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    Economie Internationale

    Les «entreprises de tradition» allemandes menacent de tomber

    Par L'Economiste | Edition N°:646 Le 25/11/1999 | Partager

    · L'Allemagne ne s'est pas encore relevée du choc de l'OPA de Vodafone AirTouch sur Mannesmann que le numéro deux du bâtiment annonce sa faillite


    Après l'affaire Mannesmann, le capitalisme rhénan doit affronter un second choc. Les grandes banques du pays peinent à s'entendre pour sauver l'entreprise Holzmann, numéro deux du bâtiment allemand. De ce fait, au moins 28.000 emplois (dont 17.000 en Allemagne) seront supprimés. Au moment même où l'Allemagne s'indigne du raid de l'anglo-saxon Vodafone Airtouch contre Mannesmann, c'est une autre «entreprise de tradition» qui menace de tomber, par la faute cette fois-ci de ses dirigeants et des banques nationales.
    La Direction de Holzmann a dû annoncer hier la mise en faillite de l'entreprise, faute d'avoir pu réunir les 3,3 milliards de Marks (11 milliards de Francs) qui auraient été nécessaires à un plan de sauvetage. Sur plusieurs de ses 1.200 chantiers actuels en Allemagne, parmi lesquels la construction des immeubles de bureaux du Parlement à Berlin, le travail a cessé. Les ouvriers sont partis spontanément manifester, d'autant plus rageurs qu'ils ont tout tenté pour sauver l'entreprise. Le conseil d'établissement, représentatif des salariés, avait proposé de réduire les salaires de 6% et repasser de 38 à 43 heures de travail par semaine, jusqu'en 2001.

    «C'est une honte sans pareille», s'étranglait hier le président du conseil d'établissement Jürgen Mahneke. Quatre semaines avant Noël, on laisse tomber 17.000 salariés et leurs familles, sans compter tous les emplois des sous-traitants. Près de 30.000 d'entre eux sont menacés par la faillite Holzmann. «Je ne comprends pas les banques et les hommes politiques qui nous ont laissé tomber», enrageait Jürgen Mahneke. De fait, le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder a d'abord réagi comme Lionel Jospin face à Michelin: «Le gouvernement fera tout ce qu'il peut, mais il ne peut pas grand-chose», a-t-il déclaré à Berlin, avant d'envoyer tout de même un secrétaire d'Etat tenter une négociation de la dernière chance avec les banques. «Je pense que le trou qui reste à financer pour sauver le groupe peut encore être comblé», assure Schröder dans une interview au journal Bild.
    Toute la nuit, les 20 principales banques créancières et la Direction du groupe avaient déjà cherché à monter un plan de sauvetage, mais se sont séparées au petit matin, en se renvoyant la faute. La Deutsche Bank, deuxième actionnaire de Holzmann (15% du capital) et principale créancière, était prête à avancer près de la moitié des 3 milliards de Marks nécessaires et reproche aux autres de ne pas avoir fait le nécessaire. Elle a laissé entendre que la Commerzbank laisse tomber Holzmann pour faciliter sa reprise par des concurrents, le numéro un du bâtiment Hochtief par exemple. La Commerzbank a riposté accusant la Deutsche Bank d'avoir dissimulé les difficultés de Holzmann. Hochtief a démenti vouloir reprendre son rival dans la panade, ce qui n'a pas empêché son action, comme celle des principales autres firmes allemandes du bâtiment, de progresser hier à la Bourse de Francfort, dans l'espoir qu'elles profitent de la disparition d'un gros acteur.

    Cette dernière crise de Holzmann, dans une histoire déjà riche en drames, s'est ouverte il y a une semaine seulement, lorsque la Direction a annoncé avoir soudain découvert dans les comptes un trou potentiel de 2,4 milliards de Marks. L'actuel président du directoire, Heinrich Binder, nommé en 1997 pour assainir l'entreprise, assure avoir été lui-même surpris par ce trou, résultat selon lui des maquillages commis par l'ancienne direction, contre laquelle il a déposé plainte. Cette faillite rappelle étrangement celle en 1994 de Schneider, empire allemand de l'immobilier, que les banques avaient mal surveillé. Accusée d'avoir fermé les yeux sur les erreurs et fraudes de Schneider, la Deutsche Bank, première banque privée d'Allemagne était déjà en première ligne.


    Holzmann, une entreprise de 150 ans


    La firme Holzmann naît en 1849, un an après la révolution politique avortée de 1848, mais aux premières lueurs de la révolution industrielle allemande. Son fondateur, Johann Philipp Holzmann, a pressenti le boom du bâtiment que l'industrie, les chemins de fer et la croissance des villes vont susciter. Sa coopération avec la Deutsche Bank se noue dès 1873: la banque l'aide à financer le chemin de fer de Bagdad, puis à surmonter l'hyperinflation de 1923 ou la crise de 1929.
    Avec l'arrivée des Nazis au pouvoir en 1933, les affaires de Holzmann repartent: la Direction se plie aux nouvelles règles, profite des grands travaux lancés, puis de la main-d'oeuvre bon marché des travailleurs forcés. Après la guerre, portée par le «miracle économique» allemand, Holzmann reprend son expansion, et s'aventure à l'étranger, de plus en plus imprudemment. En 1989, le rachat de Nord France creuse un grand trou dans ses comptes. La folie des grandeurs emporte l'entreprise, qui emploie plus de 48.000 salariés dans le monde entier à son apogée en 1996. Depuis, le groupe était déjà sur le repli, revenu à 28.000 emplois, sans réussir pour autant à retrouver son équilibre.

    Lorraine MILLOT
    Syndication L'Economiste-Libération (France)

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