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    Economie

    Le système bancaire, la privatisation:

    Par L'Economiste | Edition N°:159 Le 22/12/1994 | Partager

    Les taux d'intérêt et la privatisation de la BMCE ont été deux des dossiers chauds depuis la rentrée des affaires. Bien que ce ne soit pas des dossiers techniquement liés entre eux, ils ont en commun d'appartenir au vaste ensemble de réformes qui doivent accompagner la modernisation de l'économie du Royaume. L'enjeu n'est pas mince...

    L'Economiste: Que sont ces bizarres "crédits spots" apparus sur le marché, avec une ligne sur quelques jours à des taux défiant toute concurrence?
    - M. Abdellatif Jouahri: Et quand la banque les renouvelle, que deviennent ces lignes? des facilités de caisse? des crédits de fonctionnement? des emplois structurels? Vous avez trouvé le qualificatif: ces crédits sont des bizarreries. Logiquement, ils devraient être des opérations hors banque, comme les billets de trésorerie. Ce mot "spot" a été utilisé mais il ne correspond à rien de précis. Si vous tirez sur votre banque et que vous avez un découvert remboursé aussitôt, vous pouvez appeler cela une "opération spot", si vous voulez.

    - Mais les taux sont très bas dans ces opérations.
    - C'est là le vrai problème. Ce qu'il faut repousser, c'est qu'en raison d'une situation conjoncturelle on se mette à inventer des opérations qui ne correspondent en rien à des opérations financières réelles. Cela est dangereux. Je veux revenir aux principes de base: ceux des équilibres macro-économiques qui permettent la croissance.

    - Mais la baisse des taux favorise la croissance.
    - Attention à l'illusion d'optique dans ce domaine. Abaissez les taux, rendez-les voisins ou inférieurs au taux d'inflation et vous ferez disparaître l'épargne. Or, comme actuellement le différentiel est étroit, vous risquez de rejeter l'épargne vers des canaux parallèles, peut-être la contrebande, pour ne pas supposer des placements pires... Je n'exclus pas de raisonner en faveur de l'utilisateur du crédit, mais rien ne doit venir perturber l'épargne. Nous l'avons payé assez cher avant le programme d'ajustement. Soyons prudents dans ce domaine, où malheureusement il n'y a pas de miracle. Avant même d'observer l'intérêt des banques et leur rentabilité, il faut prendre en considération les grands équilibres.

    - Au niveau des taux créditeurs, nous observons des différences d'une banque à l'autre, la discipline du GPBM est-elle abandonnée?
    - J'approuve la concurrence que se font les banques, sous réserve des grands principes dont nous venons de parler bien sûr. Le GPBM peut donner des orientations mais n'a pas à intervenir dans les choix commerciaux de ses membres.

    - Le paysage bancaire doit-il se modifier?
    - Personnellement, je serais favorable à un peu de concentration dans le système bancaire. Ce n'est pas qu'il y ait trop de banques au Maroc. Il faut bien comprendre les évolutions en cours. Il faut des tailles suffisantes pour entreprendre ce que nous de vous faire pour notre pays. Regardez, si vous voulez ouvrir une représentation à Londres, les tailles actuelles rendent l'opération hasardeuse. Aussi aucune banque marocaine n'est-elle présente sur ce qui représente le premier marché financier du monde. Nous n'avons aucune représentation en Amérique latine, aucune chez les Nouveaux Dragons asiatiques. Nous pourrions aussi ouvrir notre marché des banques étrangères. Cela a été fait par le passé. Mais il faudrait aussi que cela soit réalisé sur une base de réciprocité. Celle-ci est d'ailleurs prévue dans les directives européennes

    - Comment analysez-vous le différend entre les banques, le fisc et les autorités monétaires sur la question des provisions?
    - Nous avons posé le problème de la dissonance entre les règles prudentielles et les règles fiscales, il y a déjà longtemps, du temps de l'ancien Comité Consultatif du Crédit et du Marché Financier. Nous avions dit que, dans la mesure où elle relève d'une tutelle unique, celle du ministre des Finances, lequel a en charge le budget et la monnaie, cette question devait trouver une solution. Donc, entre gens de bonne volonté, ce que nous sommes tous, nous pouvons trouver une solution avant la fin de cette année.

    - Les banques vont-elles réajuster leur déclaration fiscale de l'exercice 1993?
    - Je crois que ce serait très difficile, techniquement. Nous allons trouver d'autres solutions acceptables pour tout le monde. Ceci dit, nous sommes conscients des impératifs budgétaires.

    Propos recueillis par Nadia SALAH

    (Voir en article suivant les commentaires de M. Abdellatif Jouahri sur la privatisation de la BMCE)

    Un "privatisable" heureux...

    M. Abdellatif Jouahri a tout l'air d'être un privatisable heureux: rieur, parfois taquin, il commente la privatisation de la BMCE, dont il est le président. Il démontre qu'il n y a rien de stratégique dans une banque et qu'il ne faut pas assimiler le travail des banquiers avec le rôle de régulation, qui est l'apanage de l'Etat. L'analyse de M. Jouahri, qui a été le ministre des Finances ayant fait démarrer le Programme d'Ajustement Structurel en 1983, fait suite à celles du ministre de la Privatisation, M. Abderrahmane Saaïdi et du ministre des Finances et des Investissements, M. Mourad Chérif. Ces deux dernières prises de position avaient ouvert la voie à la révision d'anciens principes d'économie politique, ressurgis ici ou là, depuis six mois. M. Jouahri apporte à la révision le poids de l'homme politique devenu praticien. M. Abdellatif Jouahri conserve son ton rieur lorsqu'il reprend sa casquette de président du Groupement Professionnel des Banques du Maroc pour observer le comportement des banques. Là aussi il met son autorité morale du côté de la modernisation, tout en lançant une mise en garde: attention aux grands équilibres macro-économiques.

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