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Politique Internationale

Le marketing des groupes islamistes

Par L'Economiste | Edition N°:103 Le 11/11/1993 | Partager

Les Islamistes ont une approche particulière de la propagande, fondée sur trois concepts: la connaissance, la sagesse et la patience. Une conception ouverte dans les formes, permettant la modulation du discours et l'adaptation au milieu ambiant. La démarche procède des techniques de marketing.

Les mouvements islamistes en général, "Al Adl Wal Ihsane" en particulier, sont structurés autour de l'idée du "Retour à Dieu". Ce message nécessite une propagande nommée "l'Appel à Dieu". Contrairement aux préjugés courants dans une partie de l'intelligentsia, ce travail de propagande n'est pas "archaïque". Il est pensé et codifié en vue d'une efficacité réelle. Les trois piliers de l'action propagandiste islamiste sont la connaissance, la sagesse et la patience.

Une “force de vente" bien formée

Les militants de ce mouvement, en l'intégrant, ne font qu'acte de foi. Selon leur doctrine, “l'Appel à Dieu" est l'un des devoirs du Musulman; le cadre organisationnel est une nécessité. Mais ces militants, pour être opérationnels, doivent détenir la "connaissance". Ils doivent connaître les principes de l'Islam, du Fiqh mais aussi ceux des théories "ennemies" ainsi que des sciences sociales. Une bibliographie très éclectique où le "Manifeste du parti communiste" côtoie "les mémoires d'El Banna", fondateur du mouvement originel en Egypte. Cette lecture "encadrée" est censée permettre l'armement des militants face à leurs adversaires idéologiques.

Ceux-ci sont: le libéralisme, le marxisme et le sionisme. Ces deux derniers mouvements de pensée sont considérés comme jumeaux. Cette formation de base explique en partie la réussite des mouvements islamistes sur les campus universitaires. Elle facilite en outre au propagandiste l'application de l'une des règles du prosélytisme: s'adresser à l'auditoire en fonction de sa réceptivité.

Cette “force de vente", en investissant tous les segments du marché, c'est-à-dire toutes les organisations de masse, ainsi que les lieux du culte, a pour devoir de respecter les cadres. Le temps des "barbus" briseurs de grève est fini. La modulation du discours permet aux propagandistes islamistes d'infiltrer ces organisations sans heurter de front la culture qui y règne.

Le propagandiste doit aussi observer des règles morales très strictes. Une certaine rectitude doit être observée pour permettre au mouvement de "rayonner dans son milieu".

Une image de marque à asseoir

Les fêtes à caractère familial sont aussi des vecteurs de propagande.

Les mariages, les circoncisions etc... sont l'occasion d'un rituel bien ordonné. Le mouvement dispose de ses propres troupes de chant et de théâtre (la danse est bannie). Au cours de ces soirées, psalmodies, prières, chants religieux et causeries sont alternés, jusqu'après la prière d'El Fajr.

Le rayonnement social est l'une des composantes les plus importantes de la stratégie de "conquête du marché" des "Frères Musulmans". Cet aspect revêt plusieurs formes. L'intervention sociale en est le pivot. De véritables réseaux d'entraide ont été constitués. Récoltant la zakat et les dons de mécènes fortunés, ces réseaux viennent en aide aux malades et nécessiteux. Localement, et au niveau des quartiers, les militants islamistes ont le devoir de se mobiliser encas de décès dans une famille ou de tout drame humain. L'aide peut prendre des formes variables: collecte de fonds, formalités administratives effectuées etc... Ces actions doivent servir d'exemples. Elles ont pour objectif de mettre en avant la solidarité islamique. Le leitmotiv est "pas de pauvres parmi nous". Au sein du mouvement, une solidarité réelle est développée: aide à l'ouverture de commerces pour les démunis, réglement des dettes, des faillites etc...

Les cadres du mouvement, en l'absence d'une presse à parution régulière, ont la tâche de médiatiser le discours. Leur présence sur différents plateaux et à différentes manifestations relève de leur tâche de propagande. La "sagesse", second principe de base, impose au propagandiste un discours "policé". L'objectif est de rassurer l'auditoire, ne pas heurter ses convictions. Les militants en charge de responsabilités syndicales par exemple doivent raisonner en termes de rapport de force. Le "barbu" jusqu'au-boutiste n'est qu'un préjugé: la diffusion d'une image sereine, responsable, ouverte est primordiale pour les militants d'“Al Adl Wal Ihsane". Correspond-elle à la réalité(1)?

Une organisation rigide

Le mouvement est structuré de manière pyramidale. La hiérarchie est établie en fonction de "la science" perçue dans le sens du savoir religieux et du savoir-faire politique. Les chefs de cellule sont "des orientateurs" (morchidine, pluriel de morchid), le "boss" est l'orientateur suprême. Les fatwas ou directives du morchid vont du détail de la vie quotidienne aux interventions en milieu hostile.

Cette organisation perd en étanchéité quand la tolérance du mouvement par les autorités locales grandit, puisqu'il n'est pas reconnu officiellement.

La "choura" est l'une des règles de fonctionnement de l'organisation. Mais comme pour "le centralisme démocratique", les débats n'influent pas sur l'action qui découle des directives de la hiérarchie.

Bolchevisme et mouvements islamistes présentent curieusement plusieurs points communs. Les groupes d'études révolutionnaires, stage : de formation des candidats-militants chers aux trotskystes, trouvent leur pendant dans la période de "contrôle". Durant cette période, le sympathisant-islamiste est soumis à une série de tests, en plus de la formation théorique guidée déjà indiquée.

L'autre point commun est le déterminisme historique. Les marxistes pensent (ou pensaient) que "le grand soir" est inévitable, parce qu'il est inscrit dans les lois de l'histoire. Les Islamistes développent un autre fatalisme: "Dieu est tout puissant, Sa volonté sera faite". Ces deux déterminismes induisent. Ce principe s'appelle "la patience". Il permet un travail de fourmi dans les milieux les plus hostiles.

En clair, ayant des visions à long terme, ce mouvement peut se permettre des actions dont le rendement n'est pas immédiat. Le retour d'investissement (en forces) est attendu sur une durée si longue qu'un parti électoraliste l'aurait trouvé inintéressant.

J.B.

(1) Cet article est le fruit d'entretiens avec plusieurs militants d'“Al Adl Wa Al Ihsane" et de la lecture de la littérature de ce mouvement. Il ne peut donc préjuger du fonctionnement des autres tendances de la mouvance islamiste et notamment de la plus secrète d'entre elles "la Jeunesse islamiste".

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