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    LES CAHIERS DE L’EMERGENCE
    Une fiscalité écologique à l’étude
    Entretien avec Saïd Mouline, directeur général du CDER

    Par L'Economiste | Edition N°:3171 Le 16/12/2009 | Partager

    . En première ligne, le programme d’efficacité énergétique. Des labels seront institués pour les appareils électro-ménagers. 21 milliards de DH à économiser sur la facture énergétiqueLe Centre de développement des énergies renouvelables (CDER), transformé en agence, est en première ligne dans la réalisation de l’objectif de l’efficacité énergétique fixé par le gouvernement. Son directeur général, Saïd Mouline, explique comment les entreprises et les ménages seront touchés. Entretien. - L’Economiste: Bien des gens ont été surpris que le CDER ne soit pas investi du pilotage du plan de développement des énergies solaires. Quel est votre positionnement?- Saïd Mouline: La vocation du CDER n’a jamais été de produire de l’énergie ou de se transformer en électricien. Contrairement aux apparences, la création d’une agence chargée des énergies solaires ne touche pas à notre périmètre d’intervention car la production de l’énergie, quelle que soit la source -solaire, charbon, éolien ou hydraulique- relevait des missions de l’ONE. Ce qui change dans le nouveau schéma, c’est que c’est une entité spécialisée, et non plus l’ONE, qui pilotera de bout en bout les projets concernant l’énergie solaire, du lancement des appels d’offres à la réalisation des unités de production. L’avantage est que les industriels auront le même interlocuteur pour de très nombreuses années. La mission du CDER consistait à mener des projets pilotes et de voir ce qui peut être développé dans le contexte marocain. Il y a 15 ans, nous avons eu du mal par exemple à convaincre l’ONE de se lancer dans l’éolien. Il avait peut-être estimé que les conditions de rentabilité n’étaient pas réunies.- Comment expliquez-vous la réticence de l’électricien marocain envers l’éolien? Avec le recul, pensez-vous qu’il a fait preuve de manque d’anticipation?- C’est trop facile d’apprécier après coup. Le management de l’ONE avait peut-être estimé que se lancer dans l’éolien était beaucoup trop coûteux à l’époque. Plusieurs projets lancés ont été reportés, voire abandonnés. Ce n’est qu’en 2000 qu’un premier projet privé verra le jour, le parc d’Al Koudia Al Baida. Il aurait été souhaitable de lancer dès cette époque tout un programme, mais plusieurs projets d’éoliens ont été repoussés, voire annulés. Pendant ce temps, l’Espagne s’était lancée dans un vaste programme éolien. A l’époque, elle produisait 1.000 mégawatts (MW) par an, aujourd’hui, elle en est à 16.000 mégawatts alors que le Maroc en est encore à 300 MW. Les cimentiers ont été les premiers à investir dans la production de l’énergie éolienne pour laquelle ils ont consacré 400 millions de dirhams. Et d’autres industries s’y intéressent, comme les minières et les sidérurgiques. La création d’une agence dédiée à l’énergie solaire nous permettra d’éviter les erreurs qui nous ont fait rater le virage de l’intégration industrielle dans l’éolien. J’en suis convaincu.- Reste à trouver les investisseurs prêts à mobiliser d’importantes ressources financières. - Je n’ai pas d’appréhension à ce sujet. Le plan de développement du solaire que vient de lancer le Maroc bénéficie d’une belle fenêtre d’opportunité au niveau international. Par ailleurs, le secteur des énergies renouvelables peut, non seulement compter sur des financements publics, mais aussi d’apports privés. Tout récemment, la Banque mondiale a alloué 150 millions de dollars au Maroc pour les projets qui permettent de réduire les émissions de carbone. Ce type d’initiative intéresse les entreprises de tous les secteurs, et l’industrie en particulier, car, in fine, elle permet de réduire le prix du kilowattheure et d’améliorer la compétitivité des entreprises. - Demain, le solaire sera donc la garantie d’une électricité bon marché…- Cela ne fait aucun doute. Le rapprochement avec l’Espagne où plusieurs centrales solaires ont été réalisées est un bon exemple. L’Etat espagnol a garanti un tarif de rachat aux investisseurs, ce qui a viabilisé économiquement les projets en leur assurant une rentabilité. C’est un schéma basé sur la subvention, où le prix du KW est garanti à pratiquement 3 dirhams. Ces mêmes projets menés au Maroc pourraient réduire le coût de sortie de ces centrales de façon considérable car le Royaume jouit d’un ensoleillement 30% plus important que celui de l’Espagne, en plus d’un foncier beaucoup moins cher. Il reste que ce type d’investissement ne peut s’inscrire que dans une logique régionale. A nous de convaincre les Européens de produire leur énergie chez nous car le deal est gagnant-gagnant: en produisant de l’énergie bon marché chez nous, vous améliorez la compétitivité de vos entreprises, vous créez des emplois et vous limitez l’immigration clandestine.Par ailleurs, sur le plan économique, l’impact sur notre facture énergétique (71 milliards de dirhams en 2008) serait important. Si l’on y défalque 12% d’efficacité énergétique et 20% d’énergie produite par le renouvelable (le tout, en réduisant les émissions de carbone), le Maroc réaliserait 21 milliards de DH d’économies sur sa facture énergétique. - Pour les ménages, le ticket d’entrée du solaire est encore trop élevé. Comment le rendre plus accessible?- Aujourd’hui, tout le monde est conscient qui si l’on veut encourager l’efficacité énergétique et accompagner le développement durable, il est nécessaire de mettre en place des mesures concrètes. Pour cela, une série de subventions est à l’étude. Notre rôle en tant qu’agence sera d’étudier les guichets pour ces subventions: fiscalité écologique, crédit d’impôt... sont autant de pistes qui sont à l’étude. A travers une fiscalité écologique, il faut accompagner les produits que nous voulons sur nos marchés, et surtaxer ceux dont nous ne voulons pas.- Concrètement, comment l’efficacité énergétique sera-t-elle déclinée dans les entreprises?- Nous allons nous appuyer sur des spécialistes -des cabinets agréés- car chaque secteur a sa propre manière de consommer de l’énergie. Le but est de travailler sur les gisements d’économies. Beaucoup d’opérateurs ne connaissent pas leur photographie énergétique, ils ne savent pas non plus s’ils sont au-dessus ou en dessous des normes, ni s’ils consomment plus que la «normale». La première étape sera de procéder à un audit énergétique avec l’objectif de convaincre l’entreprise d’investir pour la mise en œuvre des recommandations. L’agence aura un rôle d’accompagnement, de facilitation et de levée de barrières. Pour encourager les industriels, nous étudions la possibilité de subventionner les audits énergétiques. Mais il faudra forcément des incitations car le plus important est d’appliquer les conclusions des audits, condition sine qua non pour atteindre l’objectif de 12% en 2020. De l’expérience passée des audits énergétiques, il s’est avéré que la contrainte principale à la mise en œuvre des recommandations était financière car celles-ci nécessitaient de lourds investissements de mise à niveau.


