Politique Internationale

L'épopée du poireau à travers les civilisations

Par L'Economiste | Edition N°:522 Le 04/06/1999 | Partager

· Néron, amoureux du poireau fût surnommé le «porrophage»
· Chez les Pharaons, il ornait les fresques des sépultures


Si l'origine du poireau demeure incertaine, ce légume a fait partie de la vie quotidienne des hommes depuis des millénaires. La culture l'a peu modifié et il est d'une rusticité à toute épreuve, passant l'hiver dehors même par les froids les plus intenses, car il peut geler et dégeler sans inconvénients.
Assyriens, Egyptiens, Chinois le consommaient bien longtemps avant notre ère et on affirme que durant la fuite en Egypte, les Juifs regrettaient trois choses: les concombres, les melons et les poireaux.
Lorsque le Pharaon Chéops voulut honorer un guérisseur qui l'avait soulagé d'une infection urinaire, il lui accorda comme honoraires mille poires, cent cruches de bière, un boeuf et cent bottes de poireaux.
Le poireau était en effet particulièrement florissant en Egypte et de nombreuses fresques funéraires en représentent une botte à côté d'un bouquet d'oignons parmi les produits de la terre que le rituel prescrivait d'offrir aux divinités du séjour du sommeil et des ténèbres. Il était l'objet de soins assidus des maraîchers, tels que démontrés par le papyrus des métiers, se levant à l'aube pour aller l'arroser.
Cousin du lis, le poireau a été adopté comme emblème par les Gallois en souvenir d'une bataille décisive qui les opposa aux Saxons en 640. Les deux armées étaient vêtues de rouge, et pour se reconnaître, le général gallois fit mettre au chapeau de tous ses soldats un poireau pris dans un champ voisin. Les troupes victorieuses décidèrent de faire du poireau leur emblème et il l'est resté jusqu'à nos jours.
Aristote, le célèbre philosophe, affirmait que le cri perçant des perdrix était la conséquence de leur goût pour les poireaux dont la consommation régulière éclaircit la voix. Néron suivit cette remarque à la lettre et fût surnommé le «porrophage», car il prenait chaque jour force de bouillons de poireaux pour tenter de charmer son public en jouant les divas...
Très prisé au Moyen-Age, le poireau devint un élément précieux pour apporter des saveurs en un temps où la gamme des produits alimentaires était fort limitée. Pendant longtemps, il fût surnommé «l'asperge du pauvre» et relégué aux bouillons accompagnés de carottes et de pommes de terre. Heureusement, les grands chefs ont su mettre en valeur sa saveur et lui restituer ses lettres de noblesse.

Radia LAHLOU (AFP)


Vertus


Vitamines B1, B6, C, fer, calcium, phosphore, magnésium, potasse, manganèse, soufre, silice, cellulose, la composition du poireau est riche et lui confère de nombreuses vertus. En usage interne, c'est un reconstituant dépuratif extraordinaire. Pendant trois semaines, faire cuire trois poireaux non traités dans un litre d'eau non salée et en boire le bouillon. Cette cure procure un corps neuf débarrassé de ses impuretés. Il élimine les acides uriques et toxines, fait merveille contre les rhumatismes, arthrite, arthrose, goutte et infections urinaires, ainsi que le diabète et l'obésité. Il soigne aussi la diarrhée et les estomacs pâteux des lendemains de fête.
On y ajoute du miel pour guérir la toux et l'enrouement à raison de trois verres par jour. En usage externe (suc de poireau et mie de pain), il est employé pour des cataplasmes contre les abcès et furoncles. Mais aussi pour soigner les piqûres d'insectes (frotter l'endroit douloureux avec un poireau coupé en deux), la rétention de l'urine (cuit et appliqué chaud sur le bas ventre) et les inflammations cutanées (suc de poireau et lait appliqués en compresse).
Cette liste est loin d'être exhaustive.

R. L.

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