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Politique

«Le gouvernement Youssoufi fait de la bonne technocratie»Entretien avec Abdelali Benamour, président d'Alternatives

Par L'Economiste | Edition N°:1175 Le 31/12/2001 | Partager

Eparpillement de l'électorat, opportunisme, bilan du gouvernement, crise des partis… le président de l'association à caractère politique Alternatives estime que la conjoncture que traverse le pays aujourd'hui présente beaucoup d'enjeux et nécessite un débat de fond(1). - L'Economiste: Alternatives semble tenter d'exister sur le plan politique, mais sans pour autant s'engager?- Abdelali Benamour: Non, je ne pense pas. Nous essayons à la fois d'exister et de nous engager sur la scène politique. Si nous le faisons aujourd'hui, c'est que nous estimons que la conjoncture que traverse notre pays suppose un autre type de comportement. Le gouvernement a été suffisamment critiqué. Les partis aussi. A la veille des échéances électorales, nous avons peur qu'il y ait de la part de certains milieux une volonté d'éparpiller le champ politique, y compris dans le cas d'élections libres. Le risque serait de voir émerger de «nouvelles majorités» qui seraient tentées de nous ramener vers le passé.Nous pourrions même retrouver des technocrates au pouvoir. Mais cela ne servira à rien si ces derniers gouvernent avec les contradictions du passé. C'est d'ailleurs une situation que nous avons connue: les technocrates aux postes-clefs, les autres pour voter. Cela n'a rien donné. En tout cas, nous avons le sentiment qu'on veut revenir en arrière. D'autant qu'il y a beaucoup de partis qui se créent.- Mais beaucoup de partis, cela voudrait dire aussi plus de démocratie?- Je suis d'accord. A condition que les partis qui émergent représentent une tendance dans la société et qu'ils aient une volonté réelle de changer les choses. Le danger est en revanche de se retrouver avec des partis aux velléités opportunistes, qui grattent sur l'électorat des uns et des autres. Ce qui disperse davantage le champ politique. Le gouvernement actuel fait de la technocratie. Je pense même qu'il le fait mieux que les anciens technocrates. Beaucoup de dossiers peuvent en témoigner.Certes, il n'a pas fait les principales choses pour lesquelles il est venu, notamment par rapport aux réformes de base: justice, éducation. A mon avis, ce qui manque surtout c'est la confiance. Sur le plan économique, les effets de la campagne d'assainissement ont été désastreux. Aujourd'hui, les opérateurs vont de moins en moins vers l'investissement productif, non pas parce qu'ils en ont peur mais surtout parce qu'ils ont perdu l'habitude d'aller vers ces secteurs. Cela est dû à l'assainissement, mais aussi, l'effet cumulé à la perte d'une culture de production. - Comment dans ces conditions intéresser les partis politiques qui sont capables de gouverner?- C'est une question de dialectique. Il faut que les jeunes puissent investir les partis politiques.- Et la transparence des élections?- Je ne pense pas que ça soit la bonne question. Les élections seront transparentes quelque part. Mais cela ne sert à rien si nous nous retrouvons avec un champ politique totalement éclaté. Ce ne sera pas une véritable démocratie. La véritable question c'est de savoir comment on peut créer les conditions pour qu'il y ait émergence de forces conséquentes. A mon sens, il y a dans notre pays des tendances fortes qui ne sont pas encore représentées dans les partis. Vous avez par exemple la tendance conservatrice qui est représentée entre autres par l'Istiqlal bien que ce parti ne veuille pas s'assumer en tant que tel. C'est aussi le cas des islamistes modérés. Vous savez, dans les familles marocaines, vous aurez toujours des personnes traditionalistes qui ne veulent pas bousculer les choses, qui veulent garder un certain type de relations avec la tradition ou avec la religion. C'est un mouvement respectable, c'est une lame de fond sociétale mais qui malheureusement n'est pas représentée au niveau politique. Par ailleurs, nous avons aussi la tendance socio-libérale qui n'est pas totalement représentée au sein des partis politiques. C'est pour cela qu'au sein d'Alternatives, nous disons que le Maroc ne pourrait redémarrer qu'avec une sorte de recomposition du champ politique et cela doit se faire progressivement.