    Normes, labels pour l’industrie

    - L’Economiste: Allons-nous instituer nos propres normes et labels pour l’électroménager, ou adopter ceux qui existent déjà en Europe? - Saïd Mouline: Les normes et labels relèvent du ministère du Commerce et de l’Industrie. Au niveau du CDER, nous exposons ce qui se pratique dans d’autres pays et nous faisons des propositions sur ce qui peut être fait dans le contexte marocain. Même si nous avons les mêmes préoccupations que nos homologues européens, nous aurons nos propres normes nationales. L’Union européenne va interdire les lampes incandescentes à partir de 2010. On finira par y arriver nous aussi, car il est hors de question d’être, comme pour les automobiles il y a quelques années, «la poubelle» d’autres pays. Le piège serait de caler sur l’échéance européenne. Dans ce processus, il faut commencer d’abord par sensibiliser avant de contraindre. Un programme de lampes basse consommation est déjà en cours en collaboration entre les sociétés de distribution et l’ONE. Mon sentiment est que l’on arrêtera d’utiliser les lampes incandescentes avant leur interdiction.


    Le Cder change d’envergure, mais pas de moyens
    . Avec plus de missions, les ressources de l’agence sont identiques à celles du CDERL’Agence des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique qui succède au Cder (Centre de développement des énergies renouvelables) a été créée par la loi, mais elle n’est toujours pas opérationnelle à ce jour. Même pour le siège, il faudra attendre. Pour l’instant, la direction générale est hébergée au ministère de l’Energie. Le quartier général sera basé à Rabat, le centre de Marrakech sera entièrement dédié à la formation et la labellisation.Plus que l’appellation, le changement touche aussi l’envergure de la structure. Mais le budget, lui, n’en a pas encore tenu compte: 17 millions de dirhams pour l’investissement et 22 millions pour le fonctionnement. Bref, comme à l’époque du Cder. Or, la transformation en agence implique des moyens financiers et humains supplémentaires. Il va falloir recruter des experts de haut niveau et leur assurer de bonnes conditions de travail, observe le directeur général, Saïd Mouline. Celui-ci attend une rallonge qui intègre ces nouvelles missions, il se montre optimiste: «Lorsque l’agence sera effective, elle aura aussi accès au Fonds de développement énergétique pour accompagner les politiques d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique», explique-t-il. Outre la sensibilisation et la formation, l’agence a pour missions l’accompagnement et la mise en place des standards, c’est-à-dire, la labellisation. Par rapport au Cder, l’agence gagne en périmètre d’action et se positionne plus comme un prestataire de services. L’ex-Cder était chargé de développer des projets pilotes et d’explorer des niches d’énergies renouvelables exploitables. On lui doit les premières réflexions sur l’électrification dans les zones rurales par l’installation de panneaux solaires. L’Agence des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique sera au service des particuliers, des administrations, en plus, elle assurera la fonction de communication et de sensibilisation. Des missions auprès des universités et des écoles vont être menées afin de créer des filières spécialisées dans le domaine des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Des actions à l’Ecole pratique des mines de Touissit à Oujda ont déjà été entamées afin de former des ingénieurs aux nouveaux métiers de l’environnement. De plus, un master est en cours de création à l’Ecole nationale de l’industrie minérale (Enim), en partenariat avec le ministère de l’Energie et des Mines. La colonne vertébrale de l’action de l’agence est l’efficacité énergétique (voir aussi interview). La priorité a été donnée à trois secteurs: l’industrie, le transport et le bâtiment. L’un des principaux chantiers sera alors de convaincre les industriels d’opter pour une démarche d’efficacité énergétique. Une étude l’efficacité énergétique dans les transports a été diligentée par le gouvernement. En attendant, l’agence «peut démarrer son action dès 2010 sur la base du fonds de développement de l’énergie».

    Combien émettez-vous de gaz à effet de serre?

    La nouvelle agence des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique souhaite développer un nouveau mode d’étiquetage. «Il est souhaitable que chaque citoyen, lorsqu’il achète un produit d’usage commun, ait, en plus d’une indication de prix, une autre sur ce qu’il émet en gaz à effet de serre», confie Saïd Mouline. Il faudra évaluer alors l’impact de l’instauration d’une empreinte écologique sur les biens de consommation, et donc son impact sur les industries. En France, la chaîne de distribution Casino a lancé en 2008 le premier étiquetage environnemental. Plus d’une centaine de produits ont été concerné par cette opération.A.Ak & A.S.

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