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Le milliard ou la tortue?

Par L'Economiste | Edition N°:2692 Le 15/01/2008 | Partager

. Des écolos s’inquiètent des menaces pour la biodiversité. Les autorités et Fadesa minimisent. Entre dynamique économique et écosystème, difficiles arbitragesL’ire des écologistes croît au fur et à mesure que le projet Fadesa tend vers l’achèvement. A Berkane, Oujda, Saïdia… partout dans l’Oriental, des voix s’élèvent et dénoncent l’impact du projet Mediterrania-Saïdia sur l’environnement: Déforestation, rupture du cordon dunaire, destruction du littoral, de la faune & flore, désertification… Les écolos, qui se sont organisés en collectif, vont plus loin et parlent «de crime écologique à Saïdia commandité par le ministère du Tourisme avec la bénédiction du gouvernement». «Nous ne sommes pas contre le projet ou la promotion de la région, mais nous sommes pour un développement durable et rationnel qui ne se fait pas au détriment de la biodiversité et de l’environnement», précise Mohamed Benatta, ingénieur agronome et porte-parole du collectif. Ce dernier accuse le promoteur-aménageur d’avoir «massacré le littoral et la plage de Saïdia, décimé sa Juniperaie, (site d’importance communautaire et écologique) l’unique au Maroc, et d’avoir rasé complètement la forêt de Tazgraret qui longeait le littoral». Ce n’est pas tout, souligne Benatta, «18 espèces d’oiseaux sont aujourd’hui menacés d’extinction et le projet a déjà exterminé des milliers de tortues grecques et de chalcidès, espèce intimement liée à cet écosystème et répertoriée uniquement dans 4 régions du monde. Ce dernier, poursuit-il, a été endommagé par la destruction du couvert végétal qui stabilisait le sable du littoral. La liste des griefs ne s’arrête pas là. Les membres du collectif pointent du doigt le promoteur et l’accusent d’avoir «complètement rasé des dunes littorales en procédant au pillage de leur sable».Autre plaie dénoncée par les écolos: d’un côté, l’ensablement du port de Saïdia, de l’autre, l’érosion. Une conséquence, selon eux, du réaménagement du port de Saïdia qui impacte la répartition équitable des quantités de sable dans les parties est et ouest de la plage. Les tenants du discours écologique stigmatisent aussi la pression exercée sur les réserves en eau de la Moulouya pour les besoins des chantiers de construction ainsi que pour l’irrigation des vastes aires gazonnées et des terrains de golf. Aux yeux des critiques, aujourd’hui tout le Sibe (Site d’intérêt biologique et écologique) de l’embouchure de la Moulouya est menacé. Benatta ne mâche pas ses mots: «Si le gouvernement ne fait rien, dans 3 ans, c’en est terminé de toute la zone de l’embouchure de la Moulouya». La probabilité d’une menace écologique n’est pas rejetée en bloc par les autorités et le promoteur, mais elle est contrebalancée par l’argument développement économique: «Avoir un souci écologique est un signe de bonne santé. Il est évident qu’il y a des déséquilibres lorsqu’on privilégie le béton sur la nature. Mais il faut faire des choix», précise le wali d’Oujda qui se dit sensible au discours écologiste. En revanche, «entre la préservation d’une tortue et la création d’une dynamique économique dans la région avec, à la carte, pas moins de 50.000 nouveaux emplois, et une recette de quelque 5 milliards de DH», le choix du wali est vite fait. A l’origine, rappelle le wali, le site en question n’a jamais focalisé l’attention de qui que ce soit. «C’était, il y a quelques années, une zone marécageuse qui rapportait zéro dirham à l’Etat». Et pourtant, concède le wali, «nous sommes d’accord pour revoir la copie à condition que les détracteurs étayent leurs critiques par des arguments qui ont une rigueur scientifique». Le wali exige expertise contre expertise. «Justement, en parlant d’expertise, réagit Najib Bachir, président de l’association Homme et Environnement et membre du collectif, nous attendons encore l’étude d’impact. La loi 12-03 est on ne peut plus claire: tout projet d’aménagement à proximité de la plage nécessite une étude préalable notifiant l’absence d’impact sur l’environnement». Or, jusque-là, «nous défions quiconque pouvant démontrer preuves à l’appui que l’étude a été réalisée». Au groupe Fadesa, la patate chaude est renvoyée au gouvernement marocain. C’est au gouvernement de veiller au respect des normes environnementales. Pour un autre haut responsable de la région, il est inadmissible que le gouvernement marocain signe avec le mastodonte Fadesa pour déléguer ensuite le suivi à la province de Berkane. «Je me demande si une province quelle qu’elle soit a les compétences en ingénierie, en audit et en ressources humaines pour évaluer un mastodonte comme Fadesa qui a les moyens d’un Etat? C’est vraiment insensé». Un constat sans appel. On aurait pu vendre un peu plus cher le terrain et se payer les services d’un bureau d’études de renom pour au moins auditer l’avancement, pallier les manquements du projet et tirer des enseignements de ce qui se fait à l’international.


Eviter une «Costa d’El Sol bis»

Aujourd’hui, Fadesa est là, il faut faire avec. Réalistes, les écolos consentent qu’il faut désormais focaliser leur discours et actions en partant de cet état de fait. «Fadesa reproduit à l’infini le schéma et les erreurs de la Costa d’El Sol», estime Najib Bachiri. L’enjeu aujourd’hui, selon lui, pour autorité et société civile, est de tirer des enseignements de l’expérience Fadesa et éviter que le même scénario ne se reproduise dans les autres stations du plan Azur. Partant de ce constat, le collectif a élaboré une dizaine de recommandations préventives et réparatoires. Pour commencer, il remet sur le tapis la question des études d’impact instituées par la loi 12-03 qui doivent être effectuées pour de tels investissements. Pour les défenseurs du site, Fadesa aurait délibérément outrepassé cette procédure. Maintenant, «l’Etat doit imposer à Fadesa de rendre publics les documents relatifs à cette étude. Si documents existent…», insistent des membres du Collectif écologique de l’Oriental. En guise de réparation, l’instance verte va plus loin en exigeant d’acculer Fadesa «de s’acquitter de sa dette pour les dommages causés à l’environnement et l’écosystème de la plage». Sur le chapitre prévention, les défenseurs de l’environnement incitent l’Etat à faire preuve de plus de vigilance et de rigueur dans la négociation de ce type de projets. Pour commencer, ils appellent les instances législatives et administratives à «élaborer et activer des lois pour la protection de l’environnement, notamment la loi sur le littoral en conformité avec le développement durable». A cet effet, estime-t-on, l’Etat doit astreindre multinationales et investisseurs étrangers à se conformer au respect des lois marocaines, européennes et internationales sur l’environnement». Khadija El Hassani & Amin RBOUB

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