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Economie

Le Maroc suce son pouce

Par L'Economiste | Edition N°:720 Le 08/03/2000 | Partager

· Démocratisation, politique sociale... Le Maroc se paye une crise carabinée d'infantilisme


Le Maroc file un drôle de coton en ce moment.
Il est en pleine régression: il produit à gros jets des rumeurs qui ne l'auraient pas déparé dans les années 60; il laisse ses usines occupées en dépit des ordres des tribunaux; il fait des débats là où la majorité pourrait faire des lois; il laisse ses gendarmes et ses fonctionnaires se faire agresser; il lâche au milieu du gué un de ses ministres face aux activistes islamistes; il comprend à l'envers les Directives Royales sur la lutte contre la pauvreté...
Le Maroc s'est remis à sucer son pouce et si, par mégarde, il vient à passer devant un miroir qui lui renvoie son image en train de sucer son pouce, il veut casser le miroir de son autre poing.
Le Maroc se paye une crise carabinée d'infantilisme qu'il a l'inconscience d'appeler démocratisation.
"Mon ministre ne doit pas partir car il fait du bon travail", s'indignent des cabinards, inquiets de perdre fauteuil et avantages en cas de remaniement. Ces réactions en disent long sur la profondeur des conceptions démocratiques: il faut espérer qu'ils ne sont pas majoritaires dans les cabinets ministériels à raisonner aussi faux, sinon il ne faudra pas chercher plus loin l'explication de l'immobilisme et de l'indécision que l'on a l'audace d'appeler démocratisation.
"On ne doit pas intervenir pour faire évacuer cette usine à cause des problèmes sociaux", commentent en privé des services de gouverneurs. Le droit et la loi dans cette affaire? Détails mineurs: "Il vaut mieux calmer le jeu et les esprits" et tant pis pour les pertes de PIB, d'emplois et d'investissements. Cette attitude a un nom, l'irresponsabilité, mais dans sa crise d'infantilisme et en suçant ostensiblement son pouce, le Maroc l'appelle "politique sociale".
Le gouvernement et les corps constitués ne disent pas un mot de ce qu'ils veulent et de ce qu'ils font. Ils laissent le champ totalement libre aux activistes minoritaires de tout poil et s'indignent après de voir les minoritaires tenir le haut du pavé auprès de l'opinion publique. Qu'à cela ne tienne, il suffit de refaire entre soi, dans les salons de Rabat, la carte de la société civile. Le Maroc plonge ainsi avec délice dans la régression en se livrant à la magie de l'enfance: il se raconte des contes de fée pour ne plus penser aux sorcières qui lui font si peur.
Les journaux se font-ils critiques sur l'immobilisme et l'irresponsabilité? Voilà un problème simple à traiter et qui montrera que l'on n'est ni irrésolu, ni irresponsable: il n'y a qu'à pendre les journalistes... et les coiffeurs avec, pour que le minaret ne tombe pas!

Nadia SALAH

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