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Politique

Leïla Chahid: «Seul le Maroc peut sauver Jérusalem»

Par L'Economiste | Edition N°:2397 Le 09/11/2006 | Partager

. La figure palestinienne, vedette du forum Euromed ONG 2006 à Marrakech. Plébiscitée à tour de bras, «c’est l’expression de la solidarité à la tragédie palestinienne»- L’Economiste: La migration est devenue un enjeu politique majeur en Europe. En France, à l’approche des présidentielles, Sarkozy prône l’immigration choisie et l’opposition, l’immigration partagée- Leïla Chahid: Un recadrage semble s’imposer. C’est l’UE qui est demandeur de populations, et non les migrants du Sud, afin de pallier son déficit de natalité dans le cadre de son propre développement. Maintenant, elle décide de refouler hors de ses frontières ceux qui ne correspondent pas à ses attentes. C’est contraire aux droits humains les plus élémentaires! Le plus inquiétant, c’est que ce sujet est d’une telle acuité qu’il est appréhendé avec sévérité. L’après 11 septembre 2001 n’est pas étranger à cette situation avec l’islamophobie ambiante décrétée par l’administration Bush ajoutée à l’instrumentalisation politique du conflit israélo-palestinien. Ayant vécu en France et aujourd’hui en Belgique, je sais que ces populations redoutent légitimement l’élargissement du terrorisme. Hier Madrid, Londres, Casablanca, Bali, et demain?!Nous devons leur apporter des réponses, c’est un devoir.. Délégitimer Ben Laden- De quelle nature sont ces réponses?- C’est aux instances religieuses musulmanes de monter au créneau. Elles doivent s’exprimer, prendre des positions tranchées, afin de ne pas laisser le champ libre à l’obscurantisme et à des interprétations aussi diverses que véreuses sur l’Islam. J’en appelle à nos intellectuels, aux oulémas, pour qu’ils délégitiment Ben Laden. Une autre dimension doit être intégrée, elle est culturelle et civilisationnelle. Les islamologues doivent jouer pleinement leur rôle par l’autorité du savoir et apporter une meilleure connaissance de l’Islam. En outre, ils doivent investir le champ occupé par des journalistes mal intentionnés, à la recherche de sensationnel. C’est essentiel!. La victoire du Hamas ne doit pas être contestée- Revenons à l’actualité et au conflit israélo-palestinien avec l’actuel regain de violence. - La porte de sortie, c’est la formule du consensus et non l’affrontement par la violence. Aujourd’hui, trois pays sont fortement investis pour trouver une solution. Il s’agit de l’Espagne, de l’Egypte et de la Syrie. Leur mission, la libération du soldat israélien, Gilad Shahit qui est l’excuse avancée par Israël pour justifier les bombardements incessants au nord de Gaza et qui ont causé la mort de 43 civils, blessé 500 personnes et la destruction d’habitations. Le «deal» consiste à le libérer en échange de 1000 prisonniers palestiniens sur les 10 000 détenus à ce jour. Si nous arrivons à atteindre l’objectif, on peut stabiliser la situation. (NDLR: entre le moment où s’est déroulé cet entretien et sa publication, près d’une centaine de Palestiniens ont perdu la vie)- Qu’en est-il de la relation entre le Hamas et le Fatah? C’est également un élément clé?- Lors de la tenue de la dernière consultation du peuple palestinien, le Hamas est sorti vainqueur des urnes. Il jouit donc de la légitimité populaire. Mon mouvement, le Fatah, avait promis, entre autres, la paix, la fin de la colonisation, etc. N’ayant pas rempli ses engagements, il a été sanctionné. C’est la règle de la démocratie! C’est l’occasion de mettre à l’épreuve ces forces politiques islamistes. Qu’elles montrent leur capacité à gouverner mieux que nous. Les citoyens jugeront, ils sont mâtures. On ne peut pas jouer le jeu de la démocratie à deux vitesses. - Néanmoins, si l’UE peine à accepter la victoire du Hamas, les USA campent sur leur position initiale. Sur le terrain, comment la population vit-elle cette situation?- Aujourd’hui, le danger le plus réel résulte dans la décision de boycott politique et financier du Hamas. La sanction financière, c’est la population qu’on sanctionne, ce n’est pas que l’Etat. Le gouvernement du Hamas dénonce l’injustice dont il est victime car le parti pense qu’on lui conteste un succès acquis démocratiquement, qu’on veut le déposséder d’une victoire. On ne peut leur demander de se conformer à des critères, il faut leur laisser le temps pour adhérer aux principes euroméditerranéen. La constitution d’un gouvernement d’unité nationale devrait permettre d’apaiser une situation qui est très complexe. Des facteurs exogènes doivent être pris en compte.La guerre initiée par Bush entre l’axe du mal et l’axe du bien, l’après-Liban, les tensions entre les USA et l’Iran, la position de la Syrie, ce sont autant d’enjeux qui ne favorisent pas l’instauration d’échanges dans la sérénité avec comme unique objectif une paix durable.❏


Le PJD

Alors qu’au Maroc, les élections législatives 2007 pointent leur nez avec des spéculations en tout genre sur le PJD, parti dirigé par Saâd El Othmani, Leïla Chahid se montre claire. «Contrairement à Al Qaida, c’est un courant qui a choisi de faire de la politique de manière pacifique. Il représente un courant de la société marocaine au même titre que le Hamas ou le Hezbollah. Leur fermer la porte, ce serait les pousser à se rapprocher des réseaux pilotés par Al Qaida. On n’a pas le droit de leur interdire l’expression politique», déclare-t-elle.


