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Le verdict et les quatre vérités des urnes
Par Mohamed BENJELLOUN

Par L'Economiste | Edition N°:2656 Le 21/11/2007 | Partager

Mohamed Benjelloun est historien de formation, ancien directeur de l’Office des changes, ex-directeur central à Bank Al-Maghrib et conseiller du président Alami à la Banque commerciale du Maroc, devenue Attijariwafa bankC'est à bon escient que j’ai laissé le jeu se calmer avant d’écrire les lignes qui suivent à propos des législatives du 7 septembre 2007, quatre conclusions majeures peuvent en être dégagées:I- C’est le triomphe contrasté d’une démocratisation assortie de la transparence nécessaire mais qui s’affirme dans la douleur. Le nombre excessif des partis (33) participant au scrutin et les similitudes entre leurs programmes, ont produit le désarroi au sein du corps électoral, ce qui n’a pas manqué d’affecter le profil des candidats et leurs propositions. Ni l’imaginaire populaire ni sa jugeote légendaire ne pouvaient se retrouver dans un tel imbroglio.Le faible taux de participation qui en est résulté (37%), symbole à la fois d’une réelle liberté d’expression et de la sincérité de la consultation, doit être considéré comme porteur de messages à décoder avec compréhension. Ces abstentions pouvaient aussi avoir été occasionnées par une programmation inadéquate (rentrée scolaire...) ou traduire des motivations plus profondes. Est-ce une confusion regrettable entre une politique économique déjà mise en oeuvre avec succès sur une large part du territoire national et des déficits locaux et sectoriels encore loin d’être résorbés? Est-ce le retard pour parvenir à tous, des effets induits des importants chantiers en cours? Est-ce une revendication réclamant une sorte d’Etat providence devant répondre à toutes les attentes.Quoi qu’il en soit, il s’avère que l’émergence pléthorique de courants minoritaires et la parcellisation politique qu’elle entraîne sont contreproductifs car la démocratie est un choix clair et la multiplicité des options s’y oppose. Il apparaît donc impérieux d’instituer des minima de l’ordre de 10% des voix exprimées lors des législatives de 2012 sur la base des résultats enregistrés aux communales de 2009 et ce pour chaque liste unitaire ou regroupant plusieurs partis. D’autres pays avaient déjà appliqué un tel système.. A quoi pensent les médiasII- La consultation électorale; ceci a révélé le rôle plutôt négatif joué par bon nombre de médias tout en rendant hommage tant à l’audiovisuel qu’à la presse écrite pour les progrès ayant accompagné la promotion des libertés publiques et du multipartisme dans notre pays. Les dissonances constatées se manifestent soit par une désinformation systématique, soit par des prises de position légitimes mais sans argumentation convaincante, soit par des jugements définitifs sans référence à une éthique en la matière.Il serait souhaitable d’illustrer ces comportements par quelques exemples:L’on se rappelle ce raisonnement combien factice, qui consistait à soutenir que «le 11 septembre 2001, il y a eu aux Etats-Unis 3.000 morts, n’ayant finalement entraîné qu’une seule condamnation: Au Maroc les attentats du 16 mai 2003, avec une cinquantaine de victimes, ont donné lieu à 5.000 arrestations et 2.500 condamnations». Il s’agit là d’un faux parallèle, car l’on ne compare pas l’incomparable comme par exemple la densité de population au kilomètre carré dans une région désertique avec celle d’un quartier populeux d’une agglomération. Les terroristes qui ont frappé les Etats-Unis ont réalisé un exploit semblable à celui du cheval de Troie. Alors que les attentats terroristes au Maroc ont été préparés et exécutés par des nationaux et ce nonobstant que la stratégie et les ordres soient en provenance de l’extérieur et que la formation s’est effectuée à l’étranger. L’objectif d’une telle assertion est d’affaiblir le front intérieur en faisant croire que l’Etat-nation marocain ne sait pas gérer les problèmes posés par le terrorisme et ce à un moment où El Qaïda précisait ses menaces et où des ingénieurs versaient vers la vocation de kamikaze.Que faut-il penser de cette campagne mal argumentée clamant un remplacement optimal des députés et un rajeunissement systématique des dirigeants des partis. N’a-t-elle pas détruit la crédibilité de la représentation nationale?Un journaliste peu expert, peut-il tenir sur les écrans de la RTM, à propos des produits bancaires alternatifs, des paroles irresponsables? Un autre du même gabarit peut-il soi-disant dénoncer la nouvelle colonisation que représente, d’après lui, l’apport de technologies et de capitaux étrangers? Peut-on encore croire à la planification alors que partout dans le monde les politiques monétaires sont ajustées par d’autres méthodologies?. L’échec du PJDIII- L’épreuve électorale en question représente un point d’inflexion crucial dans l’évolution du Maroc nouveau sous le règne de Amir Al Mouminine, Sa Majesté le Roi Mohammed VI. D’un côté, il y a eu confirmation du respect des institutions et des valeurs fondamentales et sacrées du Royaume ainsi que des règles constitutionnelles dans la transparence. De l’autre, il s’est produit un double échec pour le PJD.Tout d’abord un coup d’arrêt de ce qui devait être une rupture politique, un basculement permettant à un parti dominant d’imposer sa volonté aux autres afin d’atteindre le deuxième objectif stratégique, à savoir une fracture socioéconomico-culturelle destinée à mettre en marche une réforme de la société en profondeur, impliquant une lutte contre les délinquances aggravées par des méthodes inquisitoires, ainsi que le conditionnement d’un corps électoral discipliné religieusement.Le deuxième échec du PJD a été plus visible. C’est la défaite électorale sans appel, car le score obtenu lors d’un scrutin supervisé par des observateurs étrangers et malgré l’usure du pouvoir ayant affecté ses principaux concurrents, a été bien en deçà, ni des sondages mirifiques, ni des déclarations de ses leaders à des chaînes et journaux étrangers de manière à propager un fait d’annonce auprès de l’opinion internationale.Les causes profondes de cet échec s’avèrent être de trois ordres.. Morale et politiqueEn premier lieu, la prétention du PJD d’exercer un pouvoir religieux et ce en contradiction avec le respect déférent dû à notre monarchie qui en est seule dépositaire dans le cadre d’une centralité des trois autorités suprêmes: religieuse, militaire et politique. En contradiction également avec la loi sur les partis d’où il ressort qu’aucune formation politique ne peut faire des propositions à connotation religieuse. Pourquoi donc le programme du PJD prévoyait-il des formulations relatives au Zakat et aux banques islamiques?En deuxième lieu, l’échec électoral du PJD marocain s’explique par le manque de netteté de sa position à l’égard du terrorisme. Certes, et il faut le reconnaître, le PJD condamne avec vigueur tout acte de cette nature perpétré dans notre pays ainsi que toute menace extérieure dans ce sens. Pourquoi alors ne point se démarquer de l’obscurantisme irresponsable, ni de la salafiya sous toutes ses formes pourtant elle compte dans ses rangs ceux qui ont déjà endoctriné des couches sociales fragilisées, ni non plus des traditionalistes soucieux de leur élection au paradis et indifférents au devenir de leur patrie, ni du MUR, perdu entre faire de la morale avec condescendance ou faire de la politique avec arrogance. A vouloir ratisser large l’on ne peut qu’en payer le prix fort en termes de perte de crédibilité...Le troisième motif de cet échec du PJD tient précisément dans cette perte de crédibilité. En particulier et à cause de sa nature profonde il n’a pu s’allier avec aucun partenaire. Tous les entretiens avec les autres formations ont échoué du fait de sa prétention de vouloir réviser toute la jurisprudence.Il ne pourrait jamais faire partie d’une majorité gouvernementale sans l’abandon de cette revendication. La fréquentabilité n’est pas un même projet d’avenir...Le PJD refuse en fait tout dialogue démocratique et privilégie la polémique. Pour lui, tous ceux qui sont au pouvoir sont des ennemis à dénigrer et à combattre. Pour cela il n’y a qu’un seul moyen, celui de jeter l’opprobre à leur égard et d’accuser le gouvernement de ne faire que du «fassad».Contre toute évidence, il n’y a ni avancée, ni chantiers en cours, ni la moindre croissance... Ce négationnisme lui a été fatal, car le peuple fort de sa symbiose parfaite avec son Roi, sait reconnaître ceux qui veulent l’induire en erreur.. Le PJD est-il en mesure de se transformer dans le bon sens?IV- Le verdict des urnes a, malgré les vicissitudes, été édifiant et clair. Au sein du multipartisme marocain, c’est le Centre désormais, qui représente la politique de mouvement destinée sous la haute autorité de SM le Roi de répondre aux attentes du peuple grâce à un volontarisme axé sur la maîtrise de la technologie et un projet d’avenir d’avant-garde. La même majorité nationale socio-libérale, a été reconduite avec quelques corrections et repositionnements intéressant aussi bien les personnes que les formations en cause. Ainsi, le MP et l’UC et suite à des impondérables regrettables ne sont mis en fait, qu’en réserve... L’importance arithmétique de l’opposition se trouve démentie par l’exclusion qui caractérise à divers titres les relations entre ses membres. L’extrême gauche, parcellisée de surcroît est plongée dans l’inertie consécutive au préalable de réformes constitutionnelles injustifiées. L’extrême droite se met elle-même hors jeu, du fait de son obstination insensée de vouloir imposer des priorités collatérales sans raison d’être. Le niveau de vie de tout un chacun et notre place dans la mondialisation dépendent d’un appareil de production plus compétitif et plus performant…


