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    Le plan de relance américain: plus de dollars que de bruit…
    Par Michael Spence

    Par L'Economiste | Edition N°:3244 Le 31/03/2010 | Partager

    L’excès de levier des secteurs financier et immobilier, qui caractérise l’avant-crise américaine, s’est traduit par une bulle d’actifs, dont l’effondrement s’est soldé par des bilans diversement négatifs. Il a fallu, par contrecoup, rétablir la valeur des actifs, bloquer les leviers et assainir les bilans, et on assiste aujourd’hui à la hausse du taux d’épargne, à un déclin important de la demande intérieure et à une forte augmentation du chômage.Les Etats-Unis sont maintenant confrontés à la grande question de savoir si le maintien des incitations fiscales et monétaires peut – comme certains le pensent – contribuer à redresser l’économie, ou non. Certes, au pire de la crise, la combinaison des incitations fiscales et d’une détente monétaire d’envergure a eu pour effet d’éviter le gel du crédit et d’enrayer la spirale descendante du prix des actifs et de l’activité de l’économie réelle, mais cette période est révolue.La période d’avant-crise, une période de consommation des plus-values qui, du moins partiellement, se sont avérées éphémères, a évidemment conduit à une période d’après-crise, caractérisée par la stagnation des dépenses, la baisse de la demande et la hausse du chômage. On peut y remédier par une politique anticyclique, mais on ne peut ni défaire le mal qui a été fait, ni pousser la reprise au-delà de certaines limites.

    Jouer perdant
    Résultat pour le revenu des ménages, les avantages liés aux incitations provisionnées par le déficit sont aujourd’hui diminués par la tendance à sauvegarder et à recouvrer la valeur nette. Du côté des affaires, l’investissement et l’emploi ne répondent à la demande qu’une fois que les stocks ont accompli leur cycle. Tant que la demande ne sera pas de retour, les affaires resteront en mode compression des dépenses.Le vrai problème, c’est que face à une économie qui bloque les leviers et dont les bilans, les exportations et la configuration microéconomique – bref, ce qui fait son potentiel de croissance – sont en cours de restructuration, les dépenses qui creusent délibérément le déficit jouent maintenant perdant. Cette restructuration adviendra, dépenses déficitaires ou pas, mais il ne faut pas que les politiques évacuent le fait qu’il y a des limites à la vitesse de cette restructuration.Un excès de vitesse ne sera pas seulement dommageable à l’équilibre budgétaire, à la stabilité et à la solidité du dollar, mais fragilisera l’économie et les finances publiques et les exposera à de futurs chocs, bien supérieurs aux modestes profits à court terme de l’investissement et de l’emploi. La demande va se réveiller, mais lentement.Certes, le prix des actifs a suffisamment récupéré pour améliorer les bilans, mais sans doute pas encore suffisamment pour améliorer la consommation. Avant que celle-ci ne bénéficie des retombées, il faudra attendre un bon moment que les bilans, des ménages comme des affaires, soient plus complètement consolidés.Une partie de la demande pourrait reprendre, grâce à la demande extérieure de pays qui affichent aujourd’hui un excédent commercial (Chine, Allemagne et Japon, entre autres). Cela implique également une évolution structurelle de ces économies, et c’est donc synonyme de temps.D’autant qu’une plus forte demande extérieure exigera de l’économie américaine qu’elle se soumette, elle aussi, à des changements structurels. Il n’est pas question de minimiser l’importance du rééquilibrage de la demande globale, bien au contraire, mais dans les économies avancées, notamment aux Etats-Unis, c’est un objectif qui tient davantage d’une consolidation de la croissance mondiale en trois ou cinq ans, que d’un retour à court terme à l’équilibre et à l’emploi.
    Réduire l’inégalité du fardeau
    Aujourd’hui, le meilleur usage que l’on peut faire des déficits et de la dette publique c’est de les aiguiller sur les problèmes distributionnels, notamment le chômage, observé et potentiel. Dans une récession bilancielle de grande ampleur comme celle que l’on connaît, il faut que l’assurance chômage soit importante et prolongée. Soutenir que cela dissuade les chômeurs de chercher du travail, cela se défend en temps normal, mais pas en ce moment.Le chômage d’aujourd’hui est structurel, après tout. Il n’est pas imputable à des incitations déraisonnables. Il faut augmenter et allonger les prestations de chômage pour une durée discrétionnaire limitée, et une fois les obstacles structurels levés, les prestations pourront de nouveau se plier à leurs anciennes normes. Agir ainsi permettra non seulement de réduire l’inégalité du fardeau qui accable aujourd’hui les chômeurs, mais aussi de soutenir la consommation et peut-être d’amener ceux qui craignent de perdre leur emploi à ne pas trop se réfugier dans l’épargne.Le reste du monde préférerait dans l’ensemble un dollar plus fort, moins d’influx de capitaux avec leur parfum de portage, et une moins grande nécessité de contrôler l’appréciation de leur propre monnaie, pour en éviter l’impact négatif sur la compétitivité de leur économie. Bref, une politique monétaire, comme celle que l’on suit actuellement pour l’économie fragile des Etats-Unis, aboutira à des aberrations au niveau mondial qui appelleront à des réactions de la part de nombreux pays.En incriminant la défaillance du système financier et le rôle du crédit laxiste dans l’escalade du risque systémique, les politiques ont fait de la crise un portrait qui a inoculé aux populations de l’économie réelle le sentiment d’avoir été des victimes – des victimes, malgré tout, qui se livraient encore, juste avant la crise, à l’achat frénétique de maisons, de vacances, de téléviseurs, et d’automobiles. Cette appréciation de la crise a conduit, en dépit d’un faible gain marginal, à abuser des mesures de soulagement. Le plus important aujourd’hui, c’est le soutien aux demandeurs d’emploi, la stabilité des finances publiques avec un plan de réduction du déficit clairement expliqué, plus de transparence sur les perspectives de croissance à moyen terme, et un rétablissement cohérent, consacré au rééquilibrage des bilans sans un recours systématique au gouvernement.

    Exercice d’équilibre

    La politique monétaire est un exercice d’équilibre autrement plus complexe et difficile. Une politique plus offensive en matière de taux d’intérêt entraînerait une baisse du prix des actifs (ou du moins un ralentissement de l’appréciation des taux de change), une augmentation du service de la dette à taux variable, des difficultés bilancielles supplémentaires et des blocages de levier incontrôlés, comme des saisies. Tout ceci retarderait la reprise, au risque de la mettre au point mort.Exclure cette approche n’est pas non plus sans conséquences. Le crédit à bas prix n’a pas d’effet sensible sur la consommation à court terme, mais il peut entraîner une inflation et une mauvaise allocation d’actifs.Copyright: Project Syndicate, 2010.www.project-syndicate.orgTraduit de l’anglais par Michelle Flamand

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