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    Culture

    Le Tibet en question
    Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

    Par L'Economiste | Edition N°:2747 Le 02/04/2008 | Partager

    Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’Armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er Régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet, dont «La guerre au XXe siècle» (Hachette 2003), «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», (Editions Complexe, 2004) (Ph. Cherkaoui)Les Tibétains ont commémoré le 10 mars leur soulèvement de 1959. L’évènement a donné lieu à un débordement de violences dans les rues habituellement paisibles de Lhassa, capitale historique, nichée à 3.600 mètres d’altitude. Des Chinois ont trouvé la mort, dont cinq jeunes femmes brûlées vives(1). Ces manifestations étaient prévisibles. A cinq mois des Jeux olympiques, l’occasion était trop bonne pour la laisser passer. L’étonnement provient plutôt du comportement chinois. Les autorités ont paru surprises, mal préparées, comme prises de court. Sans doute n’avaient-elles pas mesuré les conséquences des maladresses commises depuis des années à l’encontre des Tibétains. Ceux-ci subissent mille contraintes, arrestations arbitraires, interdiction de posséder un portrait du dalaï-lama, d’arborer un drapeau tibétain, cours obligatoires de ré-éducation, toutes mesures ineptes relevant d’un régime marxiste suranné. D’une rare brutalité, ces émeutes et leur répression préoccupent Occidentaux et Chinois. Ceux-ci craignent de voir ternie l’image des prochains Jeux olympiques, ceux-là, partagés entre la morale politique, leurs intérêts commerciaux, les réactions des électeurs, se demandent quelle attitude adopter. La situation au Tibet est au fond mal connue. Sa sinisation n’est pas entièrement défavorable à ses habitants. Les Han, émigrés de l’intérieur, mettent le pays en valeur. Rien là d’anormal dans un Tibet chinois ! Le dalaï-lama plaide pour son autonomie religieuse et culturelle, nullement pour son indépendance. Et pour cause ! Un tel combat serait sans espoir, la Chine ne pouvant imaginer pareille amputation. Les empires, à commencer par celui du «Milieu», redoutent leur dislocation. Pékin porte une extrême attention à toute agitation, toute velléité séparatiste aux marches du domaine, et d’abord au Tibet où les intérêts chinois sont divers et considérables. De leur sauvegarde dépend la pérennité du régime, voire l’existence même du pays. Au Tibet, Pékin est responsable du maintien de l’ordre, quitte aux «étrangers» à critiquer le comportement excessif des forces de sécurité. Les droits de la Chine sur la province remontent soit à la dynastie mongole des Yuan (1277-1367), soit à celle, mand-choue, des Qing (1644-1911). Dans les deux cas, la «propriété» est ancienne. En 1904, les Britanniques, soucieux d’ouvrir des routes commerciales, entrent au Tibet et vont jusqu’à Lhassa. Le dalaï-lama s’exile. La dynastie Qing revient militairement au Tibet en 1910 mais elle s’effondre l’année suivante. Libre de rentrer chez lui, le dalaï-lama proclame en 1913 l’indépendance de son pays, laquelle dure jusqu’en 1949. En 1950, les communistes réaffirment la souveraineté de la Chine sur le Tibet, reconquis par la force et dans l’indifférence générale. Ce pays, d’ailleurs, ne figurait pas parmi les cinquante-deux Etats qui ont fondé l’Organisation des Nations unies en 1945. Quand en 1964, le général de Gaulle, premier chef d’Etat occidental à le faire, échange un ambassadeur avec Pékin, la question du Tibet(2) ne semble pas avoir été évoquée. Aussi paraît-il douteux de voir un jour le régime communiste, ou ses successeurs, abandonner le Tibet, -la «Maison des trésors de l’ouest» en mandarin- cette partie du territoire chinois, essentielle dans des domaines aussi variés que l’économie, l’hydrologie, la sécurité de l’empire. Le Tibet est prometteur. Sur-exploitées, ses forêts disparaissent mais le sous-sol demeure. Les réserves en borax, uranium, lithium, seraient les plus riches au monde. On y trouve aussi fer, cuivre, or, argent, plomb, zinc, cobalt... Attention toutefois à la propagande! Aucun organisme indépendant n’a confirmé l’ampleur de ces richesses. De plus, toute entreprise d’extraction à pareille altitude n’est pas simple. L’exploitation a commencé mais elle est laborieuse. A cet intérêt économique, somme toute mesuré, s’ajoute le contrôle des dix grands fleuves de la région(3). D’immenses glaciers et une altitude élevée valent au Tibet d’être à la tête du plus vaste système fluvial de la planète. Ses fleuves irriguent des Etats très peuplés, Chine et Inde, mais aussi Bangladesh, Birmanie, Népal, Pakistan, Thaïlande, Cambodge, Laos, Viêt-nam… 47% de la population mondiale. Les Chinois, pour qui l’accès à l’eau est un problème crucial, comptent détourner vers le nord, via de gigantesques travaux, les flots impétueux du Brahmapoutre afin d’arroser les zones arides de la Chine centrale. Cependant, l’enjeu est la Chine elle-même. 92% de ses habitants sont d’ethnie Han, pour la plupart hier paysans sédentaires, acharnés à trouver leur subsistance au cœur de l’empire, sur une terre peu fertile où ils sont à l’étroit. De tout temps, ces Chinois ont craint l’irruption de peuples nomades venus du nord, de l’ouest, du sud-ouest. Aussi Pékin veille-t-il à contrôler ces immenses régions, incluses dans l’«empire du milieu», Mongolie intérieure, Xinjiang, Tibet, devenues autant de zones tampons. Celles-ci améliorent la profondeur stratégique de la Chine en cas de conflit avec l’Inde, avec la Russie, peut-être un jour avec les Etats-Unis. En attendant pareille éventualité, peu probable aujourd’hui, rien n’interdit au monde démocratique de profiter, lui aussi, des Jeux pour entraîner la Chine sur les chemins tortueux qui mènent à la démocratie. Admettre la liberté de culte, au Tibet comme ailleurs, y encourager le développement d’une civilisation originale, améliorer ses techniques de maintien de l’ordre, sont autant de voies possibles pour la Chine. Celle-ci, le 30 mars, par la voix de son Premier ministre Wen Jibao, a cessé d’accuser le dalaï-lama d’être à l’origine des troubles. De Vientiane (Laos) où il assistait au 3e sommet des riverains du Mékong, M. Wen Jibao lui a demandé de condamner le terrorisme et d’inviter les Tibétains à plus de retenue. Si le dalaï-lama accepte mais qu’il échoue permettrait à Pékin de dénoncer son peu d’influence. La communauté internationale a un rôle à jouer. Encore faudrait-il qu’elle parle d’une même voix et s’entende pour agir. Hypothèse improbable ! Pourtant, il n’y a pas si longtemps, elle avait contraint l’Afrique du Sud à supprimer l’apartheid. La Chine, hélas, est un tout autre client…


