante-dix, à propos de la colonisation dont il fut le grand promoteur: “Donnez-moi vingt-cinq ans, et la carte aura tellement changé que ni les Nations unies, ni les Etats-Unis, ni aucune force au monde ne pourra remettre en cause les faits accomplis sur le terrain”.Et le gouvernement israélien prépare déjà des clauses restrictives à la mise en application du texte et rédige une Feuille parallèle, reprenant les grandes lignes du plan intérimaire dont rêve Ariel Sharon: restitution de 40 % seulement des territoires occupés; morcellement de la Cisjordanie et de Gaza en bantoustans, mettant définitivement fin à l’idée d’un Etat palestinien viable, doté d’une continuité territoriale et de frontières reconnues. Plus grave encore: durcissement de la répression et intensification des opérations de l’armée israélienne en Palestine, dégradation dont plus personne ne parle, les télévisions mondiales étant toutes mobilisées par la retransmission en direct de la guerre contre l’Irak. A la fin du printemps 2003, le sommet du G8 d’Evian en France n’est pas encore achevé que George Bush se rend aux sommets de Charm-el-Cheikh en Egypte et d’ Aqaba en Jordanie… Comme si la mise en oeuvre de la Feuille de route, après la guerre d’Irak, constituait le nouvel objectif prioritaire de la coalition américano-britannique, visant à la reconfiguration d’un Proche-Orient tel que le prévoit Washington, avec ses seuls partenaires adoubés; l’Egypte, la Jordanie, l’Arabie Saoudite, Bahreïn et un Abou Mazen lui aussi adoubé contre un Yasser Arafat, enfermé depuis plus de deux ans dans les bâtiments de la Moquataâ à Ramallah, et que Washington et Tel-Aviv s’obstinent à vouloir faire disparaître.5 juin 2003: George Bush réussira-t-il là où avait échoué Bill Clinton? L’entourage de l’actuel président américain multiplie petites phrases et confidences sur la sincérité et le désir de paix de son patron. Cette fois, il ferait preuve d’une détermination sans faille pour trouver une issue au conflit israélo-palestinien, prioritaire à ses yeux. Le 3 juin, le Président américain avait obtenu des cinq dirigeants arabes (qu’il trouve fréquentables!) un soutien à la Feuille de route et une condamnation de “ toutes formes de terrorisme”. On pose ainsi l’équation recherche de la paix = lutte contre le terrorisme. Ce faisant, les mêmes partenaires acceptent sans broncher la définition américaine du terrorisme et sa nouvelle priorité stratégique, sans plus faire une seule référence au droit légitime du peuple palestinien à la résistance, n’établissant plus la distinction qu’ils faisaient traditionnellement entre terrorisme et lutte contre l’occupation par une armée étrangère. Les attentats du 11 septembre 2001 sont passés par là, les dernières attaques kamikazes de Riyad et Casablanca aussi. Les mêmes dirigeants arabes ont toutefois refusé de désavouer Yasser Arafat et de normaliser leurs relations avec Israël, comme le leur demandait à nouveau George Bush.Mais sur le terrain les choses se durcissent: derrière les discours officiels de bonne volonté, les colons continuent de s’emparer des terres et des villages palestiniens. En moins d’un ans, la surface contrôlée par les colons a augmenté de plus de 10%.. Menue monnaie pour le grand soukLa presse palestinienne a condamné en juin 2003 les encouragements d’Ariel Sharon à construire “discrètement et sans l’annoncer”, ainsi que les propos d’Effie Eitam déclarant: “La construction en Judée et en Samarie doit se poursuivre; l’arrivée de chaque nouveau colon doit être considérée comme une croissance naturelle, qui ne saurait se limiter aux seules naissances”. D’autres responsables palestiniens soulignent que cette politique israélienne du fait accompli risque de rendre impossible la création d’un Etat viable. “Lorsque nous arriverons à la phase deux de la Feuille de route, nous nous apercevrons que nous sommes en cage et qu’il ne restera plus grand-chose à négocier”, explique Khalil Toufakji, res-ponsable de la Maison d’Orient. Il ajoute: “L’attitude complice des Etats-Unis, qui cautionnent le financement de la poursuite de la colonisation, crée l’obstacle principal à la réalisation de la vision du président George Bush”. Tous ces occupants illégaux, mais encouragés par le gouvernement israélien, serviront de menue monnaie dans le grand souk de la reconstruction du Moyen-Orient. Autant de craintes légitimes face à des comportements qui contredisent radicalement ce que la presse internationale a salué comme l’esprit d’Aqaba. En définitive, l’ambiguïté et les non-dits laissent subsister un espoir très médiatisé, qui permet de créer l’illusion du mouvement, ce qui rappelle fâcheusement le contexte et les difficultés qui firent tourner court l’engagement personnel de Bill Clinton. Mais l’exercice diplomatique représente moins la recherche d’une solution politique et territoriale viable pour les deux parties qu’une étape dans la lutte contre le terrorisme, une étape de la guerre sans fin chère aux faucons de l’administration Bush. Il est significatif qu’en recevant Ariel Sharon à Washington le 29 juillet 2003, le président américain ait donné son feu vert à la poursuite de la construction du mur dit “barrière de sécurité”, officiellement destiné à enserrer la Cisjordanie pour protéger Israël des attaques terroristes. Long de 130 kilomètres, le premier tronçon a été achevé durant l’été 2003. Circonstances annexes: se hasardant à des “méandres” de construction pour protéger certaines colonies juives de peuplement, le mur -déplorent les Palestiniens, mais aussi des organisations humanitaires israéliennes- permet à Israël d’annexer sans mot dire 2,9 % supplémentaires du territoire de la Cisjordanie. En outre, la construction de l’édifice s’accompagnait de la mise en place d’infrastructures de sécurité diversifiées. La guerre sans fin contre le terrorisme n’entraîne pas seulement des opérations militaires, elle génère aussi une approche carcérale qui est celle d’une pure et simple politique d’apartheid.


