Dossiers

Le métro fantôme de Casablanca

Par L'Economiste | Edition N°:322 Le 19/03/1998 | Partager

Cent fois évoqué, jamais vu. Le métro de Casablanca est tel le monstre du Loch Ness. Depuis trente ans la grande métropole veut le sien comme Paris, Londres ou Le Caire, mais le projet tarde à voir le jour. Pourtant, les études sont fin prêtes, depuis quelques temps déjà!


Une atmosphère irrespirable s'abat sur nos poumons telle une chape de plomb. Casablanca court vers l'asphyxie. Peut-être devrions-nous nous doter de masques à gaz pour sortir...
Outre le problème de pollution, la circulation en ville devient quasi-impossible malgré l'élargissement des principales voies de la ville. Le métro est inévitable. C'est le seul remède à cette situation.

Projet bien ficelé


Plusieurs études de faisabilité se trouvent sur les bureaux des décideurs. La plus ancienne remonte au milieu des années 80. Elle a été réalisée par des Japonais. Elle sert de scénario à toutes les offres réalisées par les consortiums étrangers. Cependant, elle n'est plus adaptée à l'évolution actuelle de la ville. Le groupe Bouygues se penche sur le dossier pour actualiser les données et faire une évaluation du coût du projet et du financement adéquats.
Par ailleurs, une proposition de construction et d'exploitation en concession du métro de Casablanca a été formulée par un consortium franco-canado-espagnol, l'année dernière. Le président de Bombardier Inc., Division des Systèmes de Transport, M. Jacques Laparé estime qu'il est en mesure de répondre à la volonté de Casablanca de se doter d'un système de transport cohérent. Ce groupe canadien, membre du consortium a pour objectif de présenter au Ministère d'Etat à l'Intérieur un projet de réalisation du métro de Casablanca et de contrecarrer les projets de la concurrence.
Cette opération de construction et d'exploitation en concession serait réalisée selon la méthode BOT (Build, Operate, Transfer) en intégrant des partenaires locaux. Le montant nécessaire à la réalisation de ce projet a été évalué à 3,4 milliards de DH. La longueur du tracé de la ligne a été fixée à 12 km. La liaison commence de La Mosquée Hassan II et se termine à la Cité Jemâa, en passant par la Route de Médiouna. La période de construction varierait entre 42 et 48 mois. Une longue gestation.

Financement


Le consortium qui présente le projet est divisé en plusieurs pôles. Le génie civil est confié à Campenon Bernard SGE. Ce chef de file travaillera en concordance avec la Société Générale des Travaux du Maroc qui se chargera d'établir le lien avec les entreprises locales.
Bombardier Inc., leader du système électromécanique s'oc-cupera du matériel roulant avec sa filiale française Ateliers du Nord de France Industrie. L'ONCF les connaît déjà puisque la filiale belge de Bombardier lui avait livré des rames motrices. En ce qui concerne l'ingénierie financière, elle relève de plusieurs organismes bancaires. La part marocaine revient à la BCM et la BMCE, la part espagnole sera couverte par Argentaria, la banque Indosuez et le Crédit Commercial de France s'occuperont de la part française.
La formation de ce groupement multinational présente plus d'un avantage. Il facilite les crédits multisources. De même les crédits d'aide peuvent garantir les levées de fonds commerciaux. Dans cette approche concessionnelle, trois formes de partenariat: L'Admi-nistration, l'industrie et les institutions. Effectivement les BOT nécessitent une assistance publique et une étroite collaboration entre les secteurs privés et publics.

Afin de lutter contre le déficit que peut connaître la gestion de ce service, certaines solutions ont été proposées: La subvention d'équili-bre ou une taxe de transport payée par les habitants de toute le région.
Interrogé sur la question du métro, l'attaché de Direction de la RATC (Régie Autonome de Transports de Casablanca) M. Abdesselam Boucherit, répond: «Effectivement, le métro est une solution d'avenir... c'est un projet coûteux et difficile qui va engendrer des problèmes de circulation importants...» . La Régie ne se sent pas encore menacée par ce nouveau mode de transport. Pas plus d'ailleurs que M. Abdelkader Anwar, président de l'Association des Transporteurs Collectifs privés et président directeur général de Rahabus qui estime que: «Le métro... D'abord ce n'est pas pour demain et secundo il ne sera pas rentable avant une vingtaine, voire une trentaine d'années...».

Radia LAHLOU


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