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    Le retour de la dissuasion nucléaire
    Par le colonel Jean-Louis Dufour

    Par L'Economiste | Edition N°:3033 Le 27/05/2009 | Partager

    Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’Armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er Régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet, dont «La guerre au XXe siècle» (Hachette 2003), «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad» (Editions Complexe, 2004)Il y a de cela trois ou quatre ans, dans une enceinte parisienne, l’auteur de ces lignes prononçait une conférence sur le thème «Défense nationale et perspectives». Un auditeur osa demander quel était l’intérêt désormais pour la France de mettre en œuvre une force de dissuasion nucléaire, puisque l’ennemi avait disparu. Plus rien ne semblait en effet justifier la présence permanente à la mer d’un ou deux sous-marins lanceurs d’engins (SNLE). Force fut de reconnaître que l’impertinent n’avait pas tort. Toute dissuasion n’a de sens qu’en fonction d’un adversaire prédésigné. S’il n’est pas interdit de concevoir une défense tous azimuts, il faut tout de même savoir contre quels objectifs les missiles seraient éventuellement mis à feu. Il fut répondu que les SNLE existant, il ne serait pas raisonnable de «les noyer comme des petits chiens». Le choix avait été fait de maintenir en l’état la force de dissuasion nucléaire. Après tout, nul ne peut dire l’avenir. L’outil existait, le mieux était encore de le conserver tout en l’améliorant. Pour autant, la dissuasion nucléaire semblait une doctrine dépassée. En janvier dernier, trois généraux britanniques, affirmaient encore l’inutilité de l’arme nucléaire(1), incapable, disaient-ils, d’empêcher les violences dont notre monde est prodigue. La France n’était pas en reste puisqu’on notait sur le site des Armées françaises cette remarque de bon sens: «La stratégie nucléaire est une langue morte; en matière de dissuasion, tous les concepts ont été formulés avant 1975…»(2).Or, depuis plusieurs mois, la dissuasion nucléaire revient au goût du jour. La Russie en devient un adepte convaincu. Les deux puissances nucléaires, que sont désormais l’Inde et le Pakistan, observent dans leurs rapports une évidente retenue. Le problème d’une éventuelle politique de dissuasion se pose pour Israël, comme d’ailleurs pour l’Iran, le jour où Téhéran possédera la bombe. Même chose sans doute pour Séoul et Tokyo vis-à-vis de la Corée du Nord.La dissuasion nucléaire, rappelons-le, est fondée sur la puissance de l’arme. Une seule bombe anéantirait les Pays-Bas ou la Belgique. Trois engins thermonucléaires seraient suffisants pour ravager des pays grands comme le Maroc ou la France. Dissuader consiste donc à décourager par avance un éventuel agresseur en le menaçant d’une riposte propre à lui causer des dommages énormes. A condition, bien sûr, que l’attaque initiale n’élimine pas la totalité des moyens nucléaires dont on dispose avant d’avoir pu riposter. Autrement dit, pas de vraie dissuasion nucléaire sans une capacité de seconde frappe, c’est-à-dire sans la possession de moyens invulnérables. Les seuls connus, à ce jour, sont les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), lesquels sont indétectables lorsqu’ils sont en plongée et donc indestructibles. Cerise sur le gâteau, la dissuasion dite «du faible au fort» est un raffinement de la doctrine. Elle s’appuie sur ce qu’on appelle «le pouvoir égalisateur de l’atome». Une puissance moyenne, voire petite, si elle aligne des SNLE, dont un, au minimum, toujours en patrouille, doit être capable d’infliger à une superpuissance des dégâts considérables, sans rapport avec l’importance de l’enjeu. Cette théorie, nul, jamais, n’a pu la vérifier. Si l’arme nucléaire est employée, cela signifie que la dissuasion a échoué. Cependant, personne n’est en mesure d’affirmer que la dissuasion nucléaire a empêché la troisième guerre mondiale d’éclater. Restent deux faits: cette guerre n’a pas eu lieu alors que les deux Grands possédaient les moyens de s’anéantir l’un l’autre; la dissuasion semble avoir joué un rôle éminent lors de la crise des missiles de Cuba. Dès le 24 octobre 1962, l’URSS consentait au retrait de ses fusées, imprudemment installées à 150 km des côtes de Floride.