«Mohammed VI peut sauver Jérusalem»
«Hassan II était un homme très averti sur l’échiquier international. Sur ce plan, il a su positionner le Maroc avec la présidence du comité Al Qods. Pour poursuivre l’œuvre de Hassan II et Yasser Arafat, le Roi Mohammed VI, en compagnie de Mahmoud Abbas, doit être à l’avant-garde d’une campagne pour sauver Jérusalem», annonce la figure palestinienne. Selon elle, la deuxième ville sainte est devenue un petit ghetto où résident 200.000 Palestiniens entourés par 800.000 Israéliens. «Le mur est terminé, il annexe toute la partie arabe» poursuit-elle.Qu’attend-elle du Souverain et du président de l’Autorité palestinienne? «Ils doivent parachever l’œuvre imitée par leurs prédécesseurs. Mahmoud Abbas voue une affection sans faille à Mohammed VI et à son peuple. Même si c’est un peu tard, nous devons réagir », conclut Leïla Chahid.

Le parcours d’une militante

Née à Beyrouth (Liban) en 1949 lors des troubles dans la région, Leïla Chahid a été de 1994 à novembre 2005, déléguée générale de Palestine en France; depuis novembre 2005, elle occupe cette même fonction auprès de l’Union européenne.Leïla Chahid est issue d’une grande famille palestinienne Al-Husseini, elle est une grand- nièce du mufti de Jérusalem, une cousine de Yasser Arafat, de Moussa Arafat et de Faiçal Husseini. Elle a fait des études d’anthropologie et de sociologie à l’université américaine de Beyrouth, un des foyers historiques de la contestation politique palestinienne. En 1978, elle se marie avec l’écrivain marocain Mohammed Berrada et s’installe avec lui au Maroc. Avant d’être nommée déléguée générale de Palestine en France, elle a été trois années durant, le chef du bureau d’information de l’Organisation pour la libération de la Palestine (OLP) à La Haye, poste où elle cumulait la représentation de son organisation aux Pays-Bas et au Danemark.Entre 1993 et 2005, elle est déléguée de l’OLP (puis de Fatah) en France (où elle succède à Ibrahim Souss). En novembre 2005, elle est remplacée à ce poste par Hind Khoury, et nommée à Bruxelles, par la nouvelle autorité palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas (dit Abou Mazen). Pour la petite histoire, il faut savoir que ce n’est qu’en 1994 que Leïla Chahid visite pour la première fois la terre de ses parents après les accords d’Oslo (1993).Présente à Marrakech en début de semaine, lors du forum Euromed ONG/société civile, elle s’exprime sur les conflits régionaux qui perdurent dans la région, sur l’Afrique, les enjeux de la migration. Elle revient sur l’élection «démocratique» du Hamas, sur le «deal» avec Israël avec l’échange de prisonniers, livre son appréciation du champ politique marocain à l’approche des élections 2007, et déclare que le Roi Mohammed VI a le destin de Jérusalem entre les mains.


Plan Marshall initié par les anciens pilleurs

Accueillie en grande pompe au Palais des Congrès de Marrakech, Lëila Chahid avoue avoir été envahie par une double émotion. L’émotion de revenir au Maroc conjuguée à celle de l’accueil chaleureux du public venu des 35 pays euroméditerranéens pour la première fois dans un pays du Sud. «En décidant d’honorer également Zhour Alaoui, c’est l’ensemble des femmes marocaines et palestiniennes qui furent à l’honneur», dit-elle. En outre, Marrakech Euromed ONG 2006 a réuni un parterre de personnes riches et divers avec la présence d’anciens détenus politiques, d’universitaires, de militants convaincus, etc.«C’était une fête des forces politiques et démocratiques de la Méditerranée», souligne la militante palestinienne.Interrogée sur ses recommandations quant à la réduction de niveau de vie entre les rives Nord et Sud, elle se montre favorable à la mise en place d’un véritable plan Marshall initié par «ceux qui d’antan ont pillé les richesses. Il n’est pas inutile de rappeler que l’Europe a pu être reconstruits après les deux guerres mondiales grâce au plan Marshall financé par les Etats-Unis. Il est donc tout à fait légitime que ces grandes puissances militaires et économiques participent activement au développement socioéconomique de l’Afrique. Qui plus est après avoir pillé les richesses naturelles de ce continent», précise Leïla Chahid. Elle ajoute que les régimes ne doivent pas gérer des hommes qui ont pour seule ambition de préserver le pouvoir. Les discours diplomatiques ne suffisent plus, ils n’ont plus le droit d’exister. Il faut mettre les problèmes sur la table. Faute de quoi, on ne règle rien !Pour illustrer ce propos, elle cite en exemple le phénomène migratoire. «Les revendications citoyennes sur la liberté de circulation au sein de l’espace euroméditerranéen sont portées par des enfants, voire des petits-enfants dont les origines sont maghrébines. Il ne faut jamais faire le deuil de l’histoire. Seul le codéveloppement est une réponse au développement économique de l’Afrique.», conclut-elle.Propos recueillis par Rachid HALLAOUY

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