Que prévoyait la «Feuille de route» pour la Palestine?

La Feuille de route, ou plan de paix du Quartette (Etats-Unis, Russie, Union européenne et Nations unies), constituait le seul espoir d’un retour à la négociation politique. Dès décembre 2002, l’Union européenne et la Russie ont demandé sa publication immédiate. Mais 1’administration américaine a refusé, arguant de la tenue des élections israéliennes en janvier 2003, qu’il ne faudrait pas perturber. Le document prévoit un processus en trois étapes, devant aboutir d’ici à 2005 à la création d’un Etat palestinien viable aux côtés d’Israël.Première étape: fin du terrorisme et de la violence, normalisation de la vie pour les Palestiniens et création de leurs institutions; Israël gèle la colonisation et se retire des secteurs réoccupés depuis septembre 2000; la direction palestinienne appelle à un cessez-le-feu inconditionnel et reconnaît à Israël le droit d’exister en paix.Deuxième étape: des élections palestiniennes sont organisées; le Quartette convoque une conférence internationale pour relancer les efforts de paix au Proche-Orient.Troisième étape: une seconde conférence, début 2004, doit présider à la création d’un Etat palestinien aux frontières définitives avant 2005; le sort de Jérusalem, des réfugiés palestiniens et des colonies devait aussi être réglé; les pays arabes normalisent leurs relations avec Israël.En principe, la Feuille de route ne pouvait pas se doubler d’une nouvelle phase de négociations portant sur les modalités de son application, mais doit être appliquée telle quelle. La Feuille de route n’est jamais vraiment entrée en vigueur, remplacée par la «saddamisation» d’Arafat, c’est-à-dire une entreprise de disqualification de l’homme face à ses propres troupes comme face à l’opinion internationale. Le processus n’a été interrompu que par la mort du leader palestinien.


Maximiser l’occupation

D'une manière générale, la construction de nouvelles unités d’habitations israéliennes en Cisjordanie s’est poursuivie à un rythme sans précédent, depuis le début de l’an 2000 et jusqu’à la mi-2004. Cette politique de construction est officiellement menée au nom de la croissance dite «naturelle», alors que la population des colons, elle, augmente très faiblement. On dénombre en 2003, 226.000 colons contre 215.000 en 2001. Et le mouvement La Paix maintenant affirme que «au moins un quart des logements existants sont vides». Le ministre du Logement Effie Eitam (NRP, par ailleurs, porte-parole des colons) ne cessait d’annoncer des plans gou-vernementaux prévoyant la construction de nou-velles unités en Cisjordanie, parfois en nombre très important: plus de 11.000 logements dans un seul programme par exemple. Les colonies isolées ne sont pas oubliées. Quelques jours après les propos (cf. ci-contre) d’Ariel Sharon en mai 2003 sur une possible évacuation de Beit-El et Shilo au nord de la Cisjordanie, deux projets du ministère du Logement déterminent une nouvelle extension: 112 pour Beit-El et 40 pour Shilo. Au coeur de la ville d’Hébron, la colonie de Tel-Rumeida continue elle aussi de s’étendre.Enfin, le chantier de la route de contournement de l’est de Bethléem entre Har-Homa et Tekoa-Noqdim, appelée route Liebermann, du nom du ministre d’extrême droite résidant à Noqdim, progresse également. Les terres du village de Zaatara et de la ville de Beit-Sahour sont amputées par ce chantier qui coupera Bethléem de son arrière-pays agricole et achèvera l’encerclement du district par un réseau de colonies et de routes secondaires de contournement des villages palestiniens.Demain: Des objets juridiquement non identifiés…

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