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Politique

Le syndicalisme «partisan» montre ses limites

Par L'Economiste | Edition N°:2344 Le 22/08/2006 | Partager

L’émiettement, qui caractérise désormais le champ syndical, cessera lorsque les dirigeants des partis cesseront de vouloir instrumentaliser les syndicats. Mais, selon Fouad Benseddik, directeur des méthodes et des relations institutionnelles de Vigeo, ce jour ne viendra que lorsque les syndicalistes eux-mêmes porteront un regard lucide et critique sur leur propre rôle dans l’entreprise. Entretien . L’Economiste: Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le champ syndicaliste avec toutes ces scissions et démissions en série?- Fouad Benseddik: Ces phénomènes seraient préoccupants s’ils résultaient vraiment de conflits d’intérêts ou de différences d’objectifs qui diviseraient le salariat marocain, comme ce fut le cas en Europe, pour des motifs idéologiques, religieux, ou sectoriels. Les grandes frontières qui partagent le monde du travail marocain sont celles qui séparent les travailleurs ruraux de ceux des villes, ceux du secteur formel et ceux de l’informel, les qualifiés et les analphabètes, ceux qui sont protégés par des statuts et qui jouissent de prestations de sécurité sociale et les précaires, les femmes et les hommes, les diplômés au chômage et les nantis sans diplômes... Je ne vois pas que les agitations des appareils rendent compte de ces réalités. On a surchargé le syndicalisme de fantasmes politiques. La répression policière a frappé, terriblement, pendant plus de quarante ans, des milliers de gens de bonne foi qui ont payé de leur emploi ou de leur liberté leur appartenance syndicale. Les conditions de la compétition politique ont fait le reste. . Justement, dans quelle mesure l’intervention partisane dans le champ syndical est-elle responsable de l’ébullition actuelle? - Par sincère conviction ou par calcul, les partis politiques dans leur quasi-totalité ont cru rationnel d’accroître leur influence au moindre coût. C’est-à-dire sans devoir assurer le recrutement patient de leurs adhérents, sans la formation de cadres capables de travail de proximité avec les gens, considérant que la création et le contrôle de sections de salariés pouvaient conduire à élargir leur audience ou leurs bases électorales. L’ouverture du collège électoral des salariés à la deuxième chambre du Parlement a aiguisé ce calcul. Au final, les interventions partisanes dans le champ syndical ont découpé la représentation institutionnelle des salariés en rondelles de mortadelle. Sauf que ces rondelles deviennent des oligarchies dépourvues de relais dans le monde du travail. La prolifération des syndicats par divisions successives est plus un signe de morbidité que de vitalité. . Que dire alors de la fascination réciproque syndicats/partis qui fait que des militants syndicaux briguent des postes à responsabilités dans des partis politiques et inversement?- Ce type de tentation est fréquent, au Maroc comme ailleurs. Mais ce sont des aventures qui finissent souvent mal. Pensez à Lech Walesa. Prenez aussi l’actuel ministre de la Défense d’Israël qui a été le numéro un de l’Histadrut. Il faut espérer que Lula, le président brésilien, finisse mieux. Mais lorsque, de façon récurrente, des individus préfèrent devenir les adversaires de leurs camarades de la veille, plutôt que d’agir pour transformer de l’intérieur leurs propres organisations, c’est qu’il y a dans la société en général des problèmes non encore réglés de moralité publique, de culture politique, de démocratie interne et, au final, d’utilité des appareils de direction. Tout cela serait insignifiant n’étaient les immenses besoins sociaux, les incertitudes économiques, et les attentes culturelles des Marocains et du Maroc. Ces phénomènes sont au mieux à considérer comme des non-événements. Mais je crains qu’ils ne soient aussi les signaux de l’essoufflement des élites politiques qui, comme les étoiles lointaines, continuent de rayonner alors qu’elles sont déjà mortes. Ceci dit, il faut rappeler que la fascination réciproque entre syndicats et partis est faite de convergences et de répulsion qui remontent aux origines mêmes du mouvement ouvrier dans le monde. Dans les démocraties apaisées, cette relation a été clarifiée sur la base du chacun chez soi, chacun son rôle, dans le respect mutuel. Ce chemin exige un effort culturel que les Marocains accompliront à leur tour. Les nouvelles générations devront dépasser une culture politique qui était sans doute sincèrement «progressiste» mais qui n’avait pour référence qu’un modèle improbable, le «nassero-léninisme», où chaque parti politique aspire à incarner la totalité sociale en contrôlant des courroies de transmissions envers les salariés, les jeunes, les femmes, les paysans, les commerçants et ainsi de suite. Ce modèle, parce qu’il ignore la nécessaire autonomie des corps intermédiaires, débouche sur des courroies qui ne transmettent pas grand-chose. . Cette crise que vit le syndicalisme au Maroc annonce-t-elle une reconfiguration du paysage syndical et une redistribution des cartes? - J’ai la conviction que l’émiettement syndical cessera lorsque les dirigeants des partis cesseront de vouloir instrumentaliser les syndicats et que ce jour ne viendra que lorsque les syndicalistes eux-mêmes porteront un regard lucide et critique sur leur propre rôle dans l’entreprise en particulier et dans la société en général, et qu’ils réfléchiront mieux aux conditions de leur indépendance et de leur utilité. Alors les syndicats attireront les salariés, ils se feront respecter des politiques et à ce moment seulement se posera la question d’éventuels rapprochements sur des programmes. En attendant, ce sont les plus clairvoyants parmi les dirigeants d’entreprises qui, comprenant l’importance du facteur humain pour la cohésion de leurs équipes et la performance de leurs affaires, font concrètement vivre le dialogue social, la négociation et le contrat collectif. C’est le cas, fort heureusement, pour le Maroc, dans le secteur moderne de l’économie et ce sont ces exemples-là qui méritent d’être connus et encouragés. Propos recueillis par Khadija EL HASSANI

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