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    Politique Internationale

    Le henné, rite du Ramadan : Les nekkachate remplissent leur carnet de commandes

    Par L'Economiste | Edition N°:71 Le 18/03/1993 | Partager

    La cérémonie du henné est, avec entre autres la harira et la chabakia, un rite incontournable du mois de Ramadan. Chargée de symboles, cette tradition est célébrée la veille du 27ème jour, la Nuit du Destin.
    La profession de "nakkacha" est, avec celle de la "négafa", l'une des plus anciennes. Elle s'est aussi adaptée à l'évolution des techniques modernes.

    Pour la veillée de "la Nuit du Destin", la cérémonie du henné est spécialement destinée aux petites filles récompensées pour leur premier jour de jeûne.

    C'est leur premier "Fal" et leur "Baraka", l'heureux présage (en leur souhaitant un mari, des enfants, du bonheur). Et comme dit l'adage, "le henné est une bénédiction de Dieu".

    Le henné est ainsi une coutume, une cérémonie familiale pour marquer certains événements privilégiés de la vie d'une jeune fille, de la puberté, du mariage, de la grossesse ou de la naissance du premier enfant.

    "Graphiste" de son état, tel que l'a estimé le fonctionnaire de la préfecture qui lui a délivré son passe port, Hasna est en fait une jeune "nakkacha" (tatouage par le henné) de 21 ans.

    "Amoureuse du dessin", selon son expression, elle s'est lancée dans ce métier pour "s'éclater entre copines et voisines" Depuis 1991, Hasna, agenda sous le bras, exerce son métier à domicile et a constitué sa clientèle grâce au bouche-à-oreille.

    Pour Ramadan, elle travaille à plein temps, surtout les dix derniers jours du mois, avant et après la rupture du jeûne.

    Véritables "managers"

    Ce métier, depuis quelques années, s'organise et les "nakkachate" deviennent de véritables "managers" avec leur planning pour les rendez-vous, des albums pour présenter les différentes figures exécutées. Cela sans oublier les cartes de visite distribuées lors des mariages ou autres fêtes. Pour Haja Khadija, nakkacha depuis maintenant 20 ans et qui, dit-elle, a "dressé" (formé) plus d'une trentaine de jeunes filles, "il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais de place pour l'amateurisme dans ce métier" De plus, ajoute-t-elle, "une nakkacha doit toujours faire preuve de créativité et ne pas se borner uniquement aux figures apprises sur le tas"

    Deux écoles

    De nouvelles techniques apparaissent, plus précises avec des formes plus harmonieuses et plus arrondies. Il s'agit, expliquent les experts, d'un art esthétiquement structuré. Celui-ci possède ses propres règles, ses combinaisons d'éléments géométriques et arrondis simples. Le cercle, lorsqu'il est représenté, a généralement sa surface pleine.

    Aujourd'hui, deux "écoles" s'affrontent: la traditionnelle ou "nakch beldi" et la moderne, la plus prisée. Celle-ci, nommée "nakch des Emirats", technique importée du Moyen-Orient, se distingue par ses impressions florales, ses formes arrondies et surtout moins chargées.

    Parmi la technique "beldi", figurent la fassie et la meknassie avec beaucoup de rayures et de formes géométriques ou encore la technique marrakchie qui se distingue notamment par des représentations de damiers.

    L'apprentissage de ce métier se fait généralement sur le tas. Mais, "il faut s'armer de beaucoup de patience, surtout lorsque vous passez 1h30 à 2h, le dos courbé, à dessiner les mains et les pieds d'une seule personne", explique Hasna.

    Le métier évolue, aujourd'hui finies les interminables soirées où le tatouage était exécuté à l'aide du traditionnel "merouad" (bâtonnet très fin). La "nouvelle technologie" est l'utilisation de la seringue, considérée comme un gain de temps considérable.

    10 à 15 DH le petit doigt

    Si la profession s'organise et évolue, elle regroupe actuellement deux catégories de nakkachate: l'expérimentée qui peut assurer, par exemple, deux mariages en une soirée et la débutante qui effectue ses premiers pas et "s'applique pour fidéliser sa clientèle potentielle et pour conquérir une place parmi les plus grandes", explique Fatima, 20 ans, nakkacha, sportive, artiste (violon et chant au conservatoire), informaticienne et préparant parallèlement une licence en droit.

    Pour elle, le métier connaît un second souffle et les jeunes filles prennent le pas sur leurs aînées.

    Concernant les prix des différentes prestations, ils sont fixés par la concurrence. Ils sont généralement de 60DH pour les deux mains et pieds (technique beldi) et de 80DH s'agissant du moderne. Le prix du doigt de la main seul peut varier entre 10 et 15DH, selon les motifs.

    Lors des mariages, les nakkachate, qui peuvent devenir négafate "parfois par la force des choses", ne se contentent pas du prix conclu à l'avance. Celui-ci peut tripler, voire quadrupler, lorsque la mariée est "marhouna", c'est-à-dire "hypothéquée". La somme totale est alors divisée entre les deux corps de métiers (nakkacha et négafa).

    Au cours d'une soirée, les recettes peuvent être comprises entre 250 et 1.000DH. Les prix, précise Haja Khadija, chutent en raison du nombre de jeunes filles qui envahissent le métier. "Les nouvelles arrivées sont de plus en plus jeunes", ajoute-t-elle en citant l'exemple de la plus jeune nakkacha de Casablanca âgée de 10 ans qui aide sa mère en tatouant les petites filles lors des cérémonies.

    Signe de coquetterie

    Bien avant le bijou, le henné est, dit-on, un signe de coquetterie féminine. Il s'agit d'un mode d'expression du corps qui remonte aux civilisations les plus anciennes. Il était et est toujours chez la femme un signe de beauté en dépit de la concurrence des cosmétiques.

    La qualité du henné, se reconnaît par son odeur forte et sa couleur verte. Il s'obtient en pulvérisant les feuilles sèches du lawsonia, arbuste originaire d'Arabie.

    Pour le tatouage du corps, le henné est dilué dans de l'eau tiède avec du sucre, de l'eau de fleur d'oranger, du citron ou encore du diluant pour lui donner une couleur foncée. "L'eau d'arrosage" qui permet au henné de coller à la main comprend du citron, du poivre, des grains de thé, de l'ail, du sucre. Les ingrédients dépendent des goûts de chacun.

    Enfin, le henné est aussi utilisé pour les traitements des cheveux. Il est à la fois un soin, qui gaine et empêche les cheveux de graisser, et une façon naturelle d'obtenir un reflet. Il donne une impression de volume sur des cheveux ternes. Le résultat est souvent spectaculaire. Chacune trouvera son reflet, car on compte à peu près dix couleurs de henné différentes.

    Meriem OUDGHIRI

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