    Tenzin Gyatso, 14e dalaï-lama

    Né en 1935, à Takster, au nord-est du Tibet. Reconnu à 2 ans comme la réincarnation du 13e dalaï-lama. Part en exil en Inde, à la suite du soulèvement de 1959 et de sa répression, suivi par 100.000 Tibétains. Fonde à Dharamsala (Inde) le gouvernement tibétain en exil. Prix Nobel de la paix en 1989. Initie en 2002 un «dialogue» sans lendemain avec Pékin.


    Une population dispersée

    Selon Pékin, les Tibétains de l’intérieur seraient 5,4 millions. La région autonome du Tibet en abriterait 2,4 millions. 3 millions de Tibétains vivent par ailleurs dans les provinces voisines (Sichuan, Qinghai, Yunnan, Gansu). Les Tibétains de l’extérieur seraient, eux, 110.000 selon un recensement du gouvernement tibétain en exil (1988). 85.000 personnes en Inde, 14.000 au Népal, 1.600 au Bhoutan, 1.500 en Suisse, 7.000 aux Etats-Unis et au Canada. Ces nombres s’accroissent lentement car les Tibétains fuient toujours leur pays.


    Un Tibétain s’exprime devant l’envoyé spécial du Monde au Sichuan

    «Les Chinois n’ont pas compris comment il fallait s’y prendre avec les Tibétains. Ils parlent sans arrêt d’économie, de développement. Les Tibétains ont besoin aussi d’un espace spirituel, et ce n’est pas respecté». (Brice Pedroletti, Le Monde, 29 mars 2008)---------------------------------------------------------------------------------(1) David Barboza, «Tibet victims were caught in a complex web», International Herald Tribune, 30 mars 2008.(2) Toutefois, selon l’historien Maurice Vaïsse: «La reconnaissance de la France est restrictive. Paris ne s’est prononcé ni sur la légitimité de la République populaire, ni sur l’unité de la Chine ou sur l’appartenance de Taïwan à la République populaire de Chine», in «La grandeur, Politique étrangère du général de Gaulle, 1958-1969», Paris, Fayard, 1998, 726 pages. , p. 520.(3) Yangzi (fleuve Bleu), Huang He (fleuve Jaune), Mékong, Indus, Brahmapoutre, Salouen, Irrawaddy, Sutlej et deux affluents du Gange. Voir notre chronique «L’Asie, l’eau et la guerre», L’Economiste, 4 juillet 2007.

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