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Tribune

L'Enseignement: rationaliser pour contrer l'analphabétisme de retour

Par L'Economiste | Edition N°:23 Le 02/04/1992 | Partager

En réponse à l'opinion exprimée par M. A. Iraqui dans la Tribune de l'Economiste, n°20, M. B. Chedati, du centre d'orientation et de Planification de l'Education réagit avec quelques propositions pour rationaliser l'enseignement.

La première idée est que l'évaluation de tout système de formation n'a de sens que si l'on confronte les résultats réalisés aux objectifs assignés à la formation. Il est vrai, comme l'affirme l'auteur, que le nombre de certifiés a augmenté continuellement depuis la mise sur pied des institutions de formation; c'est ainsi qu'en l'espace d'un quart de siècle (de 1960 à 1985), l'effectif des licenciés a été multiplié par 173, 53 et 30 respectivement dans les filières littéraires, scientifiques et juridico-économiques; soit des taux d'accroissement moyens annuels de 22,9%, 17,2% et 14,6%. Mais peut-on dire pour autant que toute cette "production" est valorisée? et contribue réellement à la croissance économique du pays?
D'autre part, quand on affirme que le taux d'analphabétisme a diminué, il faudrait à mon avis, analyser le phénomène d'une façon dynamique et globale car il se peut très bien que l'amélioration des taux d'alphabétisme soit attribuée beaucoup plus au phénomène naturel de mortalité sénile qu'aux efforts fournis en matière d'enseignement. De plus, il ne faudrait pas perdre de vue ce que les spécialistes en sciences de l'éducation appellent l'analpha-bétisme de retour que plusieurs milliers d'élèves connaissent vite après leur sortie prématurée du système. Enfin il est grand temps, en cette fin du siècle, de dépasser la conception unidimensionnelle de l'alpha-bétisme. En effet la définition d'un analphabète ne doit pas se référer uniquement à la capacité de lire et d'écrire, mais doit inclure aussi la compréhension des thèmes de lecture et le contenu du message écrit. La définition doit également incorporer un autre critère, celui de la communication par les langues étrangères et par l'outil informatique.
La deuxième idée s'articule autour du thème éducation/formation. Si l'Ecole fait partie de l'ensemble "Entreprise de développement", il importe de montrer dans quelle mesure et en quoi? Je ne voudrais pas entrer ici dans les détails définitionnels et conception-nels; je me limite tout simplement à émettre quelques observations de méthode:
- Il ne saurait y avoir de croissance économique sans un capital technico-financier préalable. La question qui se pose à ce niveau est de savoir quel est le quantum nécessaire de capital humain à associer au capital non humain pour réussir une croissance économique continue capable de diffuser l'innovation et l'amélioration du niveau de vie des citoyens?
Méthodologiquement quand on veut vérifier l'existence d'une relation entre l'éducation et la croissance économique, il est essentiel de tenir compte de deux éléments:
- le décalage temporel entre la production du système éducatif et celle du système productif;
- la pertinence des modèles d'analyse utilisés. A ce niveau les modèles économétriques classiques s'avèrent peu efficaces car ils se limitent à montrer l'intensité des liaisons et non la causalité.
Quant à la troisième idée, elle concerne les indicateurs de ce qui est convenu d'appeler la "crise" du système d'enseignement. Si en sciences exactes (M. Iraqui est mieux placé pour le savoir) un symptôme est presque toujours révélateur d'une pathologie mondialement cataloguée, en sciences sociales la pertinence d'un indicateur constitue un moment crucial de la recherche. Prenons l'exemple avancé par l'auteur, celui de l'exode des enseignants.

Inefficacité du système

Il importe d'abord de s'assurer du phénomène et ensuite d'en évaluer l'intensité avant de le proposer comme indice d'une "Manue systémique". Ceci dit je ne pense pas que l'enseignement "attire" moins de candidats à cette noble fonction. Il suffit, à titre de preuve, d'examiner l'évolution du niveau d'instruction des postulants, n'est-ce pas là un signe de l'inefficacité du système?
Par ailleurs, une enquête réalisée par nous-mêmes à Rabat en 1984 auprès d'un échantillon d'instituteurs révèle que le taux d'attachement à la profession est élevé (surtout chez les femmes). La question qu'il importe de se poser est de savoir s'il est vraiment nécessaire de continuer de recruter des instituteurs parmi les lauréats de l'enseignement supérieur? y a-t-il vraiment un avantage comparatif sur le plan du rendement?
Je ne suis nullement contre l'emploi de jeunes diplômés dans le secteur de formation, mais, en tant qu'économiste, je pose la problé-matique de la gestion et de la planification des ressources humaines qui mérite un débat. La politique de formation des cadres doit être assise sur des actions de recherche de type coût/avantage si vraiment nous voulons rationaliser notre potentiel humain et réduire le risque de voir notre système de formation tomber ... "en panne".

(*) Enseignant,Centre d'Orientation et de Planification de l'Education.

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