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Economie

Le jeune promoteur chez sa banque: Une somme de tabous

Par L'Economiste | Edition N°:519 Le 01/06/1999 | Partager

· Quand la banque et son état-major font de la politique, bonjour les dégâts

· Beaucoup de temps plus ou moins perdu, et jamais facturé

· La banque, nurse et bourreau du promoteur


Premières accusées, mais premières au front, les banques servent de bouc émissaire au système des crédits jeunes promoteurs ou jeunes entrepreneurs.
En fait, la réalité est comme toujours très nuancée, mais il n'en reste pas moins qu'elles sont globalement restées très hésitantes devant la formule. Sur les 4,8 milliards de DH engagés depuis dix ans, le système bancaire dans son ensemble n'a apporté que 31% du volume des prêts. La proportion est à peine variable d'une région à l'autre, si ce n'est que dans la région de Casablanca, le système bancaire est un peu plus présent: 32% du montant total des prêts.
Ce n'est un secret pour personne, la BCM ne s'est pas intéressée à ce produit, tandis que la Banque Populaire ou la Caisse de Crédit Agricole s'y sont investies... pas toujours avec bonheur. En fait, le niveau d'engagement dépend, non pas des projets ou de la demande, mais de la manière dont chaque banque se voit par rapport à la politique gouvernementale. Et ce n'est pas un secret non plus: plus une banque (ou bien son état-major) fait de la politique, moins ses crédits sont bons. La règle fait pourtant partie de ces non-dits qui ont grevé la politique en faveur des jeunes promoteurs. Au sein même des établissements bancaires, ce programme Jeunes Promoteurs ne fait pas l'unanimité. Le débat, parfois chaud, dans un même établissement s'est reflété dans les discussions organisées par le Ministère des Affaires Générales du Gouvernement, le 18 mai dernier à -Rabat.

"Ma direction n'aime pas beaucoup me voir perdre du temps avec des entrepreneurs qui se plantent devant mon bureau pour demander des conseils", raconte une jeune cadre de la Caisse Nationale de Crédit Agricole, Mme Fathia Raissi Akasbi. "Je la comprends, la Caisse n'est pas en bonne santé et on ne peut pas gaspiller le temps, mais il faut bien que je m'occupe de ces demandes, sinon qui le fera?" poursuit-elle. En témoignant ainsi de son quotidien de banquière, elle lève un autre tabou. Dans les premières années, tout le monde devait chanter les louanges du système puis, retournement de tendance, il faut aujourd'hui le vouer aux gémonies. Mme Raissi Akasbi montre une autre réalité, celle de l'entrepreneur qui a besoin d'être accompagné, rassuré. Néanmoins, c'est un coût supplémentaire pour la banque, coût qui n'est facturé nulle part et que l'emprunteur récuse d'emblée. Ni l'idée du taux d'intérêt modulable en fonction du risque et encore moins celle du prix de l'assistance ne sont dans les moeurs marocaines.
Mais Mme Raissi Akasbi a un autre témoignage pour casser un autre tabou. "Il y a aussi, dit-elle, celui qui vous apporte un embryon de projet et à qui vous demandez de préciser ses intentions". Elle raconte qu'il disparaît alors pendant plusieurs semaines. "Puis il revient, avec un autre projet tout aussi embryonnaire". Il y a des habitués, indique-t-elle, applaudie par ses collègues, heureux que quelqu'un ose enfin parler de son expérience de terrain, en appelant ses auditeurs "à bien faire la part des choses": ce n'est pas vrai pour tous. "C'est une question d'homme ou de femme", souligne M. Abdelhamid Roumi, de la Fondation Banque Populaire. Il pousse même le bouchon en expliquant qu'il passe toute la semaine à aider des jeunes patrons. "La plupart s'en sortent bien, mais ce n'est pas pour ça que je suis devenu par miracle entrepreneur moi-même!".


Les propositions du GPBM


Le directeur-délégué du Groupement Professionnel des Banques du Maroc, M. El Hadi Chaïbaïnou, commence toujours ses analyses sur le programme des jeunes promoteurs par quelques envolées politiques. Mais après s'être référé au "partenariat" et à la "solidarité", il passe vite aux choses sérieuses, c'est-à-dire au "réalisme".
Contrairement à la légende qui entoure le Groupement bancaire, il n'est pas favorable à l'abandon pur et simple du système. Mais il veut le réformer et en profondeur. Les deux lois doivent être harmonisées et ce, "en retenant des critères plus souples", souligne M. Chaïbaïnou, "et les conventions devront en tenir compte au plus vite". Le nouveau Code de Commerce et le nouvel arsenal juridique des entreprises doivent amener une refonte du Crédit Jeune Promoteur ou jeune entrepreneur. Le GPBM relève aussi que les deux lois ne disent rien sur les niveaux de participation d'un jeune dans une SA: est-il ou non éligible? "Ce qui compte, dit M. Chaïbaïnou, c'est qu'il y ait des investissements et des emplois, pas que les textes soient trop strictement interprétés".
Il faut aussi, recommande le GPBM, que les procédures soient rapides et souples en cas de difficultés, aussi bien pour venir au secours de l'entreprise que pour la liquider en cas de problème insoluble. "Les jeunes perdent davantage d'argent lorsqu'on traîne pour mettre fin à l'agonie de leur entreprise, les biens se déprécient".

Il déplore aussi, tout comme les animateurs des débats (L'Economiste, La Nouvelle Tribune et L'Entreprise), la difficulté qu'il y a à saisir dans les cas de mauvaise foi. "La procédure de recouvrement forcé par le percepteur n'est pas encore appliquée", écrit pudiquement le GPBM qui précise que quelque 600 dossiers qui devraient passer au recouvrement contentieux sont en instance auprès du Ministère des Finances. Il y a là un laxisme qui nuit considérablement au fonctionnement du système tout entier. Le ministre Lahlimi a eu une formule très dure pour qualifier ce laxisme. A ses yeux, c'est de la "pédophilie politique".
Mais ce qui ennuie le plus les banques, c'est qu'un programme qui a eu pendant dix ans un fort soutien politique ne soit pas plus soutenu sur le terrain, lorsque les jeunes patientent pendant des mois pour des autorisations d'exercer. Le pire de l'affaire est que ces autorisations n'ont, la plupart du temps, aucune base légale comme l'a montré une minutieuse enquête de L'Economiste. "Les promoteurs perdent leur argent, surtout leur vital fonds de roulement et tout leur enthousiasme", s'écrit M. Chaïbaïnou.

Nadia SALAH

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