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    Economie

    Le patronat plaide pour une nouvelle politique industrielle

    Par L'Economiste | Edition N°:9 Le 29/12/1991 | Partager

    Le patronat veut se doter d'une politique industrielle, et pour ce faire il commencera par une étude sur la formation des coûts de production au Maroc. C'est ce qu'annonce M. Abdellatif Bel Madani le nouveau Président du Bureau de la Fédération de l'Industrie, au sein de la Confédération Générale Economique Marocaine. C'est ce qu'il explique, en exclusivité pour les lecteurs de L'Economiste. Il souhaite aussi mettre en place une politique plus dynamique de communication: "Les non-industriels connaissent mal nos problèmes d'industriels", estime-t-il précisant que "c'est un peu de notre faute". Il avance pour preuve de l'exactitude de son point de vue, le fait que de Budget en Budget, les impératifs industriels sont perdus de vue.


    Sur le fond, M. Bel Madani voudrait donc que l'on reformule les axes de la politique industrielle: elle était présenté en permanence dans les années 70 et début 80; depuis, la libéralisation a rendu caduque une partie des méthodes, il est donc temps de moderniser les manières de penser l'industrialisation et de les mettre en relation avec d'une part les diverses libertés d'actions introduites sur les marchés, et d'autre part avec l'objectif général, lequel reste le développement du pays.
    M. Bel Madani remarque que le niveau de développement atteint aujourd'hui par l'économie marocaine n'autorise pas à se passer de "l'étape industrielle". "Le niveau de vie, la croissance démographique comme les besoins impératifs de créer des emplois productifs remarque-t-il, imposent d"accroître la production". Or, note-t-il, l'accroissement de la production primaire débouche sur la libération de main d'oeuvre, "qu'il faut qu'un autre secteur récupère". Certes, admet-il, les services peuvent en prendre une partie, mais le développement des services est avant tout la conséquence du développement industriel. "Il faut donc asseoir ce développement sur la production de biens physiques, que sont les biens industriels". Dans son raisonnement, quelque soit l'angle sous lequel on pose la question du développement, elle revient à poser la question de la stratégie industrielle.

    Informations trop vagues ou anecdotiques

    "La politique économique telle qu'exprimée par le gouvernement veut développer les exportations" note-t-il avant d'en déduire que cette politique passe par une compétitivité accrue, sur les marchés-clients et vis-à-vis de la concurrence.
    On connaît mal la position concurrentielle du Maroc vis-à-vis de pays de niveau similaire. Aussi, est-il nécessaire d'étudier "sérieusement" les éléments jouant sur les intrants, tels que la fiscalité, les infrastructures et ce, par secteurs. Une Commission a été formée à la CGEM, annonce M. Bel Madani, qui se dit persuadé que le Ministère de tutelle se joindra aux travaux; "nous avons besoin que ces travaux soient consensuels car nous devrions nous en servir pour modeler une politique industrielle". Il regrette qu'actuellement l'appréciation des résultats et des besoins de l'industriel ne s'appuient que sur des informations vagues ou anecdotiques.
    "Il semblerait, qu'un certain nombre d'intrants grèvent notre position concurrentielle" remarque M. Bel Madani qui recommande d'attendre les résultats de l'étude projetée avant de tirer la moindre conclusion.
    L'analyse de la position sur les marchés est plus simple: ce sont des marchés à fort pouvoir d'achat et industrialisés.
    Ceci signifie qu'ils ont, liste M. Bel Madani, plusieurs avantages: ils nous ont précédé, ils ont la maîtrise, ils disposent de l'effet "tailles de marchés". La liste des avantages comparatifs des entreprises se trouvant dans les marchés cibles, n'interdit pas l'action des industries marocaines, qui disposent, outre d'une main d'oeuvre "dextre et qualifiée", d'un management comparable aux niveaux européens et peuvent jouer sur le coût de la délocalisation et des logistiques d'approche.

