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    Politique Internationale

    Lèche-villes à travers le Maroc

    Par L'Economiste | Edition N°:154 Le 17/11/1994 | Partager

    "Itinerrances", de
    Henri-Michel Boccara
    (Eddif 1994)

    "Itinerrances": ce roman, de Henri-Michel Boccara (Eddif 1994), écrit un itinéraire d'errance à travers le Maroc, depuis Rabat -point de départ du livre, non du voyage - vers le Sud.

    Son protagoniste anonyme, nommé "il" ou "le voyageur", fuit un drame personnel vécu en Europe, parfois évoqué, jamais déterminé. On croit comprendre qu'il échappe à une dépendance lourde -laquelle? - pour vagabonder parmi les aléas du quotidien, des événements étrangers, des aubaines ou des problèmes, au fil des jours, au gré des rencontres, loin de lui-même.

    Sans argent ou presque, le voyageur se mêle à la foule des faux-guides, des gens de la route, des gamins sans école, des filles en peine, de tous les marginaux d'une société. Le marginal n'est-il pas celui qui la définit le mieux? Le voyageur ne se présente pas en héros, ni dans la vie, ni dans l'histoire. Le roman ne se noue autour d'aucune action. Il se déroule comme la route, cahote sur les pistes, retourne finalement vers le point de départ. Chemin faisant, voyageur et roman portent un regard sur le Maroc traversé, différent de celui des touristes habituels, "par-delà les stéréotypes": c'est, comme le signale le préfacier, un "itinéraire initiatique" en même temps qu'une dérive où tout peut arriver.

    Et le regard saisit cette errance des contradictions, glisse sur une facette de l'âme sans se barder de préjugés: "Eternel secouru", le voyageur est de la race "déambulatoire", "voué à la route". Sa présence inverse l'aumône du Nord vers le Sud, son regard nous montre le Maroc des petits hôtels, des vagabonds qui dorment à la belle étoile et partagent le thé et le pain quand il n'y a plus rien d'autre à manger.

    L'errant qui saisit l'appel des dunes, "lèche” les villes, les terres, les gens, effleure tout sans s'attacher, sans carte, au gré des routes et des étapes, apprend les dialectes, le langage du non-dit, la patience de l'interrogation sans réponse, Jusqu'au matin où il s'aperçoit que "la France, c'était tout droit à quatre mille kilomètres". Il émerge alors de sa fuite, maîtrise sa dérive. Sa marche l'amène à revenir vers les ruines de ce qui a été sa vie, son passé. Alors l'errance s'achève, le roman peut arrêter son cheminement, dans une dernière séparation, ébaucher le retour, au seuil de la sérénité enfin rencontrée.

    Henri-Michel Boccara a déjà publié chez l'Harmattan "L'ombre et autres balivernes", et aux Editions Théâtrales "Ici et ailleurs".

    Son dernier livre, qui se lit au rythme de l'errance, fait voyager le lecteur sans jamais le tenir en haleine, avec l'humour du détachement, l'installant au coeur d'un passage "sans but, sans boussole, au hasard des pistes".

    T.B.

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