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International

Les banques européennes sont la cause de la crise financière…
Par Daniel Gros

Par L'Economiste | Edition N°:3363 Le 16/09/2010 | Partager

L’Europe est l’épicentre du deuxième acte de la crise financière mondiale qui s’est transformée en crise de la dette souveraine à l’intérieur de la zone euro. Comment cela a-t-il pu se produire, alors qu’en théorie tous les problèmes semblaient résolus à l’issue du sommet extraordinaire de l’UE en mai dernier (Eurogroup, 17 et 18 mai 2010); c’est à ce sommet que fut décidé de la création du Fonds de soutien à la zone euro, l’EFSF (European Financial Stability Facility), avec un financement proche de mille milliards d’euros?Si elle utilisait toutes les ressources promises (750 milliards d’euros, y compris l’apport du FMI), l’UE pourrait refinancer en totalité pendant deux ans tous les pays en difficulté à l’entrée de l’été (le Portugal, l’Espagne et l’Irlande). Par ailleurs, la Banque centrale européenne, la BCE, a affiché sa volonté d’acheter des obligations d’Etat (et des obligations privées) au cas où elle estimerait que le fonctionnement des marchés est entravé. Mais cette annonce massive n’a pas calmé les marchés, pourquoi?

Reconnaître la vérité
Une raison clé de la nervosité des marchés financiers européens tient au fait qu’officiellement il n’y a aucun problème. Officiellement la Grèce n’a pas de problème de solvabilité et n’envisage pas de restructurer sa dette publique. De la même manière, en Espagne il n’y a pas de problème de capitalisation du secteur bancaire (voir encadré).La première règle pour traiter les turbulences des marchés financiers est de reconnaître la vérité et l’ampleur du problème. L’expérience grecque montre que nier le problème peut générer une spirale de hausses des primes de risque qui s’autoalimentent et une baisse de la confiance.De ce point de vue, la publication des résultats des tests de résistance auxquels ont été soumises les 100 plus grandes banques de l’UE a été un véritable pas en avant. Mais il a été contesté et pour cause (voir encadré).Au lieu de sécuriser les dettes publiques de l’Espagne et de la Grèce, on prévoit d’utiliser le fonds européen au secours des Etats qui en ont besoin pour sauver leurs banques. Mais étant donné le rapport de 1 à 20 entre le passif et le capital dans le secteur bancaire, cette mesure nécessiterait des moyens financiers astronomiques: alors qu’il faudrait moins de 450 milliards d’euros pour compenser les pertes potentielles de la Grèce et de l’Espagne, il faudrait 9.000 milliards d’euros pour garantir la dette du secteur bancaire de la zone euro afin de maintenir sa stabilité!
Recapitalisations des banques
Autrement dit, un test rigoureux de la résistance des banques de la zone euro suivi par une recapitalisation obligatoire pour celles qui sont trop fragiles nécessiterait beaucoup moins d’argent public que de continuer à les garantir toutes.L’Europe n’échappera pas à la crise de ses marchés financiers si elle ne redresse pas son secteur bancaire. Malheureusement, les responsables politiques ont par deux fois adopté des points de vue erronés sur la crise parce que ça leur convenait sur le plan politique: la première fois en 2007-2008 ils ont déclaré que la crise financière venait des USA, et aujourd’hui ils attribuent la crise à une politique budgétaire irresponsable des pays du sud de la zone euro.Le véritable problème réside dans l’insuffisance dramatique de capitalisation du système bancaire de l’UE qui de ce fait ne peut supporter aucune perte. Or le niveau d’interconnexions est tel qu’un problème dans un pays peut rapidement mettre en danger tout le système. Si l’on ne prend pas à bras-le-corps le problème du bilan comptable des banques, les marchés financiers resteront instables.

Banques dangereusement sous-capitalisées

Mais il y a une deuxième raison bien plus inquiétante à l’origine de l’instabilité des marchés financiers: de larges secteurs du système bancaire européen restent très sous-capitalisés. Selon les chiffres de la BCE, le montant du passif des banques de la zone euro (dettes interbancaires inclues) est 20 fois plus élevé que celui de l’ensemble de leurs capitaux et de leurs réserves. Autrement dit, le montant des créances douteuses est 20 fois plus élevé que celui des pertes en capitaux auxquels pourraient être confrontées prochainement certaines banques.Dans le pire des cas, les pertes de la Grèce et de l’Espagne ne dépasseront pas 450 milliards d’euros. Les fonds mobilisés dans le cadre de l’EFSF, 750 milliards d’euros, seraient amplement suffisants pour y faire face, dans la mesure où ces pertes potentielles sont clairement identifiées et les fonds nécessaires leur sont affectés. Mais ce n’est pas l’approche actuelle; d’ailleurs les résultats du stress test ont été contestés.


Tout ce remue-ménage pour si peu!?
La force de frappe financière des pouvoirs publics européens, mobilisée lors de l’Eurogroup de mai dernier, a laissé les marchés imperturbables. Les «spreads» [écarts de rendement entre l’obligation high yield et un emprunt d’Etat de même échéance] relatifs aux obligations d’Etat espagnoles ont continué d’augmenter et sont devenus plus importants qu’avant l’annonce de la création de l’EFSF. De plus, sont apparus des signes de tension sur le marché interbancaire; ils traduisaient le manque de confiance dans l’idée que le système est restauré. Ainsi, de plus en plus de banques préféraient-elles confier leurs dépôts à la BCE plutôt que de prêter à d’autres banques.L’explication était simple: les problèmes qui sous-tendent la crise (l’état précaire des finances publiques grecques et celui du secteur immobilier espagnol) n’étaient pas résolus, alors qu’ils auraient dû l’être sans grande difficulté dans un contexte pan-européen. La Grèce ne représente que 2% de l’économie de la zone euro. Même si elle ne parvient pas à rembourser sa dette et si sa valeur de rachat n’atteignait que la moitié des pertes (environ 150 milliards d’euros), cela ne constituerait que 1,5% du PIB de la zone euro!Le problème espagnol aurait pu (et pourrait encore) être plus grave, même si selon les estimations officielles, les pertes du système bancaire espagnol ne s’élèvent qu’à 100 milliards d’euros. En Espagne le véritable problème est ailleurs: il est dans l’exposition des banques françaises, allemandes et autres au secteur immobilier espagnol. Beaucoup de prêts auprès de promoteurs espagnols devront être annulés. Néanmoins, dans le pire des cas, les pertes combinées des banques espagnoles et des autres banques qui interviennent dans l’immobilier espagnol n’excéderont pas 3% du PIB de l’UE. Aussi, la véritable question est-elle de savoir pourquoi des problèmes à la périphérie de l’Europe, des problèmes que l’on peut traiter, ont-ils paralysé tout le système bancaire de la zone euro. On n’imagine pas un effondrement du système bancaire américain simplement à cause d’une bulle immobilière en Californie ou le Michigan (dont la taille est voisine de celle de la Grèce) devenir insolvable.Copyright: Project Syndicate, 2010Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz
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