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International

Le Pakistan trahi!
Par Jean Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:3133 Le 21/10/2009 | Partager

Jeudi 15 octobre, des militants supposés appartenir au Mouvement des talibans du Pakistan, le TTP, ont lancé assauts et attaques suicides contre trois installations relevant de la police à Lahore. Trente-huit personnes ont été tuées. Cette flambée de violence suivait onze autres attaques, elles aussi survenues la semaine passée. Et comme l’opération de l’armée pakistanaise contre le Sud Waziristan, annoncée dès juin, a été lancée samedi, il est possible d’imaginer pour les jours à venir d’autres actions brutales de talibans désireux d’afficher leur détermination. Jeudi, également, le président des Etats-Unis, Barack Obama, a paraphé la loi Kerry-Lugar, du nom de ses auteurs. En vertu de ce texte voté par les sénateurs, les Etats-Unis s’engagent à tripler le montant de leur aide au Pakistan, soit 7,5 milliards de dollars annuels, pour les cinq ans à venir. Destinée à la construction d’infrastructures, des investissements utiles et bienvenus dans une région du monde où le sous-emploi est endémique, cette aide pourrait et devrait être accueillie par les Pakistanais comme un rayon de soleil dans un ciel glauque. Les malheurs dus au terrorisme auraient au moins produit ce ballon d’oxygène financier dont a tant besoin un Pakistan en quasi état de guerre, et confronté à d’insondables difficultés économiques. Après tout, les Etats-Unis marquent leur solidarité avec un vieil allié, situé en première ligne dans un combat, naguère qualifié par George W. Bush de «guerre contre le terrorisme». Quoi de plus naturel!? Pourtant, Islamabad en veut aux Américains! L’opinion, l’armée, les milieux opposés au président Asif Ali Zardari, beaucoup dénoncent l’ingérence de Washington dans les affaires du pays. Certains parlent même de «trahison». Pas moins! Pourquoi?L’aide promise par Washington est soumise à des conditions que les Pakistanais jugent inacceptables. Les fonds ne seront débloqués que dans la mesure où la secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, pourra certifier aux élus que l’Etat pakistanais lutte effectivement contre les insurgés et que son gouvernement affirme sa prééminence sur les militaires.Aux yeux de l’état-major, grand décideur politique au Pakistan, le simple énoncé de ces conditions, quand bien même leur caractère obligatoire ne serait pas absolument évident(1), constitue un manquement à l’alliance Etats-Unis-Pakistan, une alliance au demeurant largement malmenée.Dès 1947 et les débuts sanglants du Pakistan, il apparaissait clairement que le nouvel Etat n’avait pas retiré la meilleure part de la scission de feu l’empire des Indes. Taillé sur des mesures suggérées par les Britanniques, toujours influents à l’époque, réparti en deux entités(2) éloignées l’une de l’autre de 1.600 km, le «Pays des purs» se voyait privé de toute profondeur stratégique. L’Inde, au contraire, avait l’avantage dans plusieurs domaines essentiels, un vaste territoire, une population très nombreuse, une armée déjà organisée, de vraies richesses. Confronté à cette évidente réalité, le Pakistan devait donc se trouver un allié de taille, grande puissance de préférence, les Etats-Unis par exemple!Pendant des décennies, le Pakistan a tout fait pour se rendre utile aux Américains. Il leur a permis d’installer des bases sur ses côtes, il a facilité leur rapprochement avec la Chine aux pires moments de la guerre froide, il a pris largement à son compte la guerre par procuration menée par Washington contre l’Armée rouge en Afghanistan, via moudjahidines afghans interposés. Depuis des mois, l’armée pakistanaise se bat, faisant montre d’une détermination nouvelle, contre les talibans insurgés du TTP. En échange, Islamabad comptait sur des garanties américaines en matière de sécurité; il espérait se voir consenties une assistance militaire et une aide économique. Ainsi pourrait-il équilibrer quelque peu la puissance de l’Inde.Washington n’a jamais vraiment répondu aux attentes d’Islamabad. L’alliance avec le Pakistan a certes, parfois, été jugée utile à Washington. Cela n’a pas empêché l’Inde de s’affirmer comme le poids lourd du sous-continent et d’être traitée comme tel par les Etats-Unis. Une Inde, alliée de l’Amérique, placée comme elle l’est sur l’océan Indien, serait stratégiquement avantageuse: elle permettrait de se couvrir face à la Chine et à la Russie et pourrait constituer une barrière contre l’islamisme radical. De plus, New Delhi a les moyens de protéger, et si nécessaire de menacer, le trafic maritime entre le Golfe et l’Asie. Enfin, cerise sur le gâteau, l’Inde est une démocratie, la plus vaste de la planète. Les circonstances n’ont pas toujours permis d’approfondir un éventuel partenariat stratégique indo-américain. Mais les temps ont changé. Les alliances de la guerre froide ne sont plus tout à fait pertinentes. Rien n’empêche l’Inde et les Etats-Unis de veiller ensemble à la sauvegarde de leurs intérêts communs. Paradoxalement, l’un des dossiers concernant les deux pays est justement le Pakistan et la menace que constitue, pour New Delhi comme pour Washington, l’activisme islamiste. La seule perspective de voir s’établir un partenariat stratégique USA-Inde frappe évidemment Islamabad au cœur. Confronté depuis longtemps aux hésitations de Washington à garantir ses frontières, le Pakistan s’est doté d’une force de frappe nucléaire. Il a fait en sorte de pouvoir peser sur ses voisins, et d’abord en Afghanistan, en y organisant une subversion par procuration. L’opération ayant vite échappé à ses promoteurs, Islamabad s’est vu contraint de lutter aux côtés des Etats-Unis contre le terrorisme islamiste. D’où la relance de l’aide fournie au Pakistan par les Etats-Unis. Cependant, comme l’indique la loi Kerry-Lugar, cette assistance américaine ne va pas sans contreparties, lesquelles revêtent aujourd’hui une importance primordiale. Car les Etats-Unis, contraints par les réalités amères de la guerre d’Afghanistan, risquent un jour, peut-être proche, de ne plus accorder à la lutte contre les talibans la même attention qu’aujourd’hui pour mieux se consacrer aux véritables priorités du moment. Les Pakistanais pourraient très vite se retrouver seuls à combattre la subversion des talibans pashtouns. A Islamabad, le sentiment d’avoir été trahi gagne du terrain. En même temps, la politique d’exportation de la subversion semble avoir décidément échoué. Les militants et miliciens islamistes que le Pakistan a longtemps poussés, entretenus et même encadrés cherchent maintenant à saper sa cohérence politique: bonne occasion pour Washington et New Delhi de se ménager des terrains d’entente!--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Encore que! Le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Shah Mehmood Qureshi, avait initialement applaudi à Washington le plan d’aide américain. De retour à Islamabad, confronté à la vive réaction de l’état-major, il a dû repartir aussitôt pour les Etats-Unis afin d’y faire part des réserves de son gouvernement. Ce qui lui a valu une réplique cinglante de John Kerry, l’ancien candidat démocrate à la présidence: «S’il y a eu une erreur d’interprétation du texte, nous le clarifierons volontiers, mais nous n’avons pas l’intention de modifier la loi». (2) Le Pakistan actuel, dit occidental, et sa province orientale, devenue le Bangla Desh, en décembre 1971 (voir encadré).