    Protection de remise à niveau

    Pour M. Bel Madani, la politique de développement des exportations n'est pas dissociable d'une protection "intelligente". Comme son ministère de tutelle il classe sous l'étiquette de "mesure fiscale" le PFI et considère qu'il ne doit pas être pris en ligne de compte pour analyser la protection. Par contre, il propose d'aborder l'analyse en deux étapes.
    La première est, selon lui, une simple remise à niveau, pour compenser les sur-coûts. "C'est l'étude qui nous dira quel est, par secteur, le niveau de sur-coût". Cependant, il estime que compte tenu des sur-coûts, certes non encore chiffrés mais visibles, cette partie de remise à niveau est sans doute importante.
    Ensuite seulement vient la protection proprement dite, en tant que méthode de politique économique qui palierait la différence de taille.
    "On ne sait pas très bien comment ce niveau a été choisi, note-t-il, mais toujours est-il que l'on s'en tient aujourd'hui à un niveau de protection nominale de 45%. Puis on nous dit aujourd'hui que 35% est un taux suffisament protecteur", s'étonne le nouveau Président de la Fédération.
    Il pose le problème comme une question d'égalité de traitement entre les acteurs sociaux: l'agriculture, par exemple, étant protégée, "il n'y a pas de raison" pour que l'industrie ne le soit pas aussi.

    Il rappelle que l'histoire du développement passe par la protection, où les marchés financent la croissance des produteurs. Critiqué sur le fait que ce financement par les consommateurs, peut entraîner des phénomènes de rentes de situation ou des baisses artificielles de pouvoirs d'achats, M. Bel Madani répond que "on trouvera toujours dans le monde quelqu'un qui produit à un meilleur coût", mais que si on suit ce raisonnement "on ne fera plus rien". Il en appelle à la solidarité nationale pour accepter les coûts du développement tout en souhaitant qu'ils soient chiffrés.
    Si la pression fiscale sur les entreprises modernes demeure en l'état, les entreprises industrielles continueront à avoir des problèmes de cash flow, explique le Président de la Fédération. "Or on nous dit que les entreprises sont sous-capitalisées; dans ces conditions peut-on sérieusement penser que l'on va résoudre les problèmes de l'emploi, si la protection est abaissée" s'interroge-t-il.

    Niveau de protection par secteur

    Il demande que "l'on dise de manière claire quel est le niveau de protection par secteur". Il qualifie de "discussions de salon" les théories qui voudraient que les industries soient performantes, sans aides ni assistance. Le Président de la Fédération cite les exemples des USA, du Japon etde l'Europe, qu'il qualifie "d'édifiants".
    M. Bel Madani juge que le ministère du Commerce et de l'Industrie a "une réelle volonté de protéger l'industrie marocaine". Il remarque l'évolution des objectifs, notamment sur le taux de protection nominal. Il estime que le ministère de tutelle est sensible aux questions de taille de marché. "L'industrie, explique-t-il est toujours une question de série laquelle commande la qualité de l'outillage (...) plus la série est longue, meilleur sera le produit et meilleur sera son prix".
    Il remarque que le développement du textile s'est précisément appuyé sur des séries considérablement plus larges que ne pouvait offrir le marché national.

    Politique de l'investissement

    Une fois posés les principes de protection pour compenser les surcoûts de séries, M. Bel Madani en vient à analyser les stratégies d'investissements.
    Il estime que les modes d'assistance en faveur de l'industrie ont "besoin d'être clarifiés". Observant la situation actuelle, il note que les codes proposent des incitations, notament fiscales, et que celles qui christalise les attentions est l'exonération de l'IS. Il estime qu'il s'agit là d'un faux cadeau dans la mesure où "si l'on est vraiment un industriel, on n'aura pas de cash flow positif durant les cinq premières années", et ce, ajoute-t-il "d'autant plus qu'il n'y a pas d'amortissements accélérés".
    Il propose que l'on se penche sur une rénovation de la politque d'investissements industriels en abordant cinq grands chapitres: le prix des terrains, les coûts de production, la stabilité de l'environnement, le système financier, et la mise en place de Fonds de restructuration.
    En matière de terrains, il multiplie les exemples d'entreprises industrielles entravées dans leur croissance du fait du coùt du terrain et compare avec certains prix relevés aux Etats Unis: "5 Dollars pour un terrain équipé" s'exclame-t-il.
    L'étude à venir devra indentifier les coùts exogènes à l'industrie et permettra donc de fixer les besoins en matière de remise à niveau par les protections compensatoires.
    Ensuite, en matière de stabilité de l'environnement, M. Bel Madani vise les dispositions fiscales. Il déplore leur variabilité et souligne l'exçistence de cas où la philosophie même de l'environnement fiscal est modifié.
    Il se montre particulièrement sévère à l'encontre de la Cotisation Minimale.