- On vous a aussi reproché lors du premier colloque de défendre l'article 19?- Nous défendons certains aspects de l'article 19. Il s'agit de la sécurité externe du pays, la sécurité interne, la défense nationale, les grands dossiers de la diplomatie. Je dis bien les grands dossiers, pas la gestion quotidienne. Nous estimons que pour les grands dossiers, et comme cela se fait dans d'autres pays, le chef d'Etat doit donner son aval.En revanche, nous considérons que les ministres ne doivent pas être mis en minorité par des directeurs centraux nommés par le chef de l'Etat. C'est la raison pour laquelle nous estimons que ces gens doivent être nommés par SM le Roi sur proposition du gouvernement. En principe, un directeur de l'administration centrale doit appliquer la politique de son ministre et non pas lui dire je n'applique pas cela parce que je suis nommé par SM le Roi. C'est cela que nous appelons gouverner. Nous estimons aussi que les walis doivent certes conserver leurs prérogatives telles qu'on vient de les définir mais à condition qu'ils puissent dépendre du Premier ministre avec la vision et les moyens de ce dernier. Donc pour résumer, nous sommes pour l'article 19 pour tout ce qui est préservation de l'unité nationale dans un souci de prévention contre tous les dérapages. Pour le reste, il faut que le gouvernement gouverne. Pour nous, il n'existe pas de ministère de souveraineté sauf l'Intérieur, au sens sécuritaire, les Habous et la Défense nationale. Sans oublier les grands dossiers économiques et sociaux. - Et le dossier de la femme?- Il y a des dossiers consensuels. A notre avis, la question de la femme doit fonctionner sur deux fronts: le front consensuel et le front «courage politique». J'aurais souhaité que le gouvernement Youssoufi fasse preuve de courage politique. Je ne pense pas que le dossier de la femme soit un dossier religieux pur. Certes, il y a une dimension religieuse mais il n'y a pas que cela. A mon sens, la Commission royale doit continuer de faire son travail mais il faut aussi que le gouvernement fasse le sien.- Des inquiétudes quant à l'avenir?- Ce qui m'inquiète, c'est la crainte de revenir demain à un gouvernement comme ceux que nous avons vécus, pendant les années antérieures où le ministre de la Justice est aux ordres du ministre de l'Intérieur et où la politique économique est en apparence faite par les technocrates, mais dans un désordre total. - Mais nous avions l'impression que les choses bougeaient tout de même?- C'est justement une erreur. C'est parce que nous sommes dans un climat de liberté que nous pouvons affirmer cela. Rappelez-vous Basri? Les grandes réformes, nous ne les avons jamais abordées. La situation macroéconomique est meilleure aujourd'hui qu'il y a 4 ou 5 ans. Les réformes qui ont été faites au niveau de l'encadrement de l'économie, la loi sur la concurrence, sur la SA.- Mais ces chantiers ont été lancés bien avant?- Justement non. Ils ont été entamés seulement. Là est toute la différence. Les dossiers étaient peut-être transmis de cabinet ministériel en cabinet ministériel depuis 10 ans voire plus, mais nous n'avons jamais été capables de les concrétiser. Il faut tout de même rendre à César ce qui lui appartient. Encore une fois, je ne suis pas en train de défendre le gouvernement actuel. Mais je pense sincèrement que le gouvernement actuel fait de la meilleure technocratie. oPropos recueillis par Nadia Salah & Mohamed Benabid(1) L'Association avait organisé au mois de Ramadan deux soirées-débats. La première avait vu la participation de nombreux cadres des partis politiques et avait été à l'origine d'une polémique, notamment par rapport aux propositions relatives à l'article 19 de la Constitution.

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