    Une arme de non-emploi
    Aujourd’hui, 65 ans après Hiroshima et Nagasaki, l’arme nucléaire n’a toujours pas été réutilisée. Elle est devenue une arme virtuelle, impropre à la guerre, dite de «non-emploi». Elle est pourtant au cœur de la stratégie russe depuis le renoncement de Moscou à la doctrine soviétique du «non-emploi en premier» de l’arme nucléaire. Celle-ci rendait théoriquement possible la guerre conventionnelle, un domaine où l’URSS se sentait supérieur aux forces de l’Otan. Aujourd’hui, le Kremlin feint de croire menacée cette même dissuasion par l’installation projetée par les Etats-Unis d’un bouclier antimissiles, conçu non pour intercepter les engins russes mais les deux ou trois missiles intercontinentaux que des ayatollahs auraient décidé de tirer contre le territoire américain. Entre l’Inde et le Pakistan, tous deux détenteurs de la bombe, la question se pose avec acuité. L’attaque terroriste contre Bombay aurait dû normalement entraîner des représailles de la part de New Delhi. Or l’Inde s’est abstenue de frapper le territoire pakistanais d’où l’agression est venue. Constatons de plus qu’aucun des deux acteurs ne possède une capacité de seconde frappe dont on surestime peut-être le rôle. Après tout, comment être assuré de pouvoir atteindre en une seule attaque toutes les armes nucléaires adverses. Celles-ci sont dissimulées dans des endroits tenus secrets. Certaines sont si profondément enterrées que leur destruction, pour être possible, exige des bombes spéciales (les fameuses bunkers busters(3)) et des informations d’une grande qualité. Pour Islamabad et New Delhi, deux capitales qui ne se sont pas fait la guerre depuis trente-huit ans, la peur de l’apocalypse nucléaire semble prévaloir.Entre Israël et l’Iran, le problème se pose en termes presque semblables. Téhéran a menacé Israël de le rayer de la carte. L’Etat hébreux se demande donc s’il ne devrait pas détruire les installations iraniennes avant que la bombe ait vu le jour. Le problème est qu’Israël, seul, n’a pas les moyens de frapper l’Iran avec suffisamment de précision. D’où la proposition de Reuven Padatzur, dans le quotidien israélien Haaretz du 15 mai: puisque la bombe iranienne est probable, Israël doit adopter le principe de la dissuasion nucléaire. Cela veut dire annoncer à son adversaire potentiel que l’on possède l’arme nucléaire et que l’on s’en servira si l’on est assailli. Pour renforcer la crédibilité de sa dissuasion, Israël réduirait ses ambitions en matière de missiles antimissiles, comme la fusée Hertz, et afficherait clairement et de façon déterminée sa stratégie: «Anéantir l’agresseur qui oserait m’assaillir». Il y a quelques années, un essai remarqué promettait à la guerre un «bel avenir»(4). La dissuasion nucléaire n’y jouait à peu près aucun rôle. L’auteur, s’il voyait juste quant à l’avenir de la guerre, n’avait pas anticipé ce retour possible au seul moyen inventé par les hommes pour la prévenir, à savoir le risque d’un anéantissement réciproque des belligérants. Le retour à la dissuasion nucléaire pourrait ressembler au renouveau d’une stratégie peut-être pas aussi déraisonnable qu’il y paraît. De ses essais nucléaires et de la mise au point de missiles à longue portée, la Corée du Nord attend qu’on s’abstienne de l’assaillir ou qu’on s’en prenne à son régime. Après tout, et ce n’est pas nouveau, «si vis pacem, para bellum», si tu veux la paix, prépare la guerre! Et quelle guerre!--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) lefigaro.fr/flash-actu/2009, 16 janvier 2009, La dissuasion nucléaire est inutile. (2) armees.com/soixante-ans-de-dissuasion-nucléaire/, 16 novembre 2008.(3) Ou «briseuses de bunkers».(4) Philippe Delmas, «Le bel avenir de la guerre», Paris, Gallimard, 1995.

    Une opération risquée

    «Selon le prestigieux et très influent Centre d’études stratégiques et internationales de Washington, Israël a la capacité de mener, jusqu’en Iran, une opération de destruction d’envergure» des installations nucléaires iraniennes,… «mais l’opération serait complexe, hautement risquée et rien n’en garantit le succès». (Le Monde, 21 mai 2009)


    Les «bunkers busters» de l’armée israélienne

    - Le GBU 27, poids 900 kg, 4,2 mètres de long, pénètre 2,4 mètres de béton.- Le GBU 28, poids 2,300 kg, longueur, 5,8 m, pénètre 6 mètres de béton. Ce dernier mastodonte, en plus du béton, peut traverser au préalable une couche de terre de 30 mètres de profondeur. Mais pour que ces bombes atteignent les installations iraniennes dûment protégées, les pilotes israéliens devront viser leurs objectifs avec une précision absolue, ce qui signifie les connaître…


    L’erreur d’Israël

    «Soulignons l’erreur qu’a commise Israël en agitant la menace iranienne. Le régime de Téhéran est certes un adversaire acharné et inflexible, mais il est loin de représenter une menace vitale pour Israël. L’implication de l’Iran dans le terrorisme qui s’est abattu sur la région pose certes des questions, mais une chose est de financer des terroristes, et une autre de lancer des missiles nucléaires contre Israël. Même si l’Iran parvenait à se procurer des armes nucléaires, la capacité dissuasive d’Israël suffirait à faire réfléchir tout dirigeant iranien avant d’envisager un tir de missiles nucléaires»(Reuven Padatzur, correspondant militaire du quotidien israélien de centre gauche Haaretz), 15 mai 2009, traduit et repris dans Le Monde du 21 mai 2009, par Patrice Claude, sous le titre «Israël-Iran, les risques et périls d’une attaque»).

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