    Amortissements accélérés: mesure "obligatoire"

    Toujours en matière de fiscalité, M. Bel Madani insiste sur le caractère nécessaire, "obligatoire", de l'amortissement accéléré. Il fait remarquer que pour maintenir son niveau technologique, une entreprise aujourd'hui performente, "doit être autorisée à pratiquer les amortissements accélérés" sous peine de perdre rapidement ses acquis de compétitivité.
    A propos des financements de l'investissement, M. Bel Madani note qu'actuellement il n'y a pas de vrai marché financier. Il en déduit qu'il devrait donc y avoir une concertation pour prendre les décisions de politique financière. "Or, dit-il, nous remarquons que les concertations entre le GPBM et les autorités monétaires se font en l'absence des agents économiques consommateurs des crédits". "Le coût de la liberté est entièrement supporté par les agents économiques à qui il est aussi demandé des efforts d'embauche et de contribution fiscale".
    En outre, les distorsions entre les divers produits financiers, amenant le Président de la Fédération de l'Industrie à s'interroger sur la cohérence même de la stratégie économique: "j'admets tout à fait que les revenus de l'épargne soient taxés, car se sont des revenus, par contre, il faut se pencher sur les inégalités de traitements entre les épargnants en fonction du produit qu'ils choisissent".
    M. Bel Madani redoute que les exonérations dont continueront à jouir les Bons du Trésor ou assimilés, engendrent des assèchements au niveau des ressources financières disponibles pour le financement industriel.

    Il conteste que la hausse des taux d'intérêt soit le simple résultat de l'accroissement de la demande de crédits industriels, précisément parce que le marché est artificiellement limité. Il suggère le rétablissement d'un "vrai marché" avec la liberté pour les industriels de diversifier les modalités d'appel à l'épargne.
    M. Bel Madani en appelle, en outre, à une responsabilisation des administrations, notamment en matière de retard de paiements des marchés publics.
    Enfin, et toujours pour mettre en place une politique cohérente d'investissements industriels, il souhaite que soient mis en place des "Fonds de restruturation par secteur", Fonds qui "pourraient être inscrits dans les Lois de Finances". Il donne l'exemple de la stratégie mise en place pour réduire les effets de la Crise du Golfe et considère que ce cas peut être reproduit dans d'autres situations.

    Formation: "on n'a pas toujours raison"

    A propos de la formation, qu'il juge "indispensable", le Président de la Fédération de l'Industrie note que "les entrepreneurs n'ont pas toujours raison". Il souligne les efforts d'un office tel que celui de la Formation Professionnelle et de la Promotion du Travail, notamment son "sens du service à l'industrie". Il regrette que "toutes les possibilités de l'OFPPT ne soient pas pleinement utilisées.
    Il s'oppose fermement aux idées qui voudraient lier la formation à l'obligation de rester chez l'employeur-formateur: "votre salarié ne vous appartient pas".
    "Nous sommes loin, dans l'industrie, à avoir bien pris la mesure de la nécessité de la formation" poursuit-il et il attire l'attention sur les initiatives "positives" des associations telles que l'AMIT et la FIMME.
    Il note que "l'intérêt des industriels pour la formation s'élargit" et il s'en félicite.
    M. Bel Madani souligne que la politique industrielle dans un cadre libéral ne peut pas être isolée des autres stratégies. Il souhaite à titre d'exemple que soient libérées des produits tels que le crédits à la consommation ou que la prommotion industrielle soit accompagnée d'une stratégie pour améliorer l'environnement...

    Abstract

    Le nouveau président de la Fédération de l'Industrie au sein de la CGEM souhaite remodeler la stratégie industrielle.
    Sur le plan global, il estime que l'on ne peut pas se passer de l'étape industrielle.
    Il remarque que pour l'instant, on manque de données précises, notamment sur les "coûts exogènes", c'est-à-dire les sur-coûts acquittés par l'industrie. Il estime que la protection doit donc être compensatoire.
    Il compte sur les résultats d'une étude à lancer pour mesurer, par secteur, les besoins de protection pour cette remise à niveau.
    Il propose en outre une série d'actions ou d'approches pour soutenir l'intérêt de l'investissement industriel.
    Il recommande une stabilité du système fiscal, l'élimination des distorsions des marchés financiers et insiste sur l'amortissement accéléré.

    Nadia SALAH.

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