Le sujet traité dans les colonnes de L’Economiste

- 21 mai 2008, «Inde-Pakistan, une crise possible»- 3 décembre 2008, «La guerre de Bombay»- 21 janvier 2009, «Inde-Pakistan, la guerre ou la bombe»- 17 septembre 2009, «Etats-Unis-Pakistan, la crise qui vient»


Trois guerres indo-pakistanaises
1. En 1947, le contrôle du Cachemire conduit l’Inde et le Pakistan à s’affronter dès le lendemain de la partition, devenue effective le 15 août. Au Cachemire, la majorité de la population est musulmane mais le maharadjah est hindou. Ce dernier compte préserver l’autonomie politique et l’intégrité de son Etat. Cependant, le soulèvement d’une partie de la population favorable au rattachement avec le Pakistan, et l’appui que lui apporte l’armée pakistanaise, amène le maharadjah, le 28 octobre 1947, à opter pour l’Inde en échange de l’aide militaire de New Delhi. Cette décision entraîne l’intervention des armées des deux pays. La guerre aboutit à la partition du Cachemire via une «ligne de contrôle» établie le 1er janvier 1949, surveillée par une mission de l’ONU, constituée d’officiers canadiens, yougoslaves, polonais.2. La guerre de 1965 est déclenchée par le Pakistan. Celui-ci, le 2 août, tente d’infiltrer la partie indienne du Cachemire. Les soldats infiltrés sont rapidement repérés. L’Inde réplique le 15 août en franchissant la ligne de cessez-le-feu pour attaquer le Cachemire pakistanais dont elle conquiert 1.600 km2. Le 1er septembre, le Pakistan contre attaque et prend 500 km2 à l’Inde. Le 22 septembre, après 7.000 victimes des combats, le Conseil de sécurité ordonne un cessez-le-feu. L’Inde et le Pakistan évacuent leurs conquêtes respectives.3. La troisième guerre a pour origine le démembrement du Pakistan, cause d’un vrai traumatisme pour ce pays. Depuis 1947, celui-ci est en effet constitué du Pakistan occidental et du Pakistan oriental. 1.600 km de territoire indien séparent des populations de culture et de langue différentes. La guerre commence avec la proclamation de l’indépendance du Bengladesh le 25 mars 1971 qui pousse le Pakistan dans une répression sanglante (500.000 morts), laquelle contraint huit millions de Bengalis à l’exil en Inde. Le 3 décembre, en réplique à une aide discrète apportée par l’armée indienne aux guérilleros bengalis, le Pakistan attaque l’Inde mais il est bientôt battu. Le 17 décembre, un cessez-le-feu est proclamé. Ali Bhutto, nouveau président, reconnaît le Bengladesh.
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