L’exemple turc

Il est à préciser par ailleurs, l’existence du PJD turc est amplement justifiée car la Constitution turque, en instituant l’observation stricte de la laïcité et la place privilégiée de l’Armée en tant que principale force du Conseil national de sécurité ainsi que son autonomie intégrale pour le recrutement, la formation et l’avancement, ne peut que favoriser l’émergence, dans un pays musulman, d’un contrepouvoir à caractère religieux.Malgré cette raison d’être, le premier parti islamiste en Turquie ne sera fondé qu’en 1970 par Erbakan, lequel, d’une dissolution à l’autre, sera finalement nommé Premier ministre en 1996 comme représentant du Refah, lequel après avoir agréé l’interdiction du voile à l’université (1989) devra renoncer à de nombreux principes de base et Erbakan aura à ratifier l’accord de coopération militaire avec Israël estimant qu’il faut chercher le savoir là où il se trouve. Il célébra aussi avec ardeur la mémoire d’Atatürk avant de voir en 1998 la dissolution de Refah.Finalement, de jeunes réformistes vont créer en 1997 le Fazelet, lequel avec la mise à l’écart d’Erbakan va constituer le berceau de l’AKP (le PJD actuel) conduit par Tayepp Erdogan. Son récent triomphe électoral est significatif à plus d’un titre. C’est la victoire d’un parti islamique de la dernière génération qui n’a nullement comme objectif la création d’une République islamique mais plutôt des préoccupations classiques d’un Etat moderne sur tous les plans: politico-socioéconomico-culturels. C’est l’approbation renouvelée de l’ouverture sur l’Europe avec convergence et conformité des lois vers un contexte européen profane ainsi qu’un engagement total dans l’Otan. C’est la récompense d’une politique économique sans entraves et sans état d’âme (26 millions de touristes). C’est la reconnaissance du respect de la laïcité et du réalisme fécond...

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