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Economie Internationale

Le vice-président de la Banque Mondiale constate l'échec de l'ultralibéralisme à sortir les pays de la crise

Par L'Economiste | Edition N°:540 Le 30/06/1999 | Partager

· Après un choc économique, il ne faut pas chercher une rigueur budgétaire exagérée
· La crise asiatique a mis en lumière les questions de la corruption, du droit des faillites...

- M. Joseph Stiglitz: La crise financière internationale est-elle derrière nous?

- Ce qui est sûr, c'est que le marché est stabilisé. D'où cette impression que la crise est résolue, ce qui est loin d'être le cas. Dans les pays qui ont été touchés, en Indonésie, en Thaïlande, en Corée, le chômage demeure très élevé et les salaires réels restent inférieurs de 15 à 25% par rapport à ce qu'ils étaient auparavant. Il y a deux ans, tout Wall Street parlait de "la fin de la crise mexicaine". Mais au Mexique, les salaires n'ont toujours pas retrouvé leur niveau d'il y a cinq ans.

- D'autres pays peuvent-ils être frappés?
- Difficile d'afficher des certitudes. Mais tout tend à prouver que ces crises sont liées à l'instabilité des capitaux à court terme. Or, sur les cinq pays émergents majeurs, l'Indonésie, la Russie, le Brésil, la Chine et l'Inde, les trois pays à avoir libéré les mouvements de capitaux ont déjà été frappés. Je ne dis pas que la Chine et l'Inde soient à l'abri, mais les risques sont bien moindres.

- Les leçons de ces deux dernières années ont-elles été tirées?
- Nous savons désormais que, lorsqu'une économie subit un choc macroéconomique, il ne faut pas rechercher une rigueur budgétaire exagérée, parce qu'elle affaiblit l'économie et du même coup empêche le retour de la confiance. Vous me direz cette leçon est connue depuis 1935. D'évidence, elle ne l'était pas de tout le monde. Aujourd'hui, plus personne ne nie qu'une économie en récession a besoin d'être stimulée. De même, la crise a montré qu'augmenter les taux d'intérêt pour retenir les capitaux et défendre la monnaie pouvait conduire à l'effet inverse. Si ces taux conduisent à des faillites et dévastent l'économie, les capitaux fuient et la monnaie se montre encore plus faible. Vous perdez sur tous les tableaux. J'ajoute que, moralement, il y a beaucoup à dire sur la décision de relever les taux d'intérêt pour préserver en priorité le taux de change: c'est un cadeau fait aux spéculateurs, au détriment du chef d'entreprise qui essaie de sauver son affaire.

- Cette leçon-là est plus controversée, cependant?
- Certes. On débat encore de savoir si, en cas de crise financière, il faut ou non augmenter les taux d'intérêt. La difficulté c'est qu'une hausse des taux d'intérêt peut se révéler nocive dans certains pays et utile dans d'autres. En Corée, où les entreprises étaient lourdement endettées à court terme, une hausse des taux est beaucoup plus destructrice que dans un pays où les entreprises auraient peu de dettes, ou bien des dettes à long terme. J'espère que, si nous nous retrouvons à nouveau face à une situation de type coréen, nous ne commettrons pas les mêmes erreurs.

- Les experts internationaux ont conseillé aux pays asiatiques de restructurer leur système bancaire. Etait-ce judicieux?
- Encore une autre des leçons de cette crise. Quand vous imposez de manière trop brutale la fermeture de banques, vous créez une contraction du crédit, qui peut déboucher sur une récession. C'est ce qui s'est passé en Indonésie. La Corée, de son côté, n'a pas suivi ces conseils: elle n'a fermé que de toutes petites banques; les plus grandes ont été recapitalisées. Le fait est que les Coréens ont nationalisé les banques au lieu de les privatiser. Ils ont préservé leurs institutions financières, et le redressement de la Corée est plus rapide qu'ailleurs.
La communauté des économistes de Washington (FMI, Banque Mondiale) semble reconnaître peu à peu qu'il est bon de contrôler les capitaux.
II existe désormais un consensus sur le sujet. Tout le monde reconnaît que les capitaux à court terme sont source d'instabilité. Nos recherches montrent que ceux qui ont libéralisé leurs marchés des capitaux à court terme n'ont pas de meilleurs résultats que les autres: ils accroissent les risques, non la croissance. Les pays ont donc tout intérêt à réfléchir à des mécanismes, tel celui que le Chili a mis en place pour empêcher les afflux trop massifs de capitaux. Le Chili fait exactement ce qu'il fallait: quand les capitaux pénètrent dans le pays en de trop gros volumes, il relève la taxe. Sinon, il la baisse. Les Chiliens sont très pragmatiques. Tous les pays devraient songer à se doter d'un tel cadre.

