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    Economie

    Le mauvais théâtre de l'économie

    Par L'Economiste | Edition N°:291 Le 31/07/1997 | Partager

    Qu'est-ce qui régresse, échoue et ne peut mobiliser ses ressources? Les économies arabes d'après le FMI, et le théâtre arabe d'après Tayeb Saddiki qui a osé dénigré même les Egyptiens. Drôle de parallèle.


    Les économies ressemblent à leur théâtre. Celles de l'Angleterre et de l'Amérique fonctionnent comme des pièces de Shakespeare: efficaces, denses, riches. Elles affichent aujourd'hui les meilleures croissances et les plus bas taux de chômage.
    Les économies arabes fonc-tionnent comme les feuilletons égyptiens. C'est long, en plusieurs épisodes et il ne s'y passe rien. Tayeb Saddiki est venu le rappeler, mercredi 23 juillet, sur la TVM. Le FMI rapporte dans son dernier bulletin que dans la pays arabes «la croissance a chuté, le taux d'accumulation du capital a régressé et les efforts déployés pour mobiliser l'épargne intérieure ont échoué».
    Comme c'est triste. Toutes les larmes de Leïla Iloui et Yousra ne suffisent pas pour pleurer le sort des 20 pays.
    Si Tayeb Saddiki reconnaît le talent de Adil Iman, il estime qu'il mérite mieux comme théâtre. On pourrait en dire autant pour toutes les ressources humaines arabes gaspillées: ingénieurs, financiers et hommes d'affaires. Que de compétences et d'initiatives bridées par des administrations plétho-riques, corrompues, et des états autoritaires.
    Le parallèle entre le théâtre et l'économie peut sembler curieux. Mais ne parle-t-on pas en économie «d'acteurs», de «rôle», de «jeu», et de «dialogues» Dans Hamlet, ils sont efficaces. Il suffit des 4 premières répliques pour planter le décor: des faits, des actes pour retenir l'attention du spectateur. Au contraire, il n'y a que des mots, bons ou mauvais, dans le théâtre arabe, quand il a le mérite d'exister comme en Egypte. Sur les planches ou dans les feuilletons TV, il ne se passe rien. Cela ressemble aux discours politiques, débités dans les mêmes salles ou sur les mêmes écrans. Dans le premier cas on attend qu'ils se marient. Dans le deuxième cas, on attend qu'ils investissent. 30 épisodes pour se marier et 30 ans pour investir. Les spectateurs et les spectatrices s'abreuvent de soap-opéra, joués au rythme du Nil, apprennent les notions du temps et de l'action. Deux heures par jour sur TVM, 2M, ART, Egypte, Dubaï, ça vous marque un homme, et une femme.

    Les modèles de comportement


    C'est là que se puisent tous les modèles de comportements. Allez encourager leur initiative quand dans les feuilletons les conformistes triomphent et les rebelles sont matés. Avouez vous-même, chef d'entre-prise ou chef de service dans une administration, que vos héros sont ces patriarches enturbannés et gellabisés, gros et moustachus, qui exercent sur leur famille et leur fezzan un pouvoir sans partage, et distribuent des coups de canne. Le petit écran est la seule culture dans les pays qui ne produisent pas de films, pas de livres, pas de pièces de théâtre Ce ne peut être sans influence sur les comportements économiques. Il n'est pas étonnant que l'Egypte, le plus gros producteur culturel du monde arabe, ouvre depuis 50 ans la voie économique. Ce que l'Egypte est, le reste des pays arabes le seront 10 ans, qu'ils le reconnaissent ou pas. C'est pourquoi les organismes internationaux nous embarquent tous dans un MENA, Middle East and North Africa. Pourtant, les échanges de marchandises et d'hommes entre les pays arabes sont insignifiants.

    Mais le FMI, la Banque Mondiale et les autres nous enferment dans un destin commun, par commodité, et parce que nos problèmes sont similaires. C'est l'Egypte, dès les années 50, qui a connu les administrations pléthoriques, gonflées par les recrutements automatiques des diplômés. Cela faisait rire les Marocains. Plus maintenant. C'est l'Egypte qui, gonflant son Université, s'était retrouvée avec des chômeurs, docteurs en littérature reconvertis en chauffeurs de taxis.
    Cela aussi ne fait plus rire personne.
    Puis, ce fut le problème du logement, la Chouka, qui du Caire vint à Casablanca ou Alger, et encore la saleté des rues, la pollution, l'intégrisme qui réduit la religion à la barbe et au kamis... C'est enfin le Caire qui a montré à Tunis, Amman la voie du libéralisme du commerce, des changes, de la bourse... avec plus ou moins de succès.
    Tous ceux qui rêvaient aux dragons de l'Extrême-Orient se sont réveillés au Moyen-Orient.

    Khalid BELYAZID

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