- Que pensez vous de la campagne en faveur de la Tobin Tax, une taxe internationale minime sur toutes les transactions financières?
- La Tobin Tax vise le même objectif que le système chilien, mais elle est beaucoup plus difficile à mettre en place. Le problème est de définir ce qu'est une "transaction financière". S'il fallait taxer les seuls échanges d'actions, ce serait facile. Mais comment considérer les produits dérivés, les options, les options sur des options? De surcroît, les transactions financières sont faciles à délocaliser.
Un changement d'approches sur les questions de développement est également perceptible, par exemple à la Banque Mondiale, qui insiste désormais sur le cadre juridique, l'absence de corruption, l'éducation, etc.
La pensée économique accorde aujourd'hui beaucoup plus d'importance aux institutions. Le fait que Douglass North ait eu le prix Nobel d'économie (en 1993, NDLR) en est un symptôme. La crise en Asie, mais surtout en Russie, a mis en lumière l'importance, sur le développement, de questions comme les institutions financières, la corruption, le droit des faillites. La clé du succès, disait le "consensus de Washington" (les économistes de la Banque Mondiale et du FMI, NDLR), relevait des grands équilibres, de la libéralisation, de la privatisation. Les pays ont suivi ce programme mais n'ont pas connu le succès.
Le week-end dernier, les pays riches ont annulé une partie de la dette. "De l'argent qu'ils avaient de toute façon perdu", a reconnu le Chancelier allemand Gerhard Schröeder. Est-ce un geste médiatique pour faire oublier les erreurs des deux dernières années?
Non. C'est une avancée très importante. Une partie des créances annulées n'aurait sans doute jamais été payée, mais non la totalité. Si les pays pauvres avaient dû continuer à rembourser ces créances, cela aurait représenté un coût social très élevé. L'annulation totale de la dette bilatérale de pays comme la France est très importante. Le plus grand problème, c'est de savoir qui va financer l'allégement des dettes dues aux banques de développement telle la Banque Mondiale. Si ces banques font elles-mêmes l'effort, elles devront réduire des dépenses pour l'éducation ou la santé dans les mêmes pays: cela revient à vider une poche pour en remplir une autre. Il faut donc que les pays du G7 trouvent des financements conformément à leurs engagements.

- Y a-t-il des raisons d'espérer que la réduction de la pauvreté dans le monde soit possible?
- On sait maintenant comment agir pour "faire la différence". Mais beaucoup de facteurs nous échappent. Va-t-on ou non découvrir le vaccin contre le sida? Y aura-t-il d'autres guerres? Il existe des raisons d'être raisonnablement optimiste. Certains pays comme l'Ouganda ont conduit de bonnes politiques et ont renoué avec la croissance.

Propos recueillis par Pascal RICHÉ
(Libération-France)


Joseph Stiglitz, 56 ans, économiste en chef de la Banque Mondiale, est l'un des experts de Washington les plus influents dans le monde. Ancien conseiller de Bill Clinton, il se distingue par une approche plus hétérodoxe que ses collègues. Il est l'un des premiers à avoir prôné des contrôles de capitaux, une idée qui a fait son chemin, y compris au sein de l'institution cousine, le Fonds Monétaire International (FMI).o


La lutte contre l'inflation


Une trop grande inflation est certes nuisible. Mais qu'en est-il entre 0% et 8%? L'orthodoxie anti-inflationniste s'appuie sur trois arguments: 1) L'inflation nuit à l'économie. 2) L'inflation est un précipice. Un peu comme les alcooliques: quand vous vous laissez prendre, il est trop tard. 3) Réduire l'inflation exige un prix économique très coûteux. Or, rien ne permet de démontrer empiriquement ces trois propositions. Je ne suis pas amoureux de l'inflation. Mais le problème c'est le chômage, l'exclusion. Aux Etats-Unis, on a fait passer le chômage de 7,8% en 1992 à 4,2% aujourd'hui.
Certains, pendant cette décrue, estimaient qu'il fallait désormais lutter contre l'inflation, qui ne manquerait pas de repartir lorsque l'on passerait sous un taux de chômage de 6%. Les autorités ont eu la sagesse de ne pas les écouter et de continuer à faciliter la croissance. Pour le plus grand